L'abolition du programme des commandites sonne le glas d'un festival - Les châteaux de sable s'écroulent

Scandale des commandites, frilosité des gouvernements à soutenir le milieu culturel et casse-tête des champs de compétence provincial/fédéral viennent de coûter la vie au 14e concours international des châteaux de sable de Montréal. L'événement qui devait se tenir du 12 au 17 août s'écroule à une semaine à peine de son lancement officiel, a annoncé son directeur général, faute de soutien des deux paliers de gouvernement.

«C'est avec déception que nous vous annonçons que le 14e Concours international de châteaux de sable est annulé, explique dans un communiqué de presse Christian Plessis-Bélair, l'homme derrière ce concours. [Il devait] rallier, comme par le passé, quelque 100 000 personnes dans une ambiance de fête conviviale axée sur la famille, mais la méga-conjoncture politique en a décidé autrement.»

Pour cause. Fragilisées par un déménagement planifié pour la cuvée 2004, les fondations de l'événement n'ont visiblement pas résisté au contexte politique actuel qui, sur fond de coupure budgétaire, d'abolition du programme fédéral de commandites, le 12 décembre dernier, et de champs de compétences gouvernementales, ont sonné le glas de ce festival de constructions éphémères. «Cela fait 10 mois que je travaille à rassembler le financement, a expliqué hier en entrevue au Devoir M. Plessis-Bélair. Je m'étais donné jusqu'à vendredi comme échéance pour boucler le montage financier. Rien n'a bougé malgré toutes mes démarches et tous les papiers envoyés. Je suis écoeuré. C'est donc terminé pour cette année.»

Du parc aux écluses

Retour en arrière. Présenté depuis toujours dans le parc Lafontaine, le concours de château de sable avait décidé d'élire domicile cette année au parc des Écluses du Vieux-Port, le site des Mosaïcultures. Sur invitation des responsables de l'endroit, en quête d'événements populaire et familiaux, mais aussi sous la pression des résidants des environs du parc Lafontaine qui l'an dernier ont signé une pétition pour faire annuler le concours en raison du volume trop élevé de la musique qui l'accompagne.

«Cela faisait trois ans que les gens du Vieux-Port m'invitaient à me rapprocher du fleuve, lance l'organisateur. Nous avons donc quitté le parc Lafontaine, même si cela était un très bel endroit, avec la promesse d'obtenir du financement du fédéral pour notre événement.»

La suite, elle, relève d'un roman de Kafka. Éconduit par Ottawa, qui entre-temps s'est retrouvé plongé dans un scandale mettant en vedette un programme de commandites, M. Plessis-Bélair a perdu également, ce faisant, ses liens avec le gouvernement provincial qui pourtant appuyait la tenue de son rassemblement d'assembleurs de grains de sable par le passé. Motif? Le concours se tenant désormais sur un site relevant du gouvernement fédéral, Québec ne dispose pas de programmes pour lui venir en aide d'ailleurs, explique-t-il.

Dans une lettre datée du 6 juillet dernier, le ministère québécois du Tourisme lui mentionne d'ailleurs que «Tourisme Québec se doit de privilégier les projets qui contribuent prioritairement à l'atteinte de ses objectifs stratégiques.» Et le Vieux-Port de Montréal, une entité fédérale, n'en fait visiblement pas partie.

«Du côté de Québec, toutes mes démarches sont restées vaines, poursuit l'homme un brin amer. Et à Ottawa, tous les ministères contactés se sont renvoyé la balle sans finalement m'accorder de subside. C'est complètement ridicule. J'organise un concours similaire depuis 16 ans en République Dominicaine sans problème d'appui du gouvernement local. Mais au Canada, c'est différent. Mon propre pays ne peut pas m'aider. Franchement, ça me fait chier.»

Les pèles, râteaux, truelles et seaux ont donc été rangés. Et les 33 équipes attendues de France, des États-Unis et du Canada, entre autres, ont reçu dans les derniers jours l'avis de l'organisateur de ne pas se présenter sur les lieux de la construction le 12 août prochain. «C'est bien triste, poursuit-il. Mais nous espérons que l'an prochain les choses se dérouleront un peu mieux.»