Profanation de tombes musulmanes en Alsace

Strasbourg — Quinze stèles de tombes musulmanes du cimetière militaire du quartier Cronenbourg à Strasbourg, en France, ont été souillées dans la nuit de hier par des graffitis représentant des croix gammées et le signe SS, a-t-on appris auprès de la préfecture du Bas-Rhin.

Le préfet de la région, Michel Thenault, qui s'est rendu sur les lieux à la mi-journée, a fait part de sa «consternation» devant cet acte «abject et méprisable». Il a assuré aux membres présents du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d'Alsace du soutien de l'État.

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a condamné «avec la plus grande fermeté» ces profanations et exprimé «sa solidarité à l'égard de la communauté musulmane et des associations d'anciens combattants touchées par ce nouvel acte de vandalisme». M. De Villepin assure que «tous les moyens sont mobilisés pour identifier et poursuivre les auteurs de cet acte d'une particulière gravité».

La multiplication, ces derniers mois, d'actes de profanation de cimetières juifs, musulmans et parfois catholiques est vivement critiquée par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), qui estime que «l'impunité engendre la récidive». Pour elle, «c'est dans l'indifférence générale et l'incapacité des pouvoirs publics de retrouver les coupables que ces lieux de mémoire, insupportables aux racistes et xénophobes, sont profanés. La répétition de ces actes innommables salit notre pays, insulte musulmans et juifs, déstabilise la République.»

Le président du conseil régional d'Alsace, Adrien Zeller (UMP), a proposé hier que les personnes fournissant des informations sur les auteurs de ces actes puissent être rémunérées, envisageant même que la région débloque un crédit à cette fin. M. Zeller a évoqué la somme de «15 000 euros», expliquant qu'il ferait cette proposition à la rentrée si les auteurs des profanations ne sont toujours pas retrouvés ou si de nouvelles profanations devaient avoir lieu.

La loi Perben, votée en mars dernier, «prévoit la possibilité pour la justice et la police de rémunérer des personnes qui permettent de démasquer des auteurs de délits», a rappelé M. Zeller à l'Associated Press. «Cette loi n'est pas encore appliquée», a-t-il souligné mais «elle fait partie de l'arsenal juridique de notre pays».