Enquête sur le décès d'un plongeur dans l'épave de l'Empress of Ireland - Le coroner ne recommande pas de fermer le site

Fermer le site de l'épave naturelle de l'Empress of Ireland au large de Sainte-Luce-sur-Mer, à l'est de Rimouski, n'est pas la solution, a tranché la coroner Andrée Kronström dans son rapport d'enquête sur le décès du plongeur Serge Cournoyer, rendu public hier. Mme Kronström recommande toutefois que les plongées sur le site soient mieux encadrées et elle appelle à un changement d'attitude chez certains plongeurs qui, trop souvent, jouent de témérité.

La nouvelle a été accueillie avec soulagement par la Fédération québécoise des activités subaquatiques (FQAS), qui craignait que le site de plongée le plus reconnu de la province ne soit fermé, selon les recommandations émises lors de l'enquête effectuée par la Sûreté du Québec. «Le rapport correspond à notre analyse des événements, a commenté hier son secrétaire général, Roger Lacasse. On est conscient que le site de l'Empress est un site avancé, que c'est un site profond, froid et sombre, mais, en même temps, personne ne songe à fermer l'Himalaya, qui, pourtant, est un site autrement plus dangereux.»

La Société des récifs artificiels de l'estuaire du Québec (RAEQ) s'est aussi dite globalement satisfaite du rapport, mais elle avoue regretter son «manque de mordant». «Beaucoup des solutions proposées par la coroner sont déjà en place. On aurait aimé qu'une collaboration plus étroite avec la Sûreté du Québec fasse l'objet d'une recommandation, comme on aimerait qu'une chambre hyperbare portative soit rendue disponible», a expliqué hier son président, Jean-Pierre Bouillon, qui renvoie la balle au Secrétariat au loisir et au sport du Québec pour ce dernier point. Au bureau du ministère des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, dont le secrétariat relève, personne n'était en mesure hier de commenter le rapport.

Manque d'expérience et de formation

Tenue en juillet et en octobre 2003, l'enquête a permis à la coroner de conclure que la mort du plongeur de 33 ans — survenue le 4 août 2002, après qu'il eut épuisé ses réserves d'air — aurait pu être évitée. Sa mort est attribuable à une combinaison fatale alliant un manque d'expérience et une formation inadéquate pour l'exploration d'un site comme celui de l'Empress, cela en dépit des dix ans d'expérience de la victime.

«Même si, au début de sa plongée, il [Cournoyer] était en contact visuel avec son compagnon, le duo s'est séparé. La boue soulevée par les mouvements des deux plongeurs a limité considérablement son champ de vision. Sans moulinet ni repères, dépourvu de lampes de puissance suffisante, M. Cournoyer n'avait aucun moyen de trouver le chemin du retour», note Mme Kronström.

Lors de l'enquête, des experts avaient démontré que les connaissances et l'expérience du duo étaient limitées, état de fait que celui-ci ignorait. «Ils n'étaient pas conscients de leurs limites, ce qui a créé un faux sentiment de sécurité», relève encore la coroner, qui demande à cet effet à la RAEQ de faire le nécessaire pour que seuls des plongeurs de niveau technique s'aventurent sur le site de l'épave, ou, sinon, qu'ils soient toujours accompagnés d'un guide reconnu.

Dégradation

La société dit déjà faire ce genre de tri, mais elle avoue ne pas avoir le pouvoir d'empêcher un plongeur d'aller sur le site privé s'il le désire. «Trop souvent, il nous est arrivé d'appeler la SQ pour qu'elle interviennent, mais son temps de réaction est rarement adéquat, si bien que des plongeurs sans l'équipement ou la formation nécessaires finissent par plonger quand même», déplore Jean-Pierre Bouillon.

Jugé avancé, le site de l'épave de l'Empress of Ireland repose par environ 44 m (145 pi) au fond du fleuve Saint-Laurent, au large de Sainte-Luce-sur-Mer. Depuis son naufrage survenu dans la nuit du 29 mai 1914, l'épave n'a cessé de se dégrader. La coroner a d'ailleurs enjoint hier au ministère de la Culture et des Communications de prendre les moyens nécessaires pour suivre l'état de dégradation de l'épave. Elle suggère également à la municipalité de Sainte-Luce-sur-Mer de parachever le projet de dragage du quai de Sainte-Luce-sur-Mer.

Depuis 1996, quatre personnes ont perdu la vie à la suite de l'exploration du site de l'Empress, dont Serge Cournoyer. En 2001, un accident de décompression avait fauché sa vie à Pierre Lepage. En 1996, Lise Parent s'était noyée alors que son compagnon, Xavier Roblain, mourait des suites de l'éclatement de ses poumons lors d'une visite au site de plongée.