Incendie d'Asunción - Triste procession des familles pour l'identification des cadavres

Un pompier paraguayen s’est recueilli, hier, devant les objets et les photographies laissés par les gens pour rendre hommage aux victimes de l’incendie qui a fait au moins 440 morts.
Photo: Agence Reuters Un pompier paraguayen s’est recueilli, hier, devant les objets et les photographies laissés par les gens pour rendre hommage aux victimes de l’incendie qui a fait au moins 440 morts.

Asunción — «Famille Romero s'il vous plaît», lance une voix dans un haut-parleur avant qu'une femme ne se présente pour identifier l'un des cadavres carbonisés lors du terrible incendie de dimanche dans un centre commercial d'Asunción.

Accompagnée d'une experte en aide psychologique, elle s'avance vers l'immense tente, improvisée en morgue, au siège du commandement de l'armée, où les corps des victimes sont entreposés dans des camions frigorifiques, enfermés dans de grands sacs noirs.

Quelques instants plus tard, les deux femmes sortent en se tenant par la main. Celle qui vient de reconnaître un proche est secouée de sanglots.

Expérience espagnole

La scène se répète à plusieurs reprises sous le regard désolé de José Luis Gonzalez Mas, chef d'une équipe de trois hommes et trois femmes de la police scientifique espagnole, venus participer aux opérations d'identification. Ces policiers arrivés mercredi à Asunción ont une grande expérience de ce type de cas et ont travaillé en mars à la reconnaissance des corps après les attentats de Madrid.

«À Madrid, la situation était similaire, avec des corps également en très mauvais état», a expliqué à l'AFP M. Gonzalez Mas. Selon lui, «même quand on a beaucoup d'expérience, c'est un travail très triste du point de vue humain».

Une quarantaine d'experts venus du Brésil, des États-Unis, de Colombie, d'Argentine, du Chili et d'Espagne participent la reconnaissance des cadavres et à l'établissement des causes de l'incendie qui a détruit le centre commercial Icua Bolanos.

Les Américains, dont certains ont travaillé sur le site des tours jumelles de New York après les attentats de 2001, ainsi que les Colombiens et les Argentins sont des spécialistes en explosifs. Les Brésiliens sont des techniciens en empreintes digitales et en analyses d'ADN.

«Nous avons des cadavres en très mauvais état. Dans la majorité des cas, ils sont carbonisés et dans d'autres, nous n'avons que des fragments de corps ayant perdu toute forme humaine», a souligné M. Gonzalez Mas.

Selon cet expert, des collègues paraguayens ont déjà pu remettre à leurs familles des corps identifiés grâce à des pièces dentaires, des pans de vêtements ou parfois des jouets dans le cas des très nombreux enfants qui figurent parmi les victimes.

«Nous allons nous attaquer aux cas les plus difficiles, aux cas limites pour lesquels nous pensons qu'il faudra sans doute prélever des échantillons d'ADN», a expliqué M. Gonzalez Mas, précisant que l'équipe espagnole pourrait rester sur place entre huit et dix jours.

Examen en Espagne

Le Paraguay ne dispose pas d'infrastructures permettant les analyses génétiques des échantillons d'ADN et leur examen sera probablement effectué en Espagne.

Le haut-parleur continue d'égrener les noms. Une équipe de psychologues, masques devant la bouche, est prête à entrer sous la tente-morgue. «C'est un moment très difficile. Mercredi, j'ai accompagné une maman pour reconnaître le corps d'un enfant. Je les ai ensuite ramenés dans ma voiture car elle n'avait pas d'argent pour le ramener», a expliqué l'un d'eux.

Lida del Puerto de Benitez, une psychologue, souligne que cinq membres de cette famille sont morts et deux autres pour le moment portés disparus.

Rappelant que l'incendie s'est produit dans un quartier populaire, elle ajoute: «Il s'agit de familles de conditions modestes. C'est difficile, mais il faudrait qu'elles soient suivies car ce genre de situation laisse des séquelles. Les rescapés souffrent d'un sentiment de culpabilité s'ils se sont trouvés à côté de gens restés prisonniers» de l'incendie qui a tué au moins 400 personnes.

Court-circuit

L'incendie aurait été provoqué par un court-circuit, a affirmé hier le président paraguayen Nicanor Duarte au cours d'une visite sur les lieux du sinistre.

«Les premières informations dont nous disposons laissent entendre que cela a probablement été dû à un court-circuit», a déclaré le président, attribuant la majorité des décès à la fermeture des portes par les responsables du centre commercial Ycua Bolanos pour empêcher les clients de sortir sans payer.

«Les gens étaient enfermés. C'est pour cela que le nombre de victimes est énorme. [...] De plus, le système d'évacuation n'est pas approprié pour un local qui recevait beaucoup de monde», a affirmé le président Duarte, qui, dès dimanche soir, avait décrété trois jours de deuil national.

Selon l'un des responsables de l'enquête, le juge Edgar Sanchez, le supermarché «était une caisse avec deux petits trous».

Les propriétaires du centre, Juan Pio Paiva et son fils Daniel, ont été inculpés d'homicide volontaire avec quatre vigiles et écroués. Ils encourent jusqu'à 25 ans de prison.