Taux de mortalité effarant chez les jeunes de la rue

Toronto — Les jeunes sans-abri des grandes villes ont beaucoup plus de chances de mourir que les autres jeunes de leur âge, avancent des chercheurs canadiens, qui ont identifié plusieurs comportements à risque pouvant permettre de prédire un décès prématuré.

L'étude des chercheurs, menée auprès de 1000 «jeunes de la rue» de Montréal, a permis d'établir que leur mode de vie, la consommation abusive d'alcool et de drogue, ainsi que l'infection par le VIH, rendent ces jeunes gens onze fois plus susceptibles de mourir, principalement à la suite d'un suicide ou d'une surdose.

Bien que d'autres études aient démontré que les jeunes sans-abri avaient plus de chances de mourir dans la rue, les chercheurs montréalais croient que la leur est la première à avoir identifié des variables permettant de prédire la mort parmi ce groupe de jeunes personnes. Les travaux des spécialistes ont porté sur 1013 jeunes de 14 à 25 ans, auxquels on a demandé de prendre part à des entretiens une fois tous les six mois, entre janvier 1995 et septembre 2000, a indiqué Nancy Haley, coauteure de l'étude qui est publiée aujourd'hui dans les pages du Journal of the American Medical Association. L'âge moyen des participants aux travaux de recherche, au moment où ils ont débuté, était de 19,9 ans.

«Nous les avons recrutés dans des organisations communautaires qui offrent des services gratuits aux jeunes dans la rue», comme des refuges et des soupes populaires, a expliqué Mme Haley, pédiatre et consultante en matière de maladies infectieuses à la Direction de la santé publique de Montréal.

«Quelques-uns de ces jeunes ne se sont jamais présentés au rendez-vous», a-t-elle affirmé hier. Les chercheurs ont alors consulté les dossiers des coroners, constatant que 26 des participants — 22 hommes et quatre femmes — étaient décédés. «C'est de cette façon que nous avons réalisé qu'il y avait un taux de mortalité élevé», a dit Mme Haley.

La cause de décès la plus commune a été le suicide (13), suivie par la surdose de drogue (huit). Deux jeunes personnes ont succombé à des blessures subies de façon accidentelle, un autre a péri après avoir contracté l'hépatite A liée au sida, et un autre a fait une crise cardiaque fatale.