Levée du brouillard d’incertitude pour la restauration et les festivals

À partir du 25 juin, les festivals mais aussi les amphithéâtres et les stades extérieurs pourront accueillir jusqu’à 2500 personnes en même temps.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À partir du 25 juin, les festivals mais aussi les amphithéâtres et les stades extérieurs pourront accueillir jusqu’à 2500 personnes en même temps.

Le brouillard d’incertitude qui recouvrait les festivals, les bars, les restaurants, les salles de spectacles se dissipe enfin. L’été s’annonce festif, à en croire le plan de déconfinement dévoilé mardi par Québec, bien que plusieurs points d’interrogation demeurent.

« Le spectre du peut-être » plane encore, mais « on sait enfin vers quoi on s’enligne », lance Mélanie Blanchette, propriétaire des restaurants Bouillon Bilk et du Cadet, au centre-ville de Montréal.

Ses commerces étant dépourvus de terrasses, elle a poussé un soupir de soulagement en entendant le premier ministre François Legault. « Ça me fait plaisir que la zone orange implique l’ouverture des salles à manger et que ça pourrait se faire assez bientôt, parce que pour nous, l’option terrasse, ce n’est pas viable. »

De son côté, Éric LeFrançois, vice-président de la Nouvelle association des bars du Québec (NABQ), accueille le plan du gouvernement avec une pointe de scepticisme. « J’aurais aimé avoir le calendrier il y a deux mois, mais dans les circonstances, ce calendrier-là nous satisfait », confie-t-il.

Ce plan progressif lui permet surtout de redémarrer à bon rythme ses commerces, la Drinkerie Sainte-Cunégonde et le bar Social, à Montréal. « Ça donne un peu d’espoir et ça permet d’ouvrir tranquillement pas vite, et de recommuniquer avec notre personnel. »

La décision d’ouvrir d’abord uniquement les terrasses laisse toutefois le tenancier pantois. Que faire avec la clientèle lors d’averses ? s’interroge-t-il. « Il faut se servir du gros bon sens. À ce moment-là, les gens pourront se réfugier à l’intérieur », a tempéré Horacio Arruda, le directeur national de la santé publique, qui était aux côtés de M. Legault.

« C’est vraiment pas simple, mais c’est un début », soupire Éric LeFrançois. « Après neuf mois de fermeture, on va prendre ce qu’on a pour l’instant. »

Un été de festivals

À partir du 25 juin, les festivals mais aussi les amphithéâtres et les stades extérieurs pourront accueillir jusqu’à 2500 personnes en même temps. « Je pense que personne ne s’attendait à un chiffre aussi élevé », laisse tomber après la conférence de presse Patrick Kearney, du regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN).

Le hic, c’est que ce nombre doit être morcelé en sous-groupes de 250 personnes. L’été de festivals se présente donc comme un casse-tête à résoudre. Les festivaliers doivent s’attendre à l’apparition de « zones contiguës », suggère Patrick Kearney. « Chaque zone a sa propre toilette, son propre service de bar » pour éviter que les fêtards ne « transgressent trop les mesures sanitaires ».

À son avis, chacun trouvera la formule qui convient.

Par exemple, le Festif de Baie-Saint-Paul multipliera les sites de spectacles, suggère Patrick Kearney. « [Les organisateurs] vont éclater ça dans la ville, même dans des endroits très excentrés. Ce qui fait que quand tu sors d’un spectacle, là tu vas aller souper, ou tu vas aller au camping. On n’aura pas la tentation de se réunir avec sa cousine ou son ami qui sortent d’un autre spectacle. »

La distance peut être aussi temporelle, comme au festival de la chanson de Tadoussac, où les organisateurs prévoient d’étirer leur programmation sur une dizaine de jours.

Martin Roy, du Regroupement des événements majeurs internationaux, avance que « des festivals ou des activités de types déambulatoires, des festivals avec des places assignées » s’inviteront aussi à la fête. Les sites multiplieront également les entrées et les sorties « pour éviter qu’il se forme des congestions des festivaliers », selon lui.

Peu importe la formule retenue, « le monde va être content d’être là, ça fait tellement longtemps qu’ils ont pas eu de spectacles et de festivals », avance Patrick Kearney.

Interrogations

Le calendrier de déconfinement réjouit par ailleurs les propriétaires de salles de spectacle de la province, bien que la grande majorité d’entre elles avaient déjà repris leurs activités, « y compris en zone rouge », commente David Laferrière, président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU).

D’une part, « la levée du couvre-feu c’est majeur, c’est apprécié, c’était attendu ». Mais d’autre part, l’incertitude persiste dans les détails. Qu’adviendra-t-il de la taille des bulles ? Le port du masque sera-t-il maintenu encore longtemps ? Les bars des salles de spectacles rouvriront-ils ? Tant de questions que se posent actuellement les propriétaires de salles de spectacles.

Cela étant, « l’éléphant dans la pièce » demeure le passeport vaccinal, aux yeux de David Laferrière. À ce sujet, « la réflexion n’est pas terminée » a indiqué lors du point de presse le Dr Horacio Arruda.

Reste aussi à convaincre le public d’acheter des billets quelques semaines à l’avance, une habitude devenue « contre nature après tant de mois » de crise sanitaire, relève David Laferrière. Mais là-dessus, la confiance règne, assure-t-il, tant le sevrage culturel des Québécois est rendu palpable.

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