Une première - Des vétérans québécois sur la tombe du Soldat inconnu

Paris — Pour la première fois, une douzaine d'anciens combattants québécois ayant pris part au débarquement en Normandie raviveront demain la flamme du Soldat inconnu, sous l'Arc de triomphe, à Paris, pour saluer la mémoire de leurs compagnons morts sur le sol français.

Cette cérémonie sera l'un des moments forts d'un «voyage commémoratif» offert à ces vétérans par une association de Trois-Rivières, «Compagnons d'une terre à l'autre», créée il y a deux ans. Pendant les deux prochaines semaines, ces anciens combattants referont le chemin parcouru par les troupes canadiennes après le débarquement en Normandie, s'arrêtant notamment à Courseulle-sur-Mer, à Bernière et à Caen, avant de passer en Belgique et dans les Pays-Bas.

Gratitude

La majorité de ces vétérans sont des Trifluviens débarqués sur Juno Beach avec le régiment de la Chaudière dans les premières heures de l'opération Overlord, il y a 60 ans.

«Nous voulions leur exprimer notre gratitude en les emmenant sur le sol européen une dernière fois, explique le président exécutif des Compagnons, Guy Bordeleau. Notre objectif est aussi de transmettre aux jeunes le souvenir de ce sacrifice.»

Dans cet esprit, une dizaine de scouts de 17 à 19 ans ont été invités à se joindre à la délégation, qui comptera en tout une soixantaine de personnes, dont le président d'honneur des «compagnons», le lieutenant-colonel à la retraite Pierre Bruneau, ancien commandant du 12e Régiment blindé au sein des Forces armées canadiennes.

Tué pendant la Première Guerre mondiale, le soldat inconnu repose sous l'Arc de triomphe, place de l'Étoile, depuis 1920. La «flamme du souvenir» brûle sans jamais s'éteindre sur sa tombe depuis 1923. Il semble que la cérémonie de «ravivage» de demain (la flamme est ranimée chaque jour à 18h30) sera la première dédiée aux soldats québécois tués en France.

Changement de mentalité

Il faut voir dans ce symbole le reflet d'un évident «changement de mentalité» des Québécois face à leur histoire, souligne Guy Bordeleau. En cela, la cérémonie s'inscrit d'une certaine manière dans le «devoir de mémoire» appelé de ses voeux par le premier ministre Jean Charest. Au printemps dernier, lors de sa visite officielle en France, M. Charest s'était lui-même rendu sur la plage Juno, à l'assaut de laquelle s'étaient lancés les soldats des régiments de la Chaudières, des Fusiliers de Sherbrooke et de Mont-Royal à l'aube du 6 juin 1944.

«Les Québécois doivent tirer toute la fierté qui leur revient d'avoir fait cette contribution à la libération de la France et à la fin de la Deuxième Guerre», avait-il déclaré.

Quelques semaines plus tard, le délégué général du Québec à Paris, invité par les autorités françaises, assistait de son côté aux cérémonies marquant la commémoration du Débarquement. Il avait à cette occasion insisté sur «la nécessité pour les Québécois de se réapproprier cette part de leur histoire».

On estime qu'environ 15 % des 600 000 volontaires canadiens qui ont combattu en Europe étaient francophones.