Des solutions créatives en temps de crise à la Fondation de l’UQAM

Charlotte Mercille
Collaboration spéciale
En appui aux nombreux étudiants qui se sont retrouvés dans des conditions précaires durant la pandémie, la Fondation de l’UQAM a créé un fonds d’urgence. Ce sont 830 donateurs qui ont répondu à l’appel de la communauté et versé en tout 300 000 $ supplémentaires.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir En appui aux nombreux étudiants qui se sont retrouvés dans des conditions précaires durant la pandémie, la Fondation de l’UQAM a créé un fonds d’urgence. Ce sont 830 donateurs qui ont répondu à l’appel de la communauté et versé en tout 300 000 $ supplémentaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Depuis janvier dernier, Michelle Niceforo insuffle une vision mobilisatrice à la stratégie de la Fondation de l’UQAM. La nouvelle directrice repense les pratiques de la philanthropie universitaire, en créant notamment un fonds d’urgence et en organisant des rencontres virtuelles entre donateurs et boursiers.

Michelle Niceforo a eu la chair de poule pendant les plus récentes cérémonies de remise de bourses à l’UQAM. Contre toute attente, la nouvelle formule virtuelle a fait germer des relations qui ont perduré bien après la soirée. Au lieu de se serrer la main et de prendre une photo in extremis, les lauréats ont vécu un moment à la fois plus humain et moins protocolaire, en tête à tête avec le donateur dans une salle virtuelle privée. Plusieurs boursiers ont livré des témoignages émouvants sur les difficultés qu’ils ont traversées et sur leur reconnaissance de recevoir un tel appui.

« Un déclic s’est opéré, remarque Michelle Niceforo, directrice générale de la Fondation de l’UQAM. En discutant avec les lauréats, les donateurs ont pu constater toute l’ampleur de leur contribution. Par exemple, une donatrice qui s’implique depuis 15 ans a pu faire connaissance avec les personnes qui bénéficient de son soutien pour la première fois. » La directrice espère préserver cet esprit d’échange et de proximité après le retour en présentiel.

Cette année, le montant total des bourses décernées par l’Université s’élève à 2,3 millions de dollars, soit 164 000 $ de plus que l’année dernière. « La différence d’une centaine de milliers de dollars est importante, souligne Mme Niceforo. C’est un symbole d’appartenance qui démontre que les gens veulent soutenir les étudiants. »

Entre les mois de mai et de juin, 519 bourses seront décernées durant une dizaine de cérémonies divisées par faculté, pour un montant total qui équivaut à 1,3 million de dollars.

Un fonds d’urgence et une campagne majeure

En appui aux nombreux étudiants qui se sont retrouvés dans des conditions précaires durant la pandémie, la Fondation de l’UQAM a également créé un fonds d’urgence de 300 000 $. Ce sont 830 donateurs qui ont répondu à l’appel de la communauté et versé en tout ces 300 000 $ supplémentaires. Les montants alloués aux bourses dépourvues de postulants ont aussi été transférés dans cette ressource. « Le besoin est immédiat, c’est maintenant que les gens ont besoin d’argent, surtout sachant que certaines bourses peuvent s’élever à 10 000 $ », indique Michelle Niceforo.

Malgré les embûches, la Fondation a atteint plus de 70 % de l’objectif de 100 millions de dollars qu’elle s’est fixé pour la campagne majeure 100 millions d’idées. C’est la plus grande campagne de financement de l’histoire de l’Université. « Je me suis donné deux ans pour terminer cette campagne. C’est ambitieux, mais réaliste », estime Michelle Niceforo.

Ces résultats s’avèrent un tour de force, alors que le centre d’appels, où une vingtaine d’étudiants travaillaient, a fermé ses portes au début de la pandémie. Seulement la moitié des employés ont pu poursuivre la sollicitation en télétravail. « On n’est jamais seuls dans un succès, toute l’équipe s’est adaptée très rapidement. Il était surtout important de maintenir les efforts pour le fonds d’urgence et la distribution des bourses », évoque-t-elle.

Les dons planifiés, l’avenir de la philanthropie

La campagne majeure servira notamment à multiplier les dons planifiés. Ces derniers représentent « l’avenir des fondations », selon la directrice générale. « Nous mettons les bouchées doubles actuellement afin de sensibiliser la population à effectuer un don par assurance vie ou par legs testamentaire. »

« Il y a beaucoup de richesse encore inexploitée dans la province. Énormément de gens ont atteint une étape importante de leur vie ou de leur carrière au Québec, et sont en mesure de réaliser des actions philanthropiques. Il suffit de développer les outils nécessaires afin de faciliter leur implication », renchérit Michelle Niceforo.

Le tiers de l’argent récolté, soit 33 millions de dollars, sera alloué au maintien et à la création de bourses. Pour la directrice, tous les montants comptent : « Ce qu’on souhaite, c’est d’avoir le plus grand appui de la population afin de donner à nos étudiants les meilleurs leviers pour réussir, comme des bourses d’excellence et du soutien financier adéquat aux études à temps plein. Même un petit 20 $ nous aide à aller plus loin. »

La Fondation espère aussi fidéliser davantage de donateurs. « Le réel défi est de faire en sorte que les participants donnent deux, trois ou quatre fois. Cela nécessite le développement d’une relation de confiance basée sur le respect », conclut-elle.

Cette relation privilégiée avec les bienfaiteurs, toutes hiérarchies confondues, s’élève au sommet des priorités de la nouvelle directrice. « Pour moi, le donateur est extrêmement précieux, que celui-ci verse 2 $ ou 1000 $. On doit les informer de ce qu’on fait afin de les encourager à donner fréquemment », conclut-elle.

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