Un homme accusé d’être l’auteur du 11e féminicide au Québec

Ce serait le neuvième meurtre à survenir depuis le début de l’année sur l’île de Montréal.
Photo: Adil Boukind Archives Le Devoir

Ce serait le neuvième meurtre à survenir depuis le début de l’année sur l’île de Montréal.

Réveillée en pleine nuit par les cris de détresse de Zoleikha Bakhtiar, une voisine croyait avoir fait un cauchemar jusqu’à ce que des policiers se présentent à sa porte. Mme Bakhtiar, une mère de famille de 36 ans, aurait été tuée tard lundi soir par son conjoint, qui a été accusé de meurtre non prémédité.

« C’est tellement inhabituel d’entendre des cris comme ça, j’ai cru que c’était un mauvais rêve, que j’avais imaginé le bruit d’un dernier soupir », laisse tomber Alexandrine Silga, qui habite un des logements situés au-dessous de celui du couple.

Vers minuit, Ariobarzan Bakhtiar aurait téléphoné lui-même aux policiers pour signaler qu’il avait poignardé sa conjointe dans leur appartement de la Maison Hamilton, une tour de quelque 280 logements sur l’avenue Adalbert, à Côte-Saint-Luc, dans l’ouest de Montréal. « La femme a été retrouvée avec une blessure au haut du corps par arme blanche. Son décès a été constaté sur place », a indiqué Caroline Chèvrefils, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L’homme de 35 ans a été arrêté sur les lieux et a comparu en début d’après-midi mardi au palais de justice de Montréal. Il n’aurait pas d’antécédents judiciaires.

Ariobarzan Bakhtiar demeure détenu et doit revenir devant le tribunal le 5 juillet prochain. D’ici là, il lui est interdit de communiquer avec les deux jeunes enfants — dont un bébé — qui se trouvaient sur les lieux. Les deux mineurs n’ont pas été blessés et ont été pris en charge par les autorités.

Au cours des dernières semaines, ce sont les vies de onze femmes qui ont été emportées dans un contexte de violence conjugale. « Il est clair que le contexte de [violence conjugale] nous ébranle tous et nous ferons les représentations qui s’imposent puisqu’il s’agit d’un contexte aggravant dont on connaît les ravages », a fait valoir la procureur de la Couronne, Me Andrée-Anne Charette. 

Couple discret

Le réveil a été difficile pour Mme Silga, qui est sous le choc mardi de ne pas avoir pu aider sa voisine. « Je sais que je ne peux pas me blâmer, mais si j’étais restée éveillée plus longtemps, je ne sais pas, j’aurais peut-être réalisé que ce n’était pas un mauvais rêve », dit-elle.

Une autre résidente de l’immeuble, Ailsa Pehi, décrit le couple Bakhtiar comme étant discret. Elle a compris en matinée que quelque chose de grave était arrivé à la femme lorsqu’elle est tombée face à face avec les policiers en se rendant à l’ascenseur.  « Je n’ai jamais entendu la voix de la dame, elle avait toujours le regard vers le sol et ne répondait pas lorsqu’on la saluait », mentionne-t-elle.

La femme qui a récemment aménagé dans l’immeuble raconte avoir croisé régulièrement le couple dans les corridors et dans le stationnement intérieur. « L’homme semblait toujours parler à très haute voix, mais sincèrement, je ne sais pas ce qu’il disait puisque je ne comprenais pas la langue », ajoute-t-elle.

« C’est une tragédie surtout lorsqu’on sait que des enfants étaient sur place. La violence conjugale n’a pas fait qu’une victime, elle a des conséquences sur tout le monde », déplore Ailsa Pehi.

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