L’information et les services ne se rendent pas aux immigrants

Le Conseil supérieur de l’éducation recommande de mettre en place des approches d’alternance travail-francisation et travail-études.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Conseil supérieur de l’éducation recommande de mettre en place des approches d’alternance travail-francisation et travail-études.

Des services aux immigrants et des cours de français en quantité… mais éparpillés et peu connus. Pour alléger le parcours du combattant des nouveaux arrivants, le Conseil supérieur de l’Éducation (CSE) appelle à une meilleure concertation des services et de l’information entre les ministères, les entreprises et les organismes sur le terrain.

« Il y a beaucoup d’offres, ce n’est pas ça le problème. Mais il y a une méconnaissance de cette offre qui n’est pas centralisée, sans continuum. C’est très difficile pour un immigrant de s’y retrouver », constate la présidente du CSE, Maryse Lassonde.

C’est d’ailleurs l’une des principales recommandations du nouvel avis du Conseil dont le titre dit tout : « L’inclusion des familles immigrantes : pour une synergie accrue en éducation des adultes. » « C’est un appel à la concertation entre tous les acteurs. […] Il faut une plus grande synergie particulièrement en francisation, grâce à un guichet unique, par exemple, qui rend l’information claire et disponible », soutient Mme Lassonde.

Les membres de 58 familles d’immigrants de cinq régions du Québec ont été interviewés pour que leur expérience et leur vécu soient au cœur de la consultation. La très grande diversité des parcours migratoires est frappante. D’où l’importance, pour le Conseil, que soit créée une stratégie gouvernementale concertée entre les différents ministères (immigration, Éducation, Emploi…) afin que la francisation soit accessible en tout temps et partout, y compris en région, et qu’elle soit adaptée aux besoins de chacun.

« Il y a plein d’efforts qui sont faits et on accueille ça favorablement mais une offre de francisation qui est la même pour une personne scolarisée que pour un analphabète, on voit que ça ne répond pas bien aux [différents] besoins », a souligné Mme Lassonde.

Du rêve à la désillusion

L’avis du Conseil supérieur de l’Éducation fait également ressortir le décalage entre le projet migratoire tel qu’il est imaginé et la réalité, ce qui crée souvent un choc.

Les défis liés à l’apprentissage de la langue et l’intégration en emploi une fois sur place sont carrément sous-estimés et les immigrants n’ont rien pour s’y préparer. Cette connaissance insuffisante « donne lieu à des attentes qui sont souvent déçues », lit-on. « L’information est là mais elle n’est pas toujours accessible. On dit aux gens d’aller sur le site mais on surestime la compétence numérique des immigrants », ajoute Mme Lassonde.

D’ailleurs, si le site du ministère de l’Immigration du Québec fournit toute l’information nécessaire sur les démarches permettant d’immigrer, très peu d’information est mise à la disposition des nouveaux arrivants pour les préparer à cette nouvelle vie une fois qu’ils sont ici, constate le rapport. Les différentes sections du site Internet sont d’ailleurs rédigées en français et rarement traduites.

« Vraiment, il existe beaucoup de choses cachées. On a besoin, au début, de quelqu’un qui explique et qui dirige, qui conseille, qui accueille, qui accompagne », dit Mariam, une Syrienne qui s’exprime sous un pseudonyme dans le rapport. Beaucoup de familles ont dit s’être orientées d’après les conseils d’un membre de leur communauté déjà établi au Québec. « Mais des fois, le cousin a fait perdre un an ou deux à la personne. Ce n’est pas l’idéal », soutient Maryse Lassonde. « C’est pour ça qu’on dit que l’orientation doit être faite dès le début et de façon continue. »

En ce sens, le déploiement des bureaux d’Accompagnement Québec dans les régions est un pas dans la bonne direction, croit-elle. Mais le travail de préparation et d’orientation des immigrants doit absolument être amorcé avant l’arrivée. « C’est crucial. Ça va éviter tellement de faux pas », insiste la présidente du CSE.

Problème de reconnaissance

Problèmes de récurrent s’il en est un, la reconnaissance des acquis et des compétences est encore à améliorer, souligne le Conseil supérieur de l’Éducation dans ses recommandations. « Il y a beaucoup de choses qui existent mais ce n’est pas centralisé », note Mme Lassonde.

À l’heure actuelle, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) offre une évaluation des diplômes et compétence des immigrants mais qui n’est pas officiellement reconnue par les établissements d’enseignement et le marché du travail. « Beaucoup d’immigrants sont déçus. On les a choisis sur la base de leur formation et une fois ici, on ne la reconnaît pas facilement », poursuit-elle.

Le Conseil a d’ailleurs récemment mandaté la Commission de l’éducation des adultes et de la formation continue pour qu’elle se penche sur la meilleure façon d’élaborer un cadre national pour la reconnaissance des acquis. « L’idée serait d’avoir un référentiel qui dirait quelles sont les compétences requises pour, par exemple, devenir un médecin au Québec et lorsqu’un immigrant arrive, il pourrait voir ce qui lui manque et aller faire des formations pour compléter », explique la présidente. « Ce serait comme un genre de passeport de compétences, un portfolio établi à partir des acquis et de l’expérience des personnes. »

Selon l’avis, les entreprises jouent un rôle important dans la francisation et l’intégration des nouveaux arrivants. Le Conseil supérieur de l’éducation recommande d’ailleurs de mettre en place des approches d’alternance travail-francisation et travail-études. « C’est très gagnant », insiste Mme Lassonde. Par ailleurs, l’accompagnement des personnes immigrantes dans les milieux de travail l’est tout autant. « Il y a des programmes qui existent mais qui ne sont pas connus de tous encore une fois. On gagnerait à les développer et les faire connaître, surtout pour les PME. »

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