Mobilisation à Montréal pour dénoncer «l’insuffisance» du projet de loi 96

Plus d’une centaine de personnes ont manifesté vendredi soir à Montréal pour dénoncer le projet de loi 96 du gouvernement Legault, qu’ils jugent insuffisant.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plus d’une centaine de personnes ont manifesté vendredi soir à Montréal pour dénoncer le projet de loi 96 du gouvernement Legault, qu’ils jugent insuffisant.

Plus d’une centaine de personnes ont manifesté vendredi soir à Montréal pour dénoncer le projet de loi 96 du gouvernement Legault sur la protection de la langue française, jugé insuffisant par plusieurs militants pour prévenir le déclin de l’usage de la langue de Molière dans la province.

Des jeunes, des familles et des personnes âgées se sont réunis vers 17 h au pied du mont Royal dans le cadre d’une manifestation organisée entre autres par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) et le Mouvement des jeunes souverainistes. Celle-ci vise à dénoncer « l’insuffisance des mesures » incluses dans le projet de loi 96 pour la protection de la langue française au Québec présenté la semaine dernière par le gouvernement de François Legault. Le volumineux document s’attaque à toutes les sphères de la société, en passant par l’immigration, les commerces et l’éducation, entre autres.

Plusieurs militants rencontrés par Le Devoir vendredi ont toutefois déploré que ce projet de loi ne prévoie pas une application uniforme de la loi 101 à tous les cégeps, qu’ils soient francophones ou anglophones. Certains estiment aussi que Québec devrait réduire ses seuils migratoires pour prévenir le déclin du français dans la province ou encore offrir plus de programmes de francisation aux nouveaux arrivants.

« Il faut demander à ce que les immigrants économiques maîtrisent le français et on doit avoir des seuils [d’immigration] proportionnels à notre capacité d’accueil en français », a d’ailleurs fait valoir le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, qui a pris part à l’événement afin de dénoncer « l’insuffisance » de ce projet de loi.

« On ne veut pas une loi pour réconforter les Québécois et agir en surface. On veut une loi pour bel et bien renverser la tendance du déclin en prenant des actions concrètes », martèle-t-il lorsque rencontré par Le Devoir devant le monument à sir George-Étienne Cartier. Selon lui, ce projet de loi n’aura d’autre effet que de permettre de permettre au déclin du français de se faire « en douceur », sans vraiment cesser celui-ci.

Selon des études dévoilées par l’Office québécois de la langue française plus tôt cette année, la part de la population utilisant le français à la maison devrait passer de 82 % en 2011 à 75 % d’ici 2036 dans la province.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon, était présent à la manifestation.

« Ça m’inquiète beaucoup », a confié Claude Richard, un manifestant rencontré par Le Devoir. « Je suis extrêmement déprimé [par le déclin du français au Québec] », a aussi soupiré Maxime Barbeau.

Dans la foule se trouvait d’ailleurs l’ancienne chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui est depuis quelques jours à la tête d’un nouveau parti provincial indépendantiste baptisé Climat Québec. Selon elle, ce projet de loi n’est rien d’autre que de la « poudre aux yeux ». Mme Ouellet déplore d’ailleurs que le gouvernement du Legault continue de financer des collèges anglophones, contribuant ainsi, selon elle, à « l’anglicisation de nos étudiants au Québec ». « Et ça, c’est pire que de ne rien faire », laisse-t-elle tomber.

Des « exceptions » qui préoccupent

Peu avant 18 h, les manifestants ont entamé une marche d’environ 3 km sur plusieurs artères de la métropole afin d’atteindre la statue de Félix Leclerc située près du parc La Fontaine. Des policiers à vélo et à cheval ont encadré la marche pacifique, qui a été marquée par les slogans nationalistes, les chansons québécoises et la présence de plusieurs drapeaux québécois brandis en l’air.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

« C’est super important de faire une marche commune pour que le message soit entendu. Les demi-mesures, ça ne fonctionne pas », estime la présidente de la SSJB de Montréal, Marie-Anne Alepin. Celle-ci se déçoit de la présence de plusieurs « exceptions » dans ce projet de loi. Elle craint notamment que les mesures contingentement prévues à celui-ci pour les cégeps anglophones ne s’appliquent pas aux collèges privés non subventionnés.

Or, le projet de loi comme il a été présenté soulève déjà des préoccupations, notamment de la part d’établissements préuniversitaires anglophones ainsi que dans le milieu des affaires.

« Il faut avoir beaucoup de courage [pour protéger la langue française]. Il ne faut pas plaire à tout le monde. Il faut aller plus loin. Et oui, ça peut décevoir », soulève Mme Alepin.

Le projet de loi 96, qui fera l’objet de consultations, vise à réformer la Charte de la langue française, adoptée en 1977.

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