«Courir, travailler, pleurer»: le quotidien des employés du CHSLD Yvon-Brunet en avril 2020

«C’était la pire période de ma vie», a témoigné une employée du CHSLD Yvon-Brunet mercredi, en parlant de la première vague.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne «C’était la pire période de ma vie», a témoigné une employée du CHSLD Yvon-Brunet mercredi, en parlant de la première vague.

« Je passais mes journées à courir, à travailler, à pleurer » : entre absence de personnel et manque d’équipement, les préposés aux bénéficiaires du CHSLD montréalais Yvon-Brunet en ont arraché pendant la première vague de COVID-19.

« C’était la pire période de ma vie », a témoigné une employée mercredi, durant l’enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées ou vulnérables en CHSLD. L’identité de tous les préposés aux bénéficiaires présents aux audiences est protégée par une ordonnance de non-publication.

Souvent, cette préposée et ses collègues n’ont « pas pris [leurs] pauses, pas pris [leurs] dîners », en plus de faire beaucoup d’heures supplémentaires. En avril 2020, presque la moitié du personnel était absent, car atteint de la COVID-19.

Ceux qui restaient devaient, en plus d’assumer les tâches des absents, gérer des résidants souvent confus. « C’était vraiment difficile de les maintenir dans leurs chambres, il y en a plusieurs qui ne comprenaient pas pourquoi », a-t-elle expliqué.

Tout l’équipement aux hôpitaux

Au début avril, « on manquait de jaquettes, on manquait de masques » de types chirurgical et N95, a-t-elle affirmé, ajoutant s’être fait « tousser dans la face » durant cette période.

Elle s’est rappelé avoir porté un masque de construction prêté par un collègue, en désespoir de cause, même si ses supérieurs « n’étaient pas contents », car « ça pouvait faire peur aux résidants ».

Selon plusieurs autres employés, il manquait aussi de désinfectant, autant en gel qu’en lingettes. Une chef d’unité du CHSLD Yvon-Brunet venue témoigner mardi, Pascale Dunlop, avait expliqué cette pénurie par le fait que les gestionnaires « préservaient tout le matériel pour les hôpitaux », où on croyait encore qu’il y aurait le plus de cas.

Cette croyance a aussi amené les médecins à maintenir les résidants en CHSLD même quand leur état se détériorait, selon un préposé aux bénéficiaires. « Le ministère de la Santé voulait garder tous les résidants » en CHSLD, pour « désengorger les urgences », a-t-il dit. « C’est devenu presque un hôpital », mais avec moins d’équipement et de personnel qualifié.

De plus, comme la consigne était de libérer des lits dans les hôpitaux, plusieurs personnes âgées ont été transférées à Yvon-Brunet à la fin de mars et au début d’avril, période à laquelle certains résidants présentaient pourtant déjà des symptômes de la COVID-19.

Les nouveaux arrivants « n’étaient même pas testés » pour dépister le coronavirus, selon un préposé aux bénéficiaires.

Le contexte de l’enquête

L’enquête de la coroner se penche sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, qui comptent pour la moitié des victimes de la première vague. Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès est examiné pour chaque établissement.

Les audiences de cette semaine portent sur la mort de M. Ephrem Joseph Grenier, le 12 avril 2020, au CHSLD Yvon-Brunet, à Montréal. Elles continueront jusqu’à jeudi. La semaine prochaine, l’enquête portera sur le CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval. À la toute fin, un volet national sera aussi examiné.

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse canadienne pour les nouvelles.