Dénonciateur d'Anne Frank - Le mystère persiste 60 ans plus tard

La Haye — Le 4 août 1944, Anne Frank était dénoncée aux nazis après deux ans de vie clandestine à Amsterdam et déportée en camp de concentration: soixante ans plus tard, l'identité du dénonciateur reste toujours mystérieuse.

Entre 1942 et août 1944, Anne Frank, ses parents, sa soeur aînée Margot et quatre autres personnes vécurent cachés dans une remise à l'arrière du magasin d'Otto Frank, au bord d'un des canaux d'Amsterdam.

C'est depuis cet espace exigu et étouffant que l'adolescente écrivit son célèbre journal, racontant ses peurs et ses espoirs.

Le 4 août 1944, tout bascule après une dénonciation. Le SS Karl Joseph Silberbauer et trois collaborateurs néerlandais font irruption au Prinsengracht 263, l'adresse où se cachent Anne Frank et sa famille. Ils demandent à être conduits là où des Juifs se cachent et se rendent directement à l'annexe, a raconté Silberbauer après la guerre.

Anne et sa famille sont déportés. L'adolescente mourra au camp de Bergen Belsen en mars 1945. Seul son père survivra et reviendra à Amsterdam, où il récupère le fameux journal sauvé par une amie néerlandaise de la famille.

Ne sait pas

L'officier SS Silberbauer affirme ne pas savoir qui a trahi Anne Frank. Au fil des ans, les théories se sont multipliées pour tenter de déterminer l'identité du traître.

«C'est normal, vous voyez ce qu'a vécu Anne Frank et vous voulez pouvoir attraper le coupable. Les gens sont en colère et veulent savoir», remarque Hans Westra, directeur de la Fondation Anne Frank à Amsterdam.

Trois suspects principaux ont émergé: Wim van Maaren, un employé d'Otto Frank, Lena Hartog-Van Bladeren, une femme de ménage, et Anthon «Tonny» Ahlers, un militant du parti néerlandais pronazi NSB. Ce dernier, qui gravitait dans le milieu criminel, avait déjà fait chanter Otto Frank.

En 2002, l'historienne britannique Carol Anne Lee, auteure d'une biographie d'Otto Frank, avait estimé qu'Anthon Ahlers était le coupable. Ancien associé d'Otto, Ahlers était profondément antisémite et avait de surcroît besoin de la protection et de l'argent des nazis, soulignait Mme Lee.

La femme de ménage

Pour l'écrivaine autrichienne Melissa Muller, ce serait au contraire la femme de ménage Lena Hartog-Van Bladeren qui aurait dénoncé les Frank par peur d'être elle-même déportée avec son mari pour avoir aidé des juifs.

Auparavant, Wim van Maaren avait été considéré durant des années comme le principal suspect, mais des enquêtes menées après la guerre avaient échoué à apporter la moindre preuve. M. van Maaren n'avait cessé de son côté de clamer son innocence.