​Parrainage de réfugiés: le système de tirage au sort est dénoncé

Le programme québécois de parrainage collectif avait été suspendu en janvier 2017 pour tenter de réduire l’important inventaire de plus de 10 000 dossiers..
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le programme québécois de parrainage collectif avait été suspendu en janvier 2017 pour tenter de réduire l’important inventaire de plus de 10 000 dossiers..

Des groupes et organismes impliqués dans le parrainage de réfugiés dénoncent la méthode du tirage au sort privilégiée par Québec pour choisir les dossiers. Selon eux, cette méthode manque non seulement d’humanité mais elle risque de séparer les familles qui auront déposé plus d’un dossier.

« On est convaincu qu’on ne peut pas laisser le sort de familles entières dans les mains du hasard », a déclaré en conférence de presse Neal Santamaria, coordonnateur du volet parrainage à la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants (TCRI). « Il y a un risque réel de séparer les familles. »

C’est la grande crainte de Samar Alhouraira qui a trouvé un groupe de 2 à 5 personnes pour parrainer sa sœur, son mari et leurs trois filles qui ont fui la Syrie pour le Liban. Or, puisque l’une d’elles a plus de 22 ans, elle a dû déposer un dossier séparément, comme l’exige le programme, ce qui fait deux dossiers pour une seule famille.

« Le programme de tirage au sort va déchirer la famille si le dossier de [ma nièce] n’est pas tiré en même temps que celui de ses parents », explique cette psychologue d’origine syrienne. « Imaginez une jeune fille seule dans un pays où elle ne peut pas travailler. »

Selon le MIFI, lors de la fermeture de la période de dépôt le 5 mai dernier, 1545 dossiers avaient été reçus dans le cadre du programme, chaque dossier pouvant représenter plusieurs personnes. « Le Ministère s’affaire actuellement à s’assurer de l’admissibilité des demandes transmises. Lorsque le nombre de demandes admissibles au tirage au sort sera déterminé, il sera possible de savoir s’il y aura ou non un tirage. »

« C’est un programme de séparation et pas de rassemblement », déplore tout de même Hakima Kalif, conseillère en immigration pour les oblates franciscaines de Saint-Joseph. « Ce n’est pas bien de jouer avec les sentiments des réfugiés. »

Elle rappelle que lorsqu’elles seront avisées de leur admission au programme, les familles n’auront que 30 jours pour déposer des documents et autres pièces justificatives pour compléter le dossier. « C’est difficile pour les familles qui ne sont pas dans leur pays d’avoir tous les documents traduits, surtout celles qui n’ont pas de passeports », dit Mme Kalif. Pour elle, c’est un fardeau inutile qui ne fera qu’ajouter à la détresse des familles. Le ministère de l’immigration, de la Francisation et de l’Inclusion (MIFI) a toutefois laissé entendre qu’il fera montre d’une certaine souplesse avec le délai.

Augmenter les quotas

Pour Samar Alhouraira, une loterie de la sorte n’a pas sa place lorsqu’il s’agit d’accueillir des personnes en détresse qui ont besoin de trouver refuge. « Qu’est-ce que vient faire un tirage au sort dans un programme humanitaire ? » Elle demande au gouvernement de renoncer à cette méthode et d’augmenter le nombre de dossiers qu’il peut recevoir, actuellement plafonnée à 750.

Rappelons que victime de son succès, notamment en raison de l’appel à la générosité envers les Syriens du premier ministre Justin Trudeau, le programme québécois de parrainage collectif avait été suspendu en janvier 2017 pour tenter de réduire l’important inventaire de plus de 10 000 dossiers. Révisé en profondeur, il avait été relancé 18 mois plus tard avec de nouveaux quotas limitatifs de 750 dossiers au maximum, répartis entre les organismes et les groupes de 2 à 5 personnes, à Montréal et en région.

En janvier 2020, de nombreux cafouillages et tentatives de fraudes liées la règle du « premier arrivé, premier servi » avaient convaincu, Simon Jolin-Barrette, le ministre de l’Immigration d’alors, de revoir le programme encore une fois. C’est à la suite de ce processus que le tirage au sort avait été introduit.

Une méthode à revoir

Le député de Québec solidaire de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, est d’avis que cette méthode ne tient pas compte de la gravité de la situation des personnes qui ont besoin d’être parrainées. « Comment faire pour déterminer à travers une loterie quelles familles doivent être protégées ? »

Toutefois, au cabinet de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, on assure que l’intention n’est pas de séparer les familles, en insistant sur le fait que les enfants mineurs seront traités dans la même demande que leurs parents. Aucune solution n’est cependant proposée sur cette possible séparation des familles représentées par plus d’un dossier. Quant au tirage au sort, c’est la méthode « la plus équitable et transparente », qui a d’ailleurs été préconisée par la Protectrice du citoyen, soutient l’attachée de presse Flore Bouchon. Selon elle, les organismes consultés par le MIFI avaient appuyé cette façon de faire.

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