Ça va (très) bien aller pour le milieu philanthropique

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Si les causes culturelles et en santé ont peut-être été délaissées durant l’année pandémique, on observe déjà un retour progressif à la normale, et on entrevoit même une embellie pour 2022.
Illustration: Getty Images Si les causes culturelles et en santé ont peut-être été délaissées durant l’année pandémique, on observe déjà un retour progressif à la normale, et on entrevoit même une embellie pour 2022.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

La pandémie a été un coup dur, même en philanthropie. « On avait une belle croissance avant la pandémie ; l’économie tenait la route, les gens vieillissaient, donc étaient plus fortunés et généreux », remarque Daniel Asselin, directeur principal du développement philanthropique à la Fondation de l’Université de Sherbrooke et ancien président de la firme-conseil en philanthropie Épisode. Les Canadiens se sont en effet enrichis ces 25 dernières années, et la richesse collective amassée n’a pas été affectée par des crises économiques importantes. « L’industrie philanthropique suit cette vague-là », raconte M. Asselin.

3 milliards

C’est ce que représente par année le marché philanthropique québécois. Avec la crise de la COVID-19, on évalue ses pertes à environ 300 millions de dollars, principalement en raison de la baisse de l’événementiel.

Puis, la pandémie est venue couper l’herbe sous le pied de plusieurs événements philanthropiques. « C’est sûr que ça a été un coup dur pour toutes les stratégies événementielles », confie M. Asselin. Le marché philanthropique québécois représente environ 3 milliards de dollars par année ; avec la crise, on évalue les pertes à environ 300 millions de dollars, principalement à cause de la baisse de l’événementiel, malgré la tenue de plusieurs événements virtuels.

Un téléthon en continu

Mais tout n’est pas gris dans le monde philanthropique. « Maintenant, on a vu beaucoup d’acteurs importants diriger leurs dons vers les besoins en première ligne », explique M. Asselin. Ainsi, la crise a mis en relief les besoins criants dans plusieurs milieux et organismes communautaires — banques alimentaires, soutien aux personnes âgées, à l’itinérance, à la pauvreté. « Les conférences de presse quotidiennes du premier ministre Legault ont éveillé les sensibilités à plusieurs causes. C’était comme si on avait un téléthon en continu », ajoute-t-il. Cette sensibilisation a permis de maintenir des dons, voire d’effectuer un rattrapage sur certains plans.

Si les causes culturelles et en santé ont peut-être été délaissées durant l’année pandémique, M. Asselin observe déjà un retour progressif à la normale, et entrevoit une embellie pour 2022. « Le portefeuille des baby-boomers et des matures — les principaux donateurs — a été peu affecté par la pandémie. Les plus hypothéqués furent les jeunes, qui ont subi des pertes d’emploi importantes », souligne M. Asselin.

Ces jeunes n’ont pour l’instant pas de grandes capacités financières pour donner (surtout cette année), mais contrairement à leurs aînés, ils sont déjà sensibilisés. « C’est ce qui est étonnant. La relève est là. Nous, à leur âge, on ne l’était pas », confie celui qui œuvre dans le milieu philanthropique depuis 40 ans. Même si leur portefeuille n’est pas assez important pour changer la donne, ils contribuent à des causes qui leur tiennent à cœur, et exigent que leur geste ait de véritables effets, affirme M. Asselin.

Rebond malgré tout

Dès la fin de 2020 et le début de 2021, les grands donateurs et grandes familles ont fait des gestes importants, plus même qu’avant la pandémie. « On voit plus de dons “purs” », ajoute M. Asselin, c’est-à-dire des dons importants sans passer par un événement. Ces gestes importants ont permis à l’industrie philanthropique de se remettre sur les rails.

3,5 milliards

C’est le pic que le marché philanthropique pourrait atteindre en 2022, selon ce que prévoient les experts, soit une augmentation d’un demi-milliard par rapport à son niveau d’avant la pandémie.

Selon les sondages pancanadiens, les gens prévoient d’investir encore davantage dans les organismes, et le dollar philanthropique devrait augmenter en 2022. « On pense qu’il va y avoir de plus en plus de dons exceptionnels », avance M. Asselin. En effet, en vieillissant, les gens accumulent plus de richesses et planifient des dons de succession : legs testamentaires, don de rentes ou d’actions, etc. « Démographiquement, on était rendus là ; on vient en plus d’avoir une prise de conscience des besoins dans la société », poursuit-il. Les spécialistes estiment que le marché philanthropique reviendra à son niveau d’avant la pandémie et qu’il pourrait augmenter jusqu’à 3,5 milliards de dollars en 2022.

Entre tradition et changement

La pandémie aura également permis d’entamer une réflexion structurelle dans le milieu : « Beaucoup d’organismes font la même chose, répondent aux mêmes besoins, mais les coûts administratifs s’additionnent », affirme M. Asselin. Selon lui, on devrait observer des alliances d’organismes, passage obligé dans ce secteur en croissance. « Comme avec n’importe quelle catastrophe, ça crée un éveil. Les gens vont se parler davantage », croit M. Asselin.

Et même si au début de la pandémie on s’est demandé si les galas, tournois de golf et autres événements philanthropiques reviendraient, M. Asselin n’en doute pas pour la suite. « Les gens veulent se voir, ils aiment sentir qu’ils font partie d’un groupe », souligne-t-il. Si les organisateurs jouent encore de prudence pour les prochains mois, le spécialiste croit que, lorsque ces événements pourront se dérouler en toute sécurité, les gens seront au rendez-vous. « Les gens vont courir pour ça ! » conclut-il.

La générosité en temps de pandémie

Les Québécois ont-ils été généreux en temps de pandémie ? Voici quelques faits saillants tirés de l’étude sur les tendances en philanthropie au Québec en 2020 réalisée par Épisode.

• 46 % des Québécois ont fait un don. En 2019, ils étaient 54 % à l’avoir fait.

• 226 $ est le montant du don moyen en 2020.

• 64 % des Québécois ont soutenu des organismes en donnant des biens (denrées, vêtements, etc.).

• 38 % ont appuyé quelqu’un dans le cadre d’un défi au profit d’un organisme.

• 15 % ont participé à amasser de l’argent pour un défi au profit d’un organisme.

   

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