Quatre piétons tués à London: l’automobiliste les aurait ciblés parce qu’ils étaient musulmans

La police de London croit que les cinq membres de la même famille qui ont été frappés par un véhicule ont été ciblés parce qu’ils étaient musulmans.
Photo: Geoff Robins La Presse canadienne La police de London croit que les cinq membres de la même famille qui ont été frappés par un véhicule ont été ciblés parce qu’ils étaient musulmans.

Une famille de cinq musulmans qui faisait une promenade par un beau dimanche soir d’été a été fauchée sur un trottoir de London, en Ontario, dans ce que le maire a qualifié de « tuerie ».

L’horrible tragédie a fait quatre morts, a confirmé la police lundi ; un garçon de neuf ans a été grièvement blessé.

« C’était une tuerie perpétrée contre les musulmans, contre les citoyens de London, animée d’une haine indicible », a déclaré le maire, Ed Holder.

Un homme de 20 ans, de London, a été arrêté dans le stationnement d’un centre commercial à sept kilomètres de là. Nathaniel Veltman fait maintenant face à quatre chefs d’accusation de meurtre au premier degré et à un chef de tentative de meurtre, a indiqué lundi la police, qui n’a pas fermé la porte à des accusations liées au terrorisme.

« Nous croyons qu’il s’agit d’un acte délibéré et que les victimes de cette horrible affaire ont été ciblées […] en raison de leur foi musulmane », a déclaré le chef de la Police de London, Steve Williams.

Selon le journal local London Free Press, Nathaniel Veltman portait une veste similaire à un gilet pare-balles au moment de son arrestation. Il ne possédait pas de casier judiciaire. Le suspect demeure incarcéré et se présentera devant un tribunal ce jeudi.

Le chef Williams a précisé que des proches avaient demandé que l’identité des victimes, toutes de la même famille, ne soit pas divulguée. La police a toutefois précisé que le suspect avait fauché une femme de 74 ans, un homme de 46 ans, une femme de 44 ans et une adolescente de 15 ans. Le garçon de neuf ans était hospitalisé lundi, dans un état grave, mais il devrait survivre, selon la police.

Le surintendant des enquêteurs, Paul Waight, a raconté en conférence de presse que les cinq membres de la famille attendaient de traverser la rue à une intersection, dimanche soir, par temps clair et sec, dans le nord-ouest de London, lorsqu’une camionnette noire est montée sur le trottoir, les a fauchés, puis a pris la fuite. La police a indiqué qu’une femme était morte sur les lieux, alors que la deuxième femme, l’homme et l’adolescente sont décédés à l’hôpital. Des autopsies devaient être pratiquées mardi.

Photo: Brett Gundlock La Presse canadienne Des résidents sont venus se recueillir et déposer des fleurs sur les lieux, lundi.

Zahid Khan, un ami de la famille, a indiqué que la tragédie avait fauché la grand-mère, le père et la mère de l’adolescente. La famille avait immigré du Pakistan il y a 14 ans et ses membres étaient « des membres dévoués et généreux » de la mosquée de London, a-t-il dit. « Ils faisaient simplement leur promenade, comme tous les jours », a déclaré M. Khan, en larmes, près du site de la tragédie.

Le Conseil national des musulmans canadiens, horrifié, a affirmé que les musulmans du Canada ne sont que trop familiers avec la violence de l’islamophobie. « Il s’agit d’une attaque terroriste en sol canadien et elle doit être traitée comme telle », a déclaré le président du conseil, Mustafa Farooq. « Nous demandons au gouvernement de poursuivre l’agresseur dans toute la mesure de la loi, y compris en prenant en compte le caractère terroriste dans les accusations. »

Une veillée est prévue mardi soir à la mosquée de London fréquentée par la famille.

Le maire Holder a indiqué que les drapeaux de la ville seraient mis en berne pendant trois jours.

Condoléances unanimes

Une vague de sympathie a déferlé au Canada, et particulièrement au Québec, où cette tragédie en rappelle une autre. Quatre ans après l’attentat à la mosquée de Québec, Boufeldja Benabdallah, le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, raconte avoir la chair de poule en pensant au drame. « Je peux ressentir ce que les familles ressentent. »

Partout au Canada, les minorités doivent encore se montrer vigilantes se désole-t-il. « Ça nous montre que la haine est toujours présente et que c’est désastreux. »

Il invite tous « ceux qui ont toujours de l’amertume envers les minorités, […] à venir rencontrer ces gens. Vous allez être écoutés et allez comprendre que ce vous croyez est faux. Ces gens sont comme vous et moi : tranquilles et aimant la vie. »

Hassan Guillet, l’imam qui s’était fait porte-voix de la modération au lendemain de la tuerie de Québec, a pris la parole sur les réseaux sociaux. « Encore une fois, la haine, le terrorisme et l’islamophobie frappent et enlèvent la vie des innocents pour la simple raison qu’ils sont musulmans. Cette fois-ci c’est à London, en Ontario. Il faut que ça s’arrête. »

Le premier ministre Justin Trudeau s’est aussi tourné vers les réseaux sociaux pour témoigner de sa sympathie envers les victimes, se disant « horrifié » par l’attaque. « À la communauté musulmane de London et aux musulmans de tout le pays, sachez que nous sommes à vos côtés. L’islamophobie n’a sa place dans aucune de nos communautés. Cette haine est insidieuse et méprisable — et elle doit cesser. »

Les partis d’oppositions fédéraux ont abondé dans le même sens. « Nous sommes aux côtés de la communauté musulmane et réaffirmons notre engagement à bâtir un pays sans haine, où les Canadiens de toutes les confessions peuvent vivre sans craindre la violence ou la persécution », a déclaré le chef conservateur, Erin O’Toole. « C’est un acte islamophobe et ignoble », s’est désolé pour sa part le chef du NPD, Jagmeet Singh. « Plus que jamais, on doit lutter aux côtés des familles, amies et voisins musulmans contre une telle haine »

Le premier ministre ontarien Doug Ford a lui aussi qualifié d’« horrible » cette attaque. « La haine et l’islamophobie n’ont pas leur place en Ontario. »

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo