2 août 1945 - Bloc-notes

Dorothy Thompson, dans le Standard, porte ce jugement très juste sur le procès Pétain : "En principe, Pétain subit un procès régulier devant une cour de justice française ; en pratique, il est traduit devant un tribunal révolutionnaire. Il subit un procès politique dont l'issue est réglée d'avance...

Ce n'est pas un homme qui se trouve à la barre, mais toute une politique ; beaucoup plus encore : la France elle-même se constitue à la fois l'accusatrice et l'accusée...

La France renouvelle le vieux rite du sacrifice du sang, par lequel les tribus et les peuples entendaient laver leurs fautes et manifester leur conversion... La France veut désavouer son passé. Pour cela, elle a choisi comme holocauste et symbole un maréchal et un héros de la Grande Guerre. L'enjeu du procès est plutôt une répudiation collective qu'une condamnation personnelle.

" ... La masse des Français a collaboré dans les prodromes de la défaite et dans la défaite elle-même ; ils veulent se disculper dans la personne d'une grande victime.

" ... Si Pétain n'était pas si profondément Français, il ne pourrait servir de symbole", conclut la chroniqueuse. Pour elle, le Maréchal sera condamné à mort mais sa sentence sera commuée.

Tribunal révolutionnaire, procès politique, rappel des immolations antiques, voilà comment apparaît à Madame Thompson la cause qui se plaide devant la Haute-Cour de France.

Ce témoignage vaut d'être cité.

(par Louis ROBILLARD)