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La lucrative culture du pavot

Au nord, des pâturages d'altitude qui annoncent l'immense steppe d'Asie centrale. Au sud, l'étroit corridor de Wakhan coincé entre les neiges du Pamir et celles du Hindu Kush. Entre les deux, la route principale du Badakschan, une vilaine piste qui serpente en longeant des torrents. Un convoi de luxueuses camionnettes dépasse le taxi brinquebalant loué dans la bazar de Faizabad. Un peu partout, des champs de pavot dont la sève vient d'être récoltée.

En 2003, selon les Nations unies, la culture de cette plante illicite avait généré en Afghanistan des revenus de 2,3 milliards de dollars, ce qui équivaut à la moitié du produit intérieur brut légal du pays. L'Union européenne estime pour sa part que 90 % des héroïnomanes du Vieux Continent s'injectent une substance tirée de l'opium afghan.

La province du Badakschan représente aujourd'hui la principale zone de production, un titre qu'elle a ravi à certaines régions du Sud et de l'Est.

À l'issue d'une conférence à Berlin en avril dernier, le gouvernement transitoire de Kaboul et les autres États participants se sont engagés à «tout faire, y compris développer des solutions de rechange économiques, pour réduire et si possible éliminer cette menace».

Quelques opérations d'éradication ont été entreprises cet été au Badakschan, mais les policiers ont généralement attendu la fin de la récolte avant de passer à l'action.

Politiciens, fonctionnaires et travailleurs humanitaires affirment tous avoir une bonne idée de l'identité des responsables du trafic, mais aucun ne se risque à divulguer des noms. Les «seigneurs de la guerre» sont les responsables ou sont de mèche avec eux, se contente-t-on le plus souvent de dire. En tout cas, les trafiquants sont réputés disposer de très bons réseaux de communication et ils évitent tout incident qui pourrait les trahir.

Des citoyens furtifs mais exemplaires, en somme? Grâce à l'opium, les bazars de Faizabad et de Barakh sont plus prospères que jamais. La culture du pavot est de loin la plus lucrative pour les fermiers de cette province pauvre. Le gouvernement et les organisations humanitaires admettent qu'ils n'ont pas de véritable solution de remplacement à proposer. On songe au safran ou à des plantes entrant dans la composition de cosmétiques haut de gamme. En attendant la solution miracle, le ministère de la Réhabilitation rurale et du Développement évite de subventionner les engrais et les travaux d'irrigation dans les villages où le pavot est cultivé.