Un rassemblement pro-Israël tourne à l'affrontement à Montréal

Les tensions étaient vives entre les manifestants souhaitant démonter leur soutien aux deux camps.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les tensions étaient vives entre les manifestants souhaitant démonter leur soutien aux deux camps.

La flambée de violence en Israël et à Gaza s’est transposée à Montréal, dimanche, où les tensions étaient vives entre des manifestants souhaitant démontrer leur soutien aux deux camps.

Quelques centaines de personnes, drapeau d’Israël en main, se sont massées en milieu de journée au square Dorchester, au centre-ville de Montréal, pour clamer leur appui à l’État hébreu. À un jet de pierre, des dizaines de partisans de la Palestine s’exprimaient de la même façon.

La tension a monté d’un cran lorsque des bagarres ont éclaté entre manifestants des deux côtés. Les rassemblements ont ensuite tourné au vinaigre lorsque des projectiles ont été lancés en direction des manifestants pro-Israël. Les rassemblements ont été déclarés illégaux par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Tout au long de l’après-midi, les manifestants pro-palestiniens n’ont toutefois cessé de manifester bruyamment au centre-ville. Les protestataires ont plusieurs fois bloqué la circulation et fait éclater des feux d’artifice, s’éparpillant à la vue des policiers. Les forces antiémeutes ont été déployées. Du gaz lacrymogène a été notamment utilisé.

Ryan Moujid, foulard de la Palestine au cou, raconte vouloir démontrer sa solidarité. « On fait réaliser au monde qu’il y a des gens qui meurent en Palestine. Du moment que tu vois un enfant, un bébé, une petite fille mourir, ça fait quelque chose. On est là parce qu’on veut du changement. S’il n’y a pas de changements, ça va aller plus loin », prévient-il. « Chaque fois qu’il va y avoir des manifestations pour Israël, ça va toujours [dégénérer] comme ça. »

« On est venu défendre notre pays », ajoute Mohammed, qui n’a pas voulu révéler son nom de famille, mais dit venir du Maroc. « Ils sont en train de tuer du monde comme nous. »

En fuyant la manifestation, plusieurs supporters pro-Israël ont dû se réfugier dans les commerces du centre-ville et s’abriter derrière le mobilier, de peur d’être repérés par les membres du clan adverse.

Dans une de ces boutiques, le rabbin Maimon Pinto déplore les violences et plaide qu’en Israël, nombre de musulmans et de juifs s’entendent bien. « Tout le monde a le droit de dire ce qu’il pense, mais ils n’ont pas le droit de lever la main, de frapper, de briser… ». À ses côtés, un membre de la communauté hassidique affirme qu’on lui a craché dessus. « Chacun a droit de manifester. On vit dans une société démocratique. Chacun son tour de dire ce qu’il pense sans que ça devienne dramatique », défend le rabbin. « Un temps de guerre c’est toujours sérieux, mais il doit y avoir des limites aussi. Il ne faut pas créer une autre guerre ici non plus. »

À la suite de la manifestation initiale, des personnes n'ayant aucun lien avec l'événement seraient arrivées et auraient cherché la confrontation, affirme le SPVM.

La police a tenté à plusieurs reprises de disperser la foule, mais à chaque fois des groupes se formaient de nouveau, et ce, jusqu'à 21h. Les gens faisant partie de ces groupes se montraient « hostiles et agressifs envers les policiers », a décrit l'agente Véronique Comtois, porte-parole du SPVM.

Le service de police a remis 76 constats d'infraction et a procédé à 15 arrestations pour divers actes criminels, tels qu'agression armée, méfaits et entraves.

Un citoyen et trois policiers ont subi des blessures légères, indique le SPVM dans un bilan provisoire dimanche en fin de soirée.

Une autre marche est prévue lundi matin, à nouveau devant le consulat israélien à Montréal. Cette fois, des Montréalais juifs et palestiniens « uniront leurs voix pour exiger la fin de l’apartheid et de l’agression israélienne, et demander au Canada d’imposer des sanctions à Israël », ont indiqué par communiqué les cinq associations qui organisent ce rassemblement.

Les hostilités à un sommet

Entre-temps, à Gaza, des frappes israéliennes ont détruit 3 immeubles et fait au moins 42 morts, ce qui en fait l’attaque la plus meurtrière de cette escalade militaire, selon les secours palestiniens.

Malgré les efforts de médiation de la communauté internationale, le premier ministre israélien a laissé savoir que ce conflit est loin de se résorber.

Les combats se sont intensifiés au cours de la dernière semaine, atteignant un sommet depuis 2014.

Dans un discours télévisé, Benjamin Nétanyahou a dit vouloir faire payer le Hamas, qui continue de tirer des roquettes dans des zones civiles.

Avec La Presse canadienne

Trudeau et Plante condamnent la violence et les propos haineux lors des manifestations

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a condamné dimanche la violence et les propos antisémites ou islamophobes ayant marqué plusieurs manifestations ce week-end au Canada, notamment à Montréal où des affrontements ont éclaté entre manifestants pro-palestiniens et pro-Israël.

Tout en insistant sur « le droit de se réunir pacifiquement et de s’exprimer librement au Canada », M. Trudeau a souligné sur Twitter qu’il n’était pas question de tolérer « l’antisémitisme, l’islamophobie et la haine ».

Le premier ministre a « fermement condamné les propos et la violence méprisables dont on a été témoins lors des manifestations » de la fin de semaine.

Des manifestations pro-palestiniennes s’étaient aussi déroulées samedi dans plusieurs villes canadiennes, dont Toronto, Ottawa et Vancouver.

La mairesse de Montréal Valérie Plante a également réagi aux affrontements de l’après-midi dans sa ville, soulignant sur son compte Twitter que si « manifester est un droit », « l’intolérance, la violence et l’antisémitisme n’ont pas de place chez nous », et que « Montréal est une ville de paix ».

Agence France-Presse