Les étudiants LGBTQ+ sont davantage victimes de violences sexuelles

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Les étudiants qui ont participé à l'étude ont rapporté entre autres des questions intrusives, des propos déplacés et des insultes sous forme de blagues.
Illustration: Getty Images Les étudiants qui ont participé à l'étude ont rapporté entre autres des questions intrusives, des propos déplacés et des insultes sous forme de blagues.

Ce texte fait partie du cahier spécial Diversité sexuelle et de genre

Les étudiants universitaires issus de la communauté LGBTQ+ doivent être mieux pris en compte en matière de prévention et d’intervention dans les violences sexuelles, conclut un rapport publié le 4 mai dernier. L’enquête souligne également le manque de ressources pour les victimes de minorités sexuelles et de genre.

Intitulé Les expériences de violence sexuelle des universitaires québécois issus des minorités sexuelles et de genre et les pratiques de prévention et d’intervention, le document s’est basé sur l’Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU).

Cette étude a elle-même été conduite auprès de six universités québécoises en 2016. Ainsi, 49 % des étudiants issus d’une minorité sexuelle ont déclaré avoir subi au moins une forme de violence. Ce chiffre grimpe à près de 58 % chez les étudiants qui s’identifient comme faisant partie d’une minorité de genre. Ces taux sont plus élevés que la moyenne de 36,9 % des 9284 participants, tous groupes confondus, qui ont donné une réponse semblable. Les recherches se sont également penchées sur les pratiques de prévention et d’intervention après ce type d’événement.

Des commentaires sous forme de blagues

L’idée des violences sexuelles reste toujours dans l’imaginaire collectif comme étant un homme cisgenre hétérosexuel qui commet un viol avec pénétration sur une femme cisgenre, estime Geneviève Paquette, autrice principale du rapport. « Dès qu’on va vers le harcèlement sexuel, les invitations répétées, les questions intrusives, il y a encore beaucoup de travail à faire », constate celle qui est aussi professeure titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. Mme Paquette est également membre chercheuse à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur.

Ces événements auraient des effets sur les victimes qui subissent ce type de violence. Mme Paquette cite en exemple le cas d’une personne qui évite les toilettes les plus fréquentées de son établissement dans le but de cesser de se faire dévisager par les autres étudiants qui s’y trouvent.

49 %

C’est le pourcentage d’étudiants issus d’une minorité sexuelle qui ont déclaré avoir subi au moins une forme de violence. La proportion grimpe à 58 % chez ceux issus d’une minorité de genre.

Questions intrusives, propos déplacés, insultants, tels sont les éléments recensés par les chercheurs qui ont compilé les récits des étudiants qui ont participé à l’étude. « Les personnes nous disent qu’elles reçoivent souvent [ce type de commentaires], qui sont présentés sous forme de blagues qui concernent leur orientation sexuelle, par exemple », illustre Mme Paquette.

Ces mêmes personnes ne font pas toujours le lien entre la violence subie et leur orientation sexuelle ou de genre « parce que, parfois [cette information] n’est pas connue d’autrui », ajoute-t-elle.

Un manque de ressources

Lorsqu’ils désirent recevoir de l’aide ou révèlent avoir subi des violences, les étudiants de la communauté LGBTQ+ sont confrontés à de l’incompréhension ou à des questions intrusives sur leur vie personnelle », constate pour sa part Manon Bergeron, professeure au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

« Il peut y avoir des réactions très discriminatoires comme “peut-être que c’est parce que tu l’as attiré parce que, toi-même, tu es homosexuel”, illustre la titulaire de la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur. Il y a toutes sortes d’attitudes, de propos qui ajoutent une couche de discrimination au fait d’être victime de violence. »

Il est nécessaire pour les universités de disposer d’intervenants formés pour épauler les victimes issues de la communauté LGBTQ+, croit Mme Paquette. « Les personnes de la diversité sexuelle ou de genre ne cessent de nous répéter que, lorsqu’elles désirent des services, elles doivent éduquer les gens à qui elles les demandent sur leur réalité, explique-t-elle. Ce n’est pas de l’énergie qu’elles devraient avoir à mettre, ce n’est pas leur rôle. » La chercheuse précise d’ailleurs que des groupes communautaires sont disposés à donner une telle formation.

Selon elle, les campagnes de prévention et de sensibilisation devraient également être pensées de manière à inclure les minorités sexuelles et de genre. « Quand on regarde la littérature américaine, ça fait partie des bonnes pratiques à mettre en place », souligne-t-elle.

Le mouvement #MoiAussi de 2017 et la vague de dénonciations sur les réseaux sociaux l’été dernier ont-ils entraîné une évolution du discours au sujet des violences sexuelles ? Mme Bergeron concède que les situations signalées sur la place publique au cours des dernières années ont contribué à sensibiliser la population concernant les enjeux de la diversité sexuelle et de genre.

La professeure ajoute qu’il reste encore « beaucoup de défis et d’obstacles » pour les personnes de la communauté LGBTQ+ qui vivent une violence sexuelle. « Il y a plusieurs craintes pour ces personnes. Et ça, ça n’a pas changé. »

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