Mohawks et résidents d’Oka se mobilisent contre le développement immobilier dans la Pinède

«Tout ce qu’on veut, c’est la paix et le retour de nos terres», a lancé sous une pluie d’applaudissements Ellen Gabriel, qui se définit comme porte-parole de la Défense des terres de Kanesatake.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir «Tout ce qu’on veut, c’est la paix et le retour de nos terres», a lancé sous une pluie d’applaudissements Ellen Gabriel, qui se définit comme porte-parole de la Défense des terres de Kanesatake.

Près d’une centaine de résidents de la municipalité d’Oka et de membres de la communauté mohawk de Kanesatake se sont unis samedi pour empêcher tout développement immobilier dans la Pinède, une forêt qui fait l’objet de revendications territoriales historiques.

Après s’être réunis dans la communauté mohawk de Kanesatake, les manifestants sont montés dans leur voiture peu avant 11 h avant de défiler pendant près d’une heure dans les rues d’Oka en klaxonnant joyeusement. Ce défilé a abouti dans un secteur en développement de la municipalité, où plusieurs nouvelles maisons ont pris forme dans les dernières années, tandis que d’autres sont en construction. À proximité de ce site se trouve la Pinède, « la plus vieille forêt plantée en Amérique du Nord », aux dires de la municipalité, qui a adopté l’an dernier un projet de règlement pour en faire un site patrimonial.

« Notre intention, c’était vraiment de protéger la forêt et d’éviter des tensions avec la communauté voisine », explique à ce sujet le maire d’Oka, Pascal Quevillon, en entrevue au Devoir.

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Or, plusieurs citoyens rencontrés samedi à Oka s’inquiètent de la possibilité qu’un développement immobilier prenne forme malgré tout dans la Pinède, où le promoteur immobilier Grégoire Gollin possède plusieurs terrains. Celui-ci menace de poursuivre la municipalité pour avoir adopté ce règlement, qui reçoit l’appui de Québec, sans effectuer de consultations publiques au préalable. Il estime être victime d’une « expropriation déguisée ».

« Tout ce qu’on demande, c’est la paix et le retour de nos terres », a lancé sous une pluie d’applaudissements Ellen Gabriel, qui se définit comme porte-parole de la Défense des terres de Kanesatake. « Je veux vieillir dans une communauté pacifique », a-t-elle ajouté.

« Des développements immobiliers ici, on n’en veut plus, du moins pas sans nous avoir consultés avant », martèle également au Devoir Alan Harrington, qui demeure à Kanesatake. Celui qui se décrit comme un « défenseur de la terre » confie se sentir « fâché » et triste face à l’étalement grandissant du développement immobilier à Oka à proximité de la Pinède.

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« Ce qui me préoccupe, c’est le développement immobilier dans ma région […] On veut s’assurer que ce soit fait dans le respect. On ne veut pas que ce soit fait de façon irresponsable », opine également Pierre Séguin, qui demeure dans la municipalité d’Oka depuis une quarantaine d’années.

 
« Je pense sincèrement qu’il n’y a personne à Oka, et surtout pas à Kanesatake, qui veut d’un développement immobilier ici. Personne ne touche à la Pinède ! » -Lucie Massé, résidente d’Oka

Un malentendu, selon un promoteur

En entrevue, M. Gollin évoque pour sa part un malentendu. Celui-ci a vendu dans les dernières années des terrains pour permettre la construction de maisons dans le Domaine des collines, situé à proximité de la Pinède. Pas question, cependant, qu’un développement immobilier prenne forme à l’intérieur de cette forêt, assure-t-il.

« Il n’y a jamais eu de demande de développement de ma part sur ce terrain-là » assure-t-il au Devoir. M. Gollin affirme plutôt qu’il réclame une indemnisation financière de la part de la municipalité ou encore des allègements fiscaux pour compenser les impacts de son nouveau règlement sur les terrains privés qu’il possède dans la Pinède et dans les environs depuis le début des années 2000. Une partie de la forêt appartient cependant à la Ville.

« Aujourd’hui, il faudrait être fou pour développer dans ce terrain-là, mais ça ne légitime pas le mépris [de la part de la Ville d’Oka]. Je paie des taxes depuis beaucoup d’années et je l’ai acquis à des fins de développement et par respect à des droits de propriété, on aurait dû prendre le temps de m’en parler avec la Ville. Ça a été fait sans concertation et je le vois comme un manque de respect », lance le promoteur.

Le maire d’Oka est toutefois catégorique.

« [Grégoire Gollin] n’obtiendra pas d’argent de la municipalité », tranche Pascal Quevillon. Le promoteur affirme d’ailleurs, lettres à l’appui, avoir tenté à quelques reprises d’organiser une rencontre avec le conseil municipal d’Oka pour dénouer cette impasse, en vain.

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« C’est sûr que nous, si M. Gollin nous envoie une mise en demeure parce qu’il y a un préjudice pour lui dans le changement de zonage, on ne va pas dépenser des frais d’avocats pour se défendre. Ce qu’on va faire, c’est qu’on va remettre le zonage résidentiel et il ne pourra pas plus le développer [le site] parce qu’il y a de l’opposition [populaire] », estime le maire.

Revendications territoriales

Grégoire Gollin avait d’ailleurs signé une entente avec la communauté mohawk en juin 2019 pour lui offrir un terrain d’environ 60 hectares qu’il possède dans la Pinède à titre de « don écologique ». Un projet qui n’a toutefois pu se concrétiser à ce jour, notamment en raison de l’opposition de la Ville d’Oka. Le Conseil mohawk de Kanesatake a depuis entamé en janvier dernier une poursuite judiciaire contre la Ville d’Oka et le gouvernement du Québec pour s’opposer au règlement faisant de la Pinède un site patrimonial.

« La Ville d’Oka veut faire de la Pinède un site patrimonial pour nous empêcher de revendiquer ce territoire-là », affirme au Devoir le grand chef du Conseil mohawk de Kanesatake Serge Otsi Simon, qui voit là un « préjudice » à sa communauté.

Pour le maire d’Oka, cependant, cette poursuite a quelque chose de « contradictoire ». « D’un côté, on crie haut et fort qu’on veut protéger la forêt. Mais quand la municipalité la protège, on nous reproche de la protéger », laisse-t-il tomber. Tant le maire que Serge Otsi Simon et plusieurs manifestants rencontrés s’entendent toutefois sur un point : pour dénouer cette impasse, la balle est dans le camp d’Ottawa.

« Ce n’est pas la municipalité d’Oka qui va régler les revendications territoriales. C’est de compétence fédérale », conclut M. Quevillon.

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