«Justice pour Joyce»: des milliers de personnes manifestent à Trois-Rivières

«Ce n’est qu’un début. Je veux qu’il y ait des changements et j’ai espoir», a affirmé lors de la marche le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ce n’est qu’un début. Je veux qu’il y ait des changements et j’ai espoir», a affirmé lors de la marche le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé.

Plus de 2000 personnes ont pris mercredi part à une marche à Trois-Rivières afin de rendre hommage à Joyce Echaquan et de réclamer des actions concrètes pour mettre fin au racisme systémique qui affecte notamment le réseau de la santé du Québec.

« On demande que justice soit faite. Justice pour Joyce ! » a lancé vers 15 h la présidente de l’organisation Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, dans une allocution tenue au port de Trois-Rivières, dernier arrêt de cette manifestation qui a mobilisé environ 2500 personnes mercredi.

La marche, marquée par les sons des tambours et les « Justice pour Joyce » scandés bien fort, a d’abord mené en début d’après-midi les manifestants devant le palais de justice de Trois-Rivières, où a eu lieu mercredi la dernière journée des audiences de la coroner Géhane Kamel, en cours depuis le 13 mai. Les manifestants ont alors formé un cercle à une intersection routière afin de laisser place à des danseurs traditionnels qui ont marqué le pas au rythme d’un immense tambour installé provisoirement au centre de celle-ci.

« Ce n’est qu’un début. Je veux qu’il y ait des changements et j’ai espoir », a réagi le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé.

Les audiences de la coroner Géhane Kamel devaient aider celle-ci à élucider les causes de la mort de Joyce Echaquan, une mère de famille de 37 ans qui a perdu la vie le 28 septembre dernier d’un œdème pulmonaire à l’hôpital de Joliette. Dans une vidéo filmée en direct le soir du drame, on peut voir Mme Echaquan subir des injures et des propos racistes de la part d’employés de l’établissement.

L’urgentologue Alain Vadeboncœur, qui a pris part à ces audiences à titre d’expert, a d’ailleurs affirmé que la mort de Mme Echaquan aurait pu être évitée. La coroner doit maintenant procéder à la rédaction de son rapport, qui devrait comprendre une liste de recommandations.

L’avocat de la famille de Joyce Echaquan, Patrick Martin-Ménard, a par ailleurs laissé entendre mercredi que « d’autres étapes viendront » au terme du rapport de la coroner. « Nous n’en resterons pas là », a-t-il dit, sans s’avancer davantage.

« Sans cette vidéo [prise par Joyce Echaquan], cette mort aurait été comptabilisée comme un décès parmi tant d’autres. Elle est morte parce que les gens ont voulu qu’elle meure. Elle est décédée parce que les gens ont été malveillants à son endroit. Mais justice sera rendue. Justice sera faite », a martelé sous une pluie d’applaudissements le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

Racisme systémique

Les manifestants rencontrés par Le Devoir réclament par ailleurs la fin du racisme systémique dans le réseau de la santé et l’application du Principe de Joyce, qui vise à offrir des soins de santé équitables à tous les Autochtones. Le gouvernement Legault refuse pour l’instant d’adopter celui-ci.

« Plusieurs sont d’avis que ce n’est pas assez rapide et que les gouvernements réussissent trop facilement à faire du pelletage par en-avant et c’est malheureusement le cas. Et pour moi, je trouve que le rassemblement d’aujourd’hui, qui coïncide avec la fin des audiences de la coroner, est l’occasion de faire ce rappel-là », a réagi le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, qui presse ainsi Québec d’agir pour que Joyce Echaquan « soit effectivement la dernière » à perdre la vie dans de telles conditions.

Ce rassemblement survient d’ailleurs quelques jours après la découverte, la semaine dernière, des ossements de 215 enfants sur le terrain d’un ancien pensionnat autochtone de Kamloops. Dans la foule, plusieurs personnes arboraient mercredi un carré de tissu orange sur lequel on pouvait lire le chiffre fatidique, qui a fait tant réagir dans les derniers jours. 

« Il faut qu’il y ait des actions pour mettre fin au racisme et qu’on puisse vivre ensemble sur un territoire qu’on partage ensemble les Autochtones et les non-Autochtones », réclame Annette Dubé, une femme de 50 ans qui a elle-même vécu dans un pensionnat autochtone quand elle était enfant. Malgré la douleur qu’elle vit encore à ce souvenir, elle garde espoir pour la suite.

« C’est un vent de changement qu’on voit présentement », estime-t-elle. Chose certaine, la mobilisation est loin d’être terminée.

« Il faut voir ça comme une étape parce qu’on a encore beaucoup de travail à faire. Les Autochtones, les Atikameks, on s’est fait entendre, mais ce n’est pas la dernière fois qu’on va se faire entendre », a assuré le grand chef du Conseil de la nation atikamekw, Constant Awashish.

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