Mort de Joyce Echaquan: beaucoup d'émotions au deuxième jour de l'enquête publique

La coroner Me Géhane Kamel
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La coroner Me Géhane Kamel

Le matin de son décès, Joyce Echaquan a téléphoné à sa belle-sœur Jemima Dubé pour lui demander de la sortir de l’hôpital parce qu’elle avait peur. Cette dernière s’est rendue à son chevet, mais il était trop tard…

« Joyce était une femme bienveillante, une femme merveilleuse », a affirmé d’emblée Jemima Dubé vendredi, au deuxième jour de l’enquête publique de la coroner sur le décès de Joyce Echaquan.

Très ébranlée par la perte de celle qui s’apprêtait à se marier avec son frère, Mme Dubé a avoué avoir eu « beaucoup de difficulté » à préparer son témoignage. De façon lente, entrecoupée de pleurs et de longs silences, la dame a entamé son témoignage, mais s’est effondrée lorsqu’on lui a demandé de raconter ce qui est arrivé lorsqu’elle s’est présentée au chevet de sa belle-sœur le matin du 28 septembre.

Une personne qui l’accompagnait a alors lu pour elle le compte rendu des événements qu’elle avait écrit. « Je suis rentrée dans l’hôpital et j’ai cherché Joyce. Personne ne m’aidait, c’est comme si j’étais invisible », a écrit la dame de Manawan.

Elle raconte avoir croisé deux infirmières « avec un regard bizarre » et dit avoir ressenti leur « peur ». C’est alors qu’elle a reconnu les pieds de Joyce en salle de réanimation. On l’a dirigée vers une salle pour la famille où elle a attendu, en compagnie de l’interprète Barbara Flamand.

Un peu plus tard, un médecin est venu lui dire qu’elle avait « tout essayé pour la sauver ». Mme Dubé est sortie de la salle complètement désorientée. Elle cherchait la sortie. « J’étais perdue, je ne savais plus quoi penser […] J’étais comme aveuglée, ma respiration était faible et j’ai pleuré sans le savoir. »

Elle a retrouvé Marie Wasianna Echaquan Dubé, la fille de Joyce Echaquan, qui était à l’extérieur. Elle n’a pas pu lui annoncer la terrible nouvelle. « Je ne voulais pas lui dire, je ne voulais pas qu’elle panique », écrit la Jemima Dubé. « Puis, une infirmière est venue nous rejoindre et elle a annoncé la mort de Joyce. Ça a été un choc. »

La fille de Joyce Echaquan, qui avait déjà témoigné jeudi, est revenue à la barre des témoins vendredi pour un complément d’information. Revenant sur ces événements, elle a raconté qu’on lui a dit : « Ta maman est partie. “Partie où ?, que j’ai demandé.” Non, ta maman est morte », s’est remémoré la jeune femme de 20 ans.

Jemima Dubé s’est rendue dans une salle où elle a pu constater que Joyce était encore attachée et qu’elle avait plusieurs ecchymoses sur le corps. « Elle avait encore la main chaude », a lu avec difficulté l’accompagnatrice de Mme Dubé.

Elle entend ses cris

La cousine de Joyce, Paméla Dubé, était hospitalisée en même temps qu’elle. Dans la nuit du 27 au 28, « elle est venue me voir, elle m’a parlé et m’a fait comprendre qu’elle avait beaucoup de douleur au ventre », a raconté la témoin.

« Elle disait qu’elle avait des traitements pour soulager la douleur, mais pas pour la guérir », précise Paméla Dubé. Cette dernière affirme avoir demandé de l’aide pour sa cousine, mais que « personne n’est venu la voir ».

Le lendemain matin, elle a entendu les cris de sa cousine. Elle ne l’a jamais revue. Lorsque son infirmière — dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication — est revenue la voir plus tard, Paméla Dubé lui a dit que Joyce était sa cousine. « Subitement, elle a changé d’attitude », raconte la dame, qui cherchait les mots pour décrire ce changement. « Je ne sais pas ce qu’elle a dit sur Joyce, mais il y avait beaucoup de choses qui se passaient dans ma tête. » Elle n’a pas revu cette infirmière par la suite.

Jamais je n’aurais pensé un jour voir un membre de ma famille attaché de même comme un animal

 

Le frère et une amie d’enfance de Joyce Echaquan ont également témoigné vendredi au palais de justice de Trois-Rivières.

« Jamais je n’aurais pensé un jour voir un membre de ma famille attaché de même comme un animal », a déploré son frère Stéphane Echaquan, qui a pris des photos de la dépouille de Joyce encore attachée et pleine de bleus. « C’est grave ce qui est arrivé. On est tous des êtres humains, on est tout le monde pareil. »

La coroner, Me Géhane Kamel, a elle aussi insisté à maintes reprises sur le fait que tous les humains sont égaux, en appelant à la « bienveillance » de tout un chacun.

À voir en vidéo