cache information close 

Témoignages - «Il y avait surtout des enfants»

Asunción — «Des vigiles menaçaient les clients avec leurs fusils pour les empêcher de sortir» et l'un d'eux a tiré sur les sauveteurs sans les toucher, a raconté hier à l'AFP un pompier paraguayen, intervenu dimanche pour éteindre le gigantesque incendie dans un centre commercial d'Asunción.

«Il m'a tiré deux fois dessus. Je ne crois pas qu'il ait eu l'intention de me tuer, ou s'il l'avait il n'est pas arrivé à m'atteindre en raison de la panique qui régnait», témoigne Juan Carlos Valiente, membre du corps des pompiers volontaires du Paraguay.

Gardien récalcitrant

Il pourrait facilement reconnaître le vigile, «un grand type, un type baraqué, avec un uniforme», dit-il, parmi ceux qui ont empêché les clients de s'échapper, transformant le centre commercial de la chaîne commerciale Ycua Bolanos en un piège mortel pour plus de 400 personnes.

«J'étais prêt et je suis arrivé au supermarché lorsque l'agent de sécurité s'apprêtait à fermer à clef une des portes de sortie, alors qu'il menaçait et tenait en respect avec son fusil les gens désespérés à l'idée de ne pas pouvoir sortir», poursuit le soldat du feu.

Malgré tout, le pompier a réussi, en introduisant sa main, à empêcher que la porte ne soit fermée et, avec l'aide de vendeurs de rue, à faire tomber le gardien. «Dans sa chute, il a laissé tomber son fusil mais il a aussitôt sorti un pistolet et m'a lancé: "Vous voulez mourir?" et il a tiré. Je crois qu'il a tiré en l'air. Je me suis protégé le visage avec le bras, mais je n'en ai pas tenu compte car je suis allé tout de suite secourir les gens», dit M. Valiente.

Des enfants surtout

Il y avait des hommes, des femmes et des enfants au sol, inconscients, d'autres couraient terrorisés, entourés par les flammes. «Il y avait surtout des enfants, il y avait aussi des caissières allongées dont le visage était brûlé, en train de gémir.»

Le pompier explique avoir pu sortir une cinquantaine de personnes dans le secteur où il se trouvait. Selon lui, lorsque la gardien a tiré, plusieurs jeunes venus de l'extérieur s'en sont pris à lui et l'ont frappé. «Après je n'ai rien vu, dit-il. La seule chose dont je me souvienne, c'est qu'autour du gardien, il y avait au sol des femmes et des enfants évanouis. J'ai sorti une fille et six de ses petits frères. L'un d'eux avait mis sa tête contre une grille à la recherche d'air.»

La chose la plus terrible qu'il ait vue, explique-t-il, ce sont ces enfants qui sont morts, alors qu'ils s'étreignaient, «collés l'un à l'autre».