Le fils de Zahra Kazemi demande l'expulsion de l'ambassadeur iranien

Ottawa — Stephan Hachemi, le fils de Zahra Kazemi, la photojournaliste montréalaise assassinée en Iran il y a un an, a réclamé hier l’expulsion pure et simple de l’ambassadeur iranien au Canada, Mohammad Ali Mousavi.

«L’ambassadeur d’Iran n’a pas d’affaire au Canada en ce moment, a affirmé M. Hachemi lors d’une conférence de presse à Ottawa. On devrait l’expulser et fermer l’ambassade.» Le Montréalais a fait ces commentaires avant de rencontrer pour la première fois le nouveau ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, qui se penche actuellement sur les représailles que pourrait imposer le Canada à l’Iran à la suite de l’acquittement du seul suspect inculpé du meurtre de Mme Kazemi, samedi dernier.
À sa sortie de la rencontre avec le ministre Pettigrew, M. Hachemi a déclaré être «totalement insatisfait de notre rencontre». «Le ministre ne s’est engagé à remplir aucune des propositions que je lui ai faites. Le ministre a échoué à faire respecter les droits de ma mère et le ministre a échoué à faire respecter les droits humains.»
Quelques heures avant cette rencontre, toutefois, le ministre ne semblait pas privilégier le renvoi de l’ambassadeur iranien. «Nous n’en sommes pas encore là, a-t-il déclaré à Montréal. [...] Mais je crois que nous devons aller au fond de cette affaire.»
Pour l’instant, Ottawa explore sérieusement deux avenues: la présentation d’une nouvelle résolution condamnant l’Iran devant les Nations unies et le dépôt d’une plainte contre Téhéran à la Cour internationale de justice de La Haye. Mais le prédécesseur de M. Pettigrew, Bill Graham, a déjà indiqué que cette deuxième option nécessitait l’épuisement des recours judiciaires en Iran.
L’imposition de sanctions économiques ou la rupture des liens diplomatiques avec l’Iran ne figurent pas au haut de la liste, selon des sources.
«Nous considérons que le gouvernement iranien a une responsabilité de transparence et de faire connaître la vérité», a insisté Pierre Pettigrew, en accusant Téhéran de ne pas avoir respecté ses propres lois dans le dossier. «Nous devons savoir ce qui s’est passé et nous allons travailler avec nos partenaires à travers le monde [l’Union européenne, les Nations unies] pour augmenter la pression sur l’Iran», a ajouté le ministre, qui rencontrait la presse pour la première fois depuis l’acquittement samedi par un tribunal de Téhéran d’un agent des Renseignements iraniens.
Zahra Kazemi, qui avait la double citoyenneté iranienne et canadienne, est morte en juillet 2003 après avoir été frappée à la tête alors qu’elle était en détention à Téhéran. Elle avait été arrêtée quelques jours plus tôt en prenant des photos d’une manifestation près d’une prison iranienne.
Le Canada a déjà rappelé, à la mi-juillet, son ambassadeur à Téhéran, Philip MacKinnon. Mais ce n’est pas assez aux yeux de M. Hachemi. «Jusqu’à maintenant, on n’a vu aucun engagement de la part du gouvernement» canadien, a-t-il soutenu.

L’ONU préoccupée
Le fils de Mme Kazemi s’est néanmoins montré satisfait que des experts en droit de la personne des Nations unies aient exprimé hier leurs «profondes préoccupations» quant à la validité du récent procès du présumé meurtrier. «Plusieurs rapports indiquent que les procédures n’ont pas respecté les standards internationaux d’équité et de justice [...]», peut-on lire dans un communiqué diffusé par l’organisation. Les experts ont estimé que les autorités iraniennes n’avaient pas su tenir un procès ouvert et assurer l’indépendance du système judiciaire. Ils ont dit craindre que Téhéran «ne favorise un climat d’impunité pour les fonctionnaires responsables».
Shirin Ebadi, avocate de la famille Kazemi et prix Nobel de la paix, a dit espérer hier que les préoccupations exprimées par l’ONU l’aident à obtenir la tenue d’un nouveau procès. Le ministre Pettigrew a publiquement appuyé cette demande.