Communion dans l’émotion à la mémoire des 215 enfants de Kamloops

Après des chants traditionnels autochtones, les participants ont observé une minute de silence à la mémoire des 215 enfants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après des chants traditionnels autochtones, les participants ont observé une minute de silence à la mémoire des 215 enfants.

Colère, consternation et résilience. Ce sont avec ces sentiments en tête que des membres des Premières Nations et des Montréalais de diverses origines ont tenu une cérémonie de commémoration aux tambours lundi soir au parc du Mont-Royal à la mémoire des 215 enfants dont les restes ont été découverts sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Répondant à l’appel lancé par Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées autour du monument de George-Étienne Cartier, en face du parc Jeanne-Mance. Après des chants traditionnels autochtones, les participants ont observé une minute de silence à la mémoire des 215 enfants.

« Si nous oublions le passé, nous allons le répéter. N’oublions jamais le passé », a insisté une des participantes autochtones. « À l’école, j’ai reçu des menaces. Je n’étais pas autorisée à parler ma langue. Maintenant, aucun de mes enfants ne parle notre langue. C’est terrible. »

« Aujourd’hui, a-t-elle ajouté, il est question de 215 enfants. Mais il y en a eu des milliers avant et il y en aura des milliers d’autres après. »

Si nous oublions le passé, nous allons le répéter. N’oublions jamais le passé.

Après elle, Stéphanie, une jeune Autochtone de Lac-Simon a relaté que plus de 50 % des enfants de sa communauté étaient dans le système de protection de la jeunesse. « C’est la continuation du système des pensionnats autochtones. Mes grands-parents ont survécu, mais je n’ai jamais compris pourquoi ils ne m’avaient jamais parlé des épreuves qu’ils traversaient. Aujourd’hui, il y a plus d’enfants dans le système de protection de la jeunesse qu’il y en a eu dans les pensionnats. »

Drapeaux en berne

Plus tôt lundi, le premier ministre Justin Trudeau a qualifié d’« échec épouvantable » les relations entre Ottawa et les communautés autochtones. Il a indiqué que le gouvernement allait financer la recherche et l’exhumation de restes sur d’autres sites d’anciens pensionnats. Il s’est aussi dit en faveur d’un débat d’urgence à la Chambre des communes, acquiesçant ainsi à la demande de Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Tant au Parlement d’Ottawa qu’à l’Assemblée nationale à Québec, les drapeaux ont été mis en berne en signe de deuil. Montréal a aussi emboîté le pas lundi.

La découverte des restes de 215 enfants sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, a causé une onde de choc vendredi tant chez les membres des Premières Nations que parmi la classe politique. Les corps des enfants ont été repérés par un expert à l’aide d’un géoradar, avait annoncé vendredi la Première Nation tk’emlúps te secwépemc dans un communiqué. Selon la cheffe Rosanne Casimir, on ignore la cause de la mort de ces enfants et à quand remonte leur décès, la direction du pensionnat n’ayant jamais documenté ces événements.

Dans un communiqué, le chef national du Congrès des peuples autochtones, Elmer St. Pierre, a soutenu que les gouvernements fédéral et provincial, de même que les autorités religieuses, étaient « imputables » de ces « atrocités » et que des recherches seraient menées sur les sites d’autres pensionnats. « Ces enfants ont été volés par le gouvernement du Canada avec une intention de faire disparaître leur culture, leur langue et leur mode de vie », a-t-il indiqué.

Selon lui, il ne s’agit pas d’un incident isolé. Des milliers d’enfants ont été arrachés à leurs familles et ne sont jamais revenus, a-t-il souligné.

Mes grands-parents ont survécu, mais je n’ai jamais compris pourquoi ils ne m’avaient jamais parlé des épreuves qu’ils traversaient.

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