«On n’a plus le choix», annonce la FIQ qui va solliciter des mandats de grève

La FIQ, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et autres professionnelles en soins, va bientôt tenir des assemblées générales pour sonder ses membres sur un mandat de grève. Celui-ci pourrait aller jusqu'à une grève générale.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La FIQ, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et autres professionnelles en soins, va bientôt tenir des assemblées générales pour sonder ses membres sur un mandat de grève. Celui-ci pourrait aller jusqu'à une grève générale.

La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) envisage à son tour la grève, estimant « n’avoir plus le choix ».

La FIQ, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et autres professionnelles en soins, va bientôt tenir des assemblées générales pour sonder ses membres sur un mandat de grève… à moins que les offres salariales soient bonifiées d’ici là.

Le mandat pourrait aller jusqu’à une grève générale illimitée, a fait savoir l’organisation syndicale.

« On n’a plus le choix; nos déléguées ont dit: c’est assez. Ça fait trois fois qu’on rejette ces offres-là. Le premier ministre a parlé d’offres différenciées ? On les attend toujours », a lancé la présidente de la FIQ, Nancy Bédard en entrevue avec La Presse canadienne.

La FIQ a bien conclu une entente partielle avec Québec, en décembre dernier, mais elle porte sur les conditions de travail de ses membres. La question des salaires n’est toujours pas réglée.

Services essentiels

La FIQ a déjà fait approuver ses listes de services essentiels à maintenir en cas de grève par le Tribunal administratif du travail — un passage obligé avant de pouvoir recourir à de tels moyens de pression.

La proportion de services essentiels à maintenir varie selon l’unité de soins et l’établissement. Les soins intensifs et l’urgence sont pourvus à 100 %.

Mme Bédard souligne d’ailleurs l’ironie de la chose, puisque lorsqu’il n’y a pas de grève, ces services dits essentiels ne sont même pas pourvus à 100 %, à cause du manque de personnel.

Lorsqu’il n’y a pas de grève, « tous les jours, des ratios sont en bas des services essentiels. Des fois, il y a la moitié du personnel » qui devrait être en poste », déplore la dirigeante syndicale.

Les négos n’avancent plus

La présidente de la FIQ affirme que contrairement à ce qu’a dit le premier ministre François Legault, les négociations piétinent sur le plan salarial, même pour les infirmières.

« Le premier ministre a dit publiquement qu’il nous avait fait une offre différenciée. La réalité, c’est qu’après 18 mois, nous sommes toujours au même point dans les négociations à la table intersectorielle. »

Québec offre des augmentations de 1,75 %, puis 1,75 % et 1,5 %, soit 5 % sur trois ans, avec deux montants forfaitaires sur deux ans. Il y ajoute une majoration possible de 1 % si l’inflation dépasse 5 % et si la croissance économique prévue par le gouvernement est au rendez-vous. Québec affirme que son offre équivaut à une hausse de 8 %.

Sur la question salariale, la FIQ négocie en alliance avec l’APTS, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux. L’alliance FIQ-APTS représente quelque 136 000 travailleuses dans la santé.

Ces deux organisations syndicales de la santé et des services sociaux demandent 12,4 % d’augmentations, dont un rattrapage de 7,4 %.

Mardi, le premier ministre François Legault a pourtant affirmé: « on me dit que ça avance bien aux différentes tables, entre autres avec les infirmières ».

Loi spéciale ?

Le 2 mai, lors d’une conférence de presse, le premier ministre s’était donné « deux à trois semaines » pour régler avec les syndicats du secteur public. Or, ces trois semaines sont écoulées depuis dimanche dernier.

Interrogé à ce sujet, le premier ministre a dit ne pas envisager de loi spéciale, malgré l’échéance arrivée à terme. « Non, on n’est pas rendu là. »

« Tant que les négociations vont bien se passer et qu’il n’y aura pas de moyens de pression importants, on va continuer la négociation. Notre objectif, c’est vraiment d’arriver avec une entente négociée », a conclu le premier ministre Legault.

Mme Bédard n’ose pas envisager une loi spéciale « pour faire taire les infirmières », à qui on a tant demandé pendant la pandémie et même avant.

« Tous les jours, j’en ai des dizaines qui démissionnent. Quand je vous dis que j’ai des infirmières auxiliaires qui quittent pour aller travailler chez Costco, parce qu’elles gagnent plus cher; on a un problème! » s’exclame Mme Bédard.

Grève en vue à l’APTS

L’APTS, qui négocie en alliance avec la FIQ pour les salaires, est encore plus avancée que la FIQ dans son processus vers la grève. Ses 60 000 membres se sont déjà prononcées en faveur d’un mandat de grève, soit une banque de 10 jours.

L’APTS a déjà arrêté quatre de ces journées de débrayage, soit les 7 et 8 juin, ainsi que les 21 et 22 juin.

L’APTS représente des techniciennes en laboratoire, en radiologie, des travailleuses sociales, des nutritionnistes, des psychologues et autres, tant dans les établissements de santé que les centres jeunesse.

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