Zahra Kazemi serait morte par «accident» - Ottawa n'accorde aucune crédibilité à la nouvelle thèse iranienne

Ottawa — Le gouvernement canadien n'accorde aucune crédibilité à un nouveau rapport judiciaire iranien qui met la mort de la photojournaliste montréalaise Zahra Kazemi sur le compte d'un «accident».

Le document prétend que Mme Kazemi, 54 ans, a été victime d'une chute à la suite d'une baisse de tension artérielle causée par une grève de la faim qu'elle avait entamée, à l'été 2003.

La justice iranienne accuse en outre le gouvernement du président réformateur Mohammad Khatami, qui a proposé lundi d'aider à l'identification du meurtrier de la journaliste, d'alimenter la «malveillance» des médias étrangers.

«La mort de Zahra Kazemi a été accidentelle», soutient la déclaration judiciaire, obtenue par l'Associated Press.

«Avec l'acquittement du seul accusé, une seule option demeure: la mort de feue Mme Kazemi était un accident causé par une baisse de la tension artérielle résultant d'une grève de la faim et de sa chute au sol alors qu'elle était debout», précise la déclaration.

Un porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Reynald Doiron, n'a pas tardé à discréditer cette nouvelle version des faits.

«Ce rapport n'a absolument aucune crédibilité, a-t-il déclaré. Nous continuons de croire que Mme Kazemi est morte après avoir reçu un coup à la tête.»

Un tribunal de Téhéran a acquitté samedi le seul inculpé dans cette affaire, l'agent secret Mohammad Reza Aghdam Ahmadi. Il était accusé du meurtre de la journaliste canadienne d'origine iranienne, morte en juillet 2003 alors qu'elle était détenue à Téhéran.

Zahra Kazemi avait été arrêtée quelques jours auparavant pour avoir pris des photos près d'une prison de la capitale iranienne lors d'une manifestation étudiante contre le régime théocratique.

Énième version

Le rapport judiciaire dévoilé hier rappelle la première version du drame fournie par les autorités iraniennes, à savoir que Mme Kazemi est morte d'une attaque d'apoplexie. Un comité présidentiel avait par la suite découvert qu'elle était décédée d'une fracture crânienne et d'une hémorragie cérébrale à la suite d'un coup reçu à la tête.

L'agent secret Ahmadi, qui n'a cessé de clamer son innocence, était accusé de «meurtre quasi intentionnel». L'équipe d'avocats représentant la mère de Zahra Kazemi, dirigée par Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, a soutenu que le vrai coupable était Mohammad Bakhshi, un employé carcéral protégé par le pouvoir judiciaire, contrôlé par les conservateurs iraniens.

L'affaire Kazemi a exacerbé le conflit qui oppose les conservateurs aux réformateurs — qui disposent du pouvoir politique — quant à la direction que devrait prendre la république islamique.

Mardi, le fils de Zahra Kazemi, Stephan Hachemi, a dénoncé «le manque de sérieux et l'incohérence» d'Ottawa dans le dossier. Il s'en est vertement pris au nouveau ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew.

«D'ici à ce qu'il prenne des engagements clairs, il a échoué à mon endroit, à celui de ma mère et à l'égard des droits de la personne», a déclaré M. Hachemi après avoir rencontré le ministre à Ottawa.

Le Canada, qui a déjà rappelé au pays son ambassadeur en Iran, Philip MacKinnon, envisage de ramener le dossier devant les Nations unies en sollicitant l'appui de l'Union européenne. L'idée d'expulser l'ambassadeur iranien au Canada ou celle de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice sont aussi explorées, mais il n'est pas acquis que le gouvernement Martin soit prêt à aller aussi loin.

Pour un nouveau procès

Me Ebadi, quant à elle, se bat pour obtenir un nouveau procès «équitable» en Iran, une démarche qu'appuie Ottawa.

La déclaration rendue publique hier par l'appareil judiciaire accuse par ailleurs Abdollah Ramezanzadeh, un porte-parole du gouvernement réformateur, d'avoir fait lundi des commentaires «irresponsables» en mettant ouvertement au défi les conservateurs. Il avait souligné que le ministère du Renseignement, proche des réformateurs, était prêt à identifier la personne responsable du meurtre de Zahra Kazemi si le système judiciaire le lui permettait.

«Des commentaires teintés d'intentions politiques n'ont d'autre conséquence que de causer de l'ambiguïté, de tromper l'opinion publique et de fournir matière à propagande à la presse malveillante», mentionne le document.