Un accueil tiède pour le projet de loi 96 dans la métropole

Si de nombreux Montréalais s’entendent sur l’importance de protéger la langue française, leurs opinions divergent en ce qui a trait aux mesures prévues par Québec pour atteindre cet objectif. La question du contingentement dans les cégeps anglophones fait notamment réagir.

Le Devoir a effectué une tournée de plusieurs quartiers montréalais pour recueillir les réactions de citoyens au projet de loi 96, qui vise à réformer en profondeur la Charte de la langue française adoptée en 1977. Présenté jeudi avant-midi par le gouvernement Legault, celui-ci s’attaque à toutes les sphères de la société, en passant par les commerces, la francisation des immigrants et l’accès aux établissements postsecondaires anglophones, entre autres.

Le projet de loi compte notamment faire du français la langue de communication exclusive du gouvernement, en plus d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale.

« Moi-même, je parle français et je me sens insulté quand je vais à une place et que le gouvernement me parle anglais au lieu de français », lance Edwin Izquierdo, un immigrant d’origine péruvienne rencontré dans le quartier Parc-Extension.

Le recours à l’anglais d’abord survient notamment dans plusieurs commerces du centre-ville, constate Angelina Guo, une étudiante en littérature française d’origine chinoise.

« J’ai l’impression qu’il y a certains employés qui vont avoir le réflexe de s’adresser aux clients en anglais alors que ce n’est pas nécessaire », souligne la résidente de Longueuil, de passage à la place des Festivals.

Le projet de loi prévoit notamment la possibilité pour les clients qui ne peuvent obtenir un service en français dans un commerce de porter plainte à l’Office québécois de la langue française, voire d’entamer une démarche judiciaire. Une situation qui pourrait complexifier le recrutement de main-d’œuvre pour plusieurs commerces, appréhende Julie Grenier, croisée rue Ontario Est.

« On vit tellement des situations difficiles actuellement, donc je pense que si on met en place des lois comme ça, ça ne va pas aider à créer des emplois », craint-elle. Cette dernière voit toutefois d’un bon œil l’intention de ce projet de loi de faciliter l’intégration et la francisation des immigrants.

« Ça prend du temps pour que la famille s’intègre au français. Parfois, ça prend une génération. Ça a été le cas dans ma famille. Mes parents parlent très peu français, mais moi et mes sœurs, on parle parfaitement la langue. Donc, il y a aussi une question de patience là-dedans », rappelle toutefois Mme Guo.

« Il ne faut pas que les immigrants soient le bouc émissaire du déclin de la langue française », ajoute-t-elle.

Cégeps anglophones

Le projet de loi prévoit par ailleurs de plafonner la proportion des places disponibles dans les cégeps anglophones à 17,5 % de toutes les places disponibles dans les établissements francophones et anglophones en 2019-2020. Une mesure nécessaire pour freiner « l’exode » des étudiants et des professeurs des collèges francophones vers ceux de langue anglaise, croit Marie Godbout, qui enseigne au cégep du Vieux Montréal.

« Nous, on maintient que ce ne sont pas les cégeps anglophones qui sont responsables du déclin du français », rétorque pour sa part le porte-parole de l’association étudiante du collège Dawson, Kevin Contant-Holowatyj. Ce dernier s’inquiète de la possibilité que l’accès devienne encore plus restreint dans l’établissement postsecondaire, qui est déjà très contingenté. « Les étudiants devraient avoir le choix. », martèle-t-il.

Le Collège Dawson réagira vendredi à ce projet de loi.  

Le statu quo pour les villes liées

Plusieurs villes liées de l’agglomération de Montréal qui comptent une forte proportion de résidents anglophones s’inquiétaient de la possibilité que ce projet de loi vienne leur retirer leur statut de ville bilingue. Le document législatif prévoit effectivement le retrait de celui-ci aux villes qui comptent moins de 50 % de résidents de langue maternelle anglaise.

 

Québec donne toutefois la possibilité aux villes concernées d’adopter une résolution en conseil municipal pour conserver ce statut. Une avenue que plusieurs d’entre elles entendent emprunter, confirme le président de l’Association des municipalités de banlieue et maire de Montréal-Ouest, Beny Masella.

 

« Ça nous donne le droit de parler à nos résidents en anglais si on le souhaite », évoque M. Masella.

 

« On a l’obligation de donner le service à nos aînés dans une langue qu’ils comprennent », martèle également le maire de Côte-Saint-Luc, Mitchell Browstein. Ce dernier a d’ailleurs déjà adopté il y a quelques jours une résolution pour réaffirmer le statut bilingue de sa municipalité.

 

« On souhaite pouvoir continuer de vivre avec le statu quo », laisse-t-il tomber.



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