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6 août 1945 - Noirs vs Château Frontenac

Québec, 6 (D.N.C.) - Deux noirs de New-York, un médecin et sa femme, viennent d'obtenir du juge Oscar Boulanger, de la Cour supérieure, une injonction temporaire ordonnant à la compagnie du Château Frontenac et à ses officiers de cesser, jusqu'au 9 août à 5 h. du soir, de leur interdire l'accès à la salle à manger et des autres pièces accessibles aux hôtes réguliers.

D'ici là, les requérants continueront les procédures pour l'obtention d'une injonction permanente. Ils réclament en même temps une somme de $900 en dommages.

Cette cause, probablement unique en son genre dans les annales judiciaires de Québec, a été inscrite samedi en Cour supérieure de Québec par Me Edouard Laliberté. Les requérants sont le Dr George Dows Cannon, médecin-chirurgien de New-York, et sa femme, Lillian Moseley.

La requête pour l'obtention d'une injonction interlocutoire, en attendant le jugement final sur l'injonction permanente et les dommages, a été présentée devant M. le juge Boulanger, accompagnée d'un affidavit.

Elle allègue les faits suivants : Les requérants sont des citoyens respectables de New-York et jouissent d'une bonne réputation ; à la suite d'une réservation, ils ont été admis au Château Frontenac le 29 juillet, chambre 4119, pour la période s'étendant jusqu'au 11 août, à raison de $12 par jour pour le logement et la pension ; le 1er août on leur a refusé l'entrée de la salle à dîner en leur donnant pour motif, en langage voilé, qu'ils étaient des noirs ; et le jour suivant, on les a avertis que l'interdiction s'appliquait aux divers services de l'hôtel, comme la salle à dîner, le bar, etc. ; ces restrictions réduisent la valeur des accommodations fournies aux requérants et sont contraires à la loi parce qu'elles sont formulées sans juste cause et uniquement basées sur les préjugés de races.

En conclusion, la requête demandait l'émission d'un bref d'injonction interlocutoire enjoignant à la compagnie défenderesse de cesser d'interdire aux requérants l'accès de la salle à dîner et des autres services publics.

Elle demandait de plus que cette injonction soit ensuite déclarée absolue et permanente, sans préjudice à la réclamation en dommages.

Dans son jugement intérimaire formulé sur présentation de la requête, le juge dit que les requérants étant à première vue justifiés de se prévaloir du remède demandé, il enjoint à la compagnie et à ses officiers de cesser leur refus de recevoir les requérants comme hôtes réguliers jusqu'au 9 août à 5 heures du soir.

Le débat judiciaire sur le mérite même de la cause s'engagera plus tard.