Un séisme typique de la tectonique du sous-sol québécois

Le sous-sol québécois fait partie de la plaque tectonique nord-américaine qui couvre toute l’Amérique du Nord.
Photo: iStock Le sous-sol québécois fait partie de la plaque tectonique nord-américaine qui couvre toute l’Amérique du Nord.

Le tremblement de terre de magnitude 3,9 ressenti dans l’ouest du Québec lundi matin découle du décrochement d’une faille situé dans les profondeurs de la plaque continentale nord-américaine. Une particularité de tous les séismes qui secouent le sol québécois.

Ce séisme, qui s’est produit à 18 km de profondeur vers 7 h 03, n’a pas surpris les experts, car il est survenu dans une région de « sismicité active ». Appelée zone sismique de l’ouest du Québec, celle-ci comprend la vallée de l’Outaouais ainsi que la région comprise entre Montréal, le Témiscamingue au nord, et la région de Charlevoix.

Au cours des vingt dernières années, une cinquantaine d’événements de magnitude 2 et six événements de magnitude 3 ont été détectés dans un rayon de 50 km autour de l’épicentre du séisme de lundi, qui était situé à environ 3 km de L’Épiphanie dans Lanaudière, a précisé en entrevue Claire Perry, sismologue à Ressources naturelles Canada, avant d’ajouter que le tremblement de terre de lundi matin est l’événement le plus important à survenir dans un rayon de 50 km autour de L’Épiphanie depuis octobre 2012 alors qu’un séisme de magnitude 4,1 avait secoué la région.

« Et il y a encore beaucoup plus d’événements qui se produisent chaque année qui ne sont pas perçus par le grand public tout simplement parce que, généralement, on ne ressent pas les événements de magnitude inférieure à 2 », a-t-elle indiqué tout en rappelant que le réseau national sismologique canadien permet d’enregistrer tous les événements de magnitude supérieure à 1,6, dans cette zone sismique de l’ouest du Québec.

Spécificité tectonique

« Au niveau de la tectonique, cette région est très différente de l’Ouest canadien, qui est une zone de subduction, appelée zone de Cascadia », explique Mme Perry. Dans l’ouest du pays, la plaque océanique (du Pacifique) plonge sous la plaque du continent nord-américain. Par contre, dans l’est de l’Amérique, dont au Québec, la sismicité ne se produit pas à la frontière entre deux plaques, mais plutôt à l’intérieur de la plaque continentale, il s’agit ainsi de séismes intra-plaques plutôt que de séismes inter-plaques, comme dans l’Ouest.

Le sous-sol québécois fait partie de la plaque tectonique nord-américaine qui couvre toute l’Amérique du Nord. À l’est de cette plaque continentale se trouve la plaque océanique de l’Atlantique. Ces deux plaques dérivent très lentement l’une vers l’autre à une vitesse de 2 mm par an. Comme les deux plaques poussent l’une contre l’autre, des « contraintes » (pressions) s’accumulent avec le temps le long des différentes failles présentes dans les profondeurs de la plaque continentale. « Quand une faille a accumulé suffisamment de contraintes survient la rupture, soit un glissement entre les deux parties de la faille, qui provoque un petit tremblement de terre comme celui de lundi », explique Mme Perry.

Un séisme de magnitude 6 sous Montréal […] pourra engendrer plus de dégâts qu’un événement de magnitude 6 à proximité de Vancouver, tout simplement parce que l’énergie ne s’atténue pas et qu’il y a une meilleure propagation des ondes sismiques

 

« Les contraintes que subissent les failles arrivent de partout », autant de l’est (sous la poussée de la plaque océanique de l’Atlantique) que de l’ouest. « Les failles présentes en profondeur dans la croûte, ici dans l’Est, peuvent aussi subir des contraintes provenant de la subduction de la zone Cascadia. Il y a une panoplie de sources de contraintes, c’est ce qui caractérise l’intra-plaque. Et c’est ce qui fait que la sismicité dans l’Est, soit au Québec, est très diffuse », souligne la sismologue.

Une autre distinction entre l’Ouest canadien et l’Est : en moyenne, les tremblements de terre ont lieu à des profondeurs de 10 à plus de 20 km dans l’est du Canada, alors que, dans l’Ouest, ils se produisent plutôt en surface, car les failles sont surtout en surface dans les régions inter-plaques.

Mais l’Ouest canadien se distingue principalement de l’Est canadien par sa croûte terrestre, qui est « beaucoup plus faible que celle de l’Est ». « Ici, au Québec, on se trouve sur le Bouclier canadien, qui est constitué de roches très denses, très froides et très épaisses. Ainsi, quand il y a un tremblement de terre dans la région, l’énergie sismique se propage beaucoup plus loin dans ce type de roche qu’elle ne le fait dans l’Ouest, où la croûte est moins épaisse et cassée un peu partout. Par conséquent, un tremblement de terre de magnitude 4 qui a lieu ici au Québec sera davantage ressenti par la population qu’un événement semblable dans l’Ouest. Un séisme de magnitude 6 sous Montréal, par exemple, pourra engendrer plus de dégâts qu’un événement de magnitude 6 à proximité de Vancouver, tout simplement parce que l’énergie ne s’atténue pas et qu’il y a une meilleure propagation des ondes sismiques. Du coup, ça explique aussi pourquoi on perçoit davantage ces petits séismes dans l’est du pays, qui peuvent être ressentis jusqu’à 100 km pour des petits tremblements de terre comme celui de lundi », fait remarquer Mme Perry. Elle rappelle qu’en 1732, un tremblement de terre d’une magnitude de 5,8 sous Montréal avait causé pas mal de dégâts.

Chose certaine, « l’événement de lundi nous rappelle que l’on habite dans une région de sismicité active et qu’il vaut mieux avoir une petite trousse de secours et connaître les mesures de protection », souligne Mme Perry.

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