Protection de la jeunesse - Les Centres jeunesse sont sévèrement critiqués

Le Conseil permanent de la jeunesse (CPJ) remet en question le système de protection de la jeunesse au Québec, dans un rapport de recherche qui a été rendu public hier et qui donne la parole aux jeunes hébergés dans ces centres.

«Le système ne procure pas les effets escomptés, affirme le président du CPJ, Patrick Lebel. Lorsque des jeunes se disent maltraités, en situation d'insécurité, desservis, meurtris de leur passage en centres jeunesse, alors on ne peut plus parler de protection. Il faut arrêter de se cacher la tête dans le sable, il y a des problèmes.»

Dans les derniers mois, le CPJ a rencontré 100 jeunes qui fréquentent ou ont fréquenté les centres jeunesse du Québec, dans 13 régions de la province, et provenant de divers milieux, notamment 15 autochtones et cinq personnes issues des communautés culturelles. Selon les chiffres officiels de 2001-2002, 100 000 adolescents ont reçu des services d'un centre jeunesse et 29 500 jeunes ont été retirés de leur milieu naturel pour être placés en milieu de vie substitut, soit en centres ou en familles d'accueil.

«Les jeunes sont très peu impliqués dans le processus et dans le plan d'intervention, ils ne sont pas consultés, ni associés à la démarche», soutient Patrick Lebel.

Manque de stabilité

Le manque de stabilité est un élément important dans le rapport de recherche et apparaît dans de nombreux témoignages des adolescents. Certains sont fréquemment transférés dans différents milieux, des centres d'hébergement ou des familles d'accueil. Les jeunes fréquentent aussi un nombre impressionnant d'intervenants: travailleurs sociaux, éducateurs, professeurs, avocats, mais ils se plaignent de l'énorme taux de roulement dans le milieu. «Ce sont des jeunes fragiles, la confiance est plus difficile. Souvent, ils vont réussir à faire confiance à quelqu'un, et après deux semaines, la personne va quitter son poste», souligne le président du CPJ, dont le mandat depuis trois ans est de soulever des problématiques sociales auprès du gouvernement.

Un des problèmes constatés par les jeunes est la mixité des clientèles dans les établissements. En effet, de jeunes contrevenants (délinquants juvéniles, petits criminels) partagent les mêmes activités et les mêmes lieux que des jeunes qui relèvent de la protection de la jeunesse (violence familiale, mauvais traitements). «Beaucoup, beaucoup de jeunes nous ont dit que ça avait été une source d'influence néfaste pour eux, qu'ils sont sortis comme étant de petits criminels, qu'ils avaient fait de la drogue après, explique Patrick Lebel. C'est comme en prison, t'apprends à faire de plus gros crimes quand tu sors. Ils sont contaminés, très rapidement ils subissent l'influence.» La référence à la prison revient fréquemment dans les témoignages des jeunes. «Ils ont une expression, ils disent: "On fait notre temps", comme des prisonniers. Ils subissent, ils ne sont pas actifs, ne voient pas que ça peut les aider, ils exécutent les ordres sans penser», rapporte le président.

Suivi déficient

Le dernier point principal soulevé par le CPJ est le manque de suivi après la sortie du centre. «À 18 ans, en fonction de la loi telle qu'elle est maintenant, les jeunes, on leur donne un peu d'argent de poche, on leur souhaite bonne chance et on les laisse sur le pas de la porte, explique Patrick Lebel. Les centres jeunesse ne sont pas du tout équipés, ce n'est pas de leur faute, mais il va falloir s'en occuper, faire le suivi, s'assurer que les jeunes se réinsèrent de façon harmonieuse dans la société.»

Pour pallier ces nombreuses lacunes, le CPJ fait plusieurs recommandations au gouvernement québécois, notamment la tenue d'états généraux sur les jeunes en centres jeunesse, où seraient invités des adolescents concernés, en plus des experts et intervenants du milieu. Le CPJ propose aussi de séparer les clientèles de protection et de jeunes contrevenants, de réduire la taille des centres jeunesse, de créer des programmes appropriés aux différentes clientèles et de favoriser les ententes avec les commissions scolaires pour créer des programmes de formation qui aident les jeunes à intégrer le marché du travail, comme il en existe déjà dans certaines régions.

Rejoints par téléphone, les responsables de l'Association des centres jeunesse du Québec ont refusé de commenter le rapport de recherche avant d'en avoir fait «une lecture attentive et d'avoir consulté nos membres».