Transbordement de conteneurs dans Hochelaga: des centaines de résidents inquiets

Des résidents, inquiets par les répercussions de ce projet sur leur quotidien et leur santé, réclament des mesures de mitigation, voire l’annulation du projet pour en faire un grand espace vert.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Des résidents, inquiets par les répercussions de ce projet sur leur quotidien et leur santé, réclament des mesures de mitigation, voire l’annulation du projet pour en faire un grand espace vert.

Des centaines de personnes ont manifesté samedi avant-midi sur la rue Ontario afin de dénoncer un projet de centre de transbordement de conteneurs dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Des résidents, inquiets par les répercussions de ce projet sur leur quotidien et leur santé, réclament des mesures de mitigation, voire l’annulation du projet pour en faire un grand espace vert.

L’ambiance était festive à place Simon Valois peu avant 11h, samedi, avant le début d’une marche pendant laquelle les manifestants ont brandi des pancartes colorées sous fond de musique entraînante pour dénoncer le projet de l’entreprise Ray-Mont Logistiques. Cette dernière a acquis en 2015 un immense terrain vague dans le secteur Assomption Sud au coût de 20 millions de dollars pour en faire un centre de transbordement de marchandises situé près d’une gare de triage du CN et du port de Montréal. L’entreprise prévoit y faire transiter 100 wagons de train par jour et 1000 camions qui transporteront des matières destinées à l’exportation, comme des produits agroalimentaires.

« On est déjà l’arrondissement qui a la pire qualité de l’air à Montréal et là, on va détruire complètement tous les milieux naturels qu’on avait et créer des îlots de chaleur hallucinants qui ne vont qu’apporter qu’un empiètement de nuisances et un empilage de développements », a lancé au Devoir samedi la porte-parole du regroupement Mobilisation 6600, Anaïs Houde. À l’instar de nombreux résidents du secteur, Mme Houde réclame l’annulation pure et simple du projet pour en faire un parc-nature.


Qualité de vie


Les manifestants se sont d’ailleurs rendus tout près de ce site de 2,5 millions de pieds carrés, situé tout près d’un quartier résidentiel, après avoir marché pendant un long moment sur la rue Ontario en direction est. Plusieurs familles ont d’ailleurs fait part au Devoir samedi de leurs appréhensions reliées à ce projet d’envergure. Elles craignent notamment d’être affectées par le bruit, la poussière et la pollution que générera cette importante activité industrielle.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir

«C’est évident que ça va créer beaucoup de bruit, de trafic et de camions supplémentaires, probablement de poussière aussi. Donc, c’est sûr que la rue tranquille qu’on a ne sera plus tranquille», appréhende Anne-Marie Fortin. La mère de famille demeure sur la rue Vimont, tout près du site où cet important développement est attendu.

« Ce sont des conteneurs, des activités 24 heures sur 24, sept jours sur sept, du camionnage, de la poussière. Et ça va être à 150 mètres de ma maison », lance pour sa part Marc-André Robertson, un autre résident du secteur. Celui-ci estime que l’entrepreneur devrait minimalement proposer des « mesures d’atténuation qui sont potables pour les résidents du quartier limitrophe ».

« Il n’aura pas le choix, sinon, c’est un recours collectif qui va tomber sur son dos, lance d’ailleurs la manifestante Marie-Ève Rancourt, en référence à l’entreprise Ray-Mont Logistiques.Tu ne peux pas, comme ça, débarquer à une place et te mettre à détruire l’environnement des gens qui y habitent depuis des dizaines d’années. »

Tous ces gens-là vont subir énormément de nuisances

Développement durable


Le député de Québec solidaire dans Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a pour sa part déploré que ce projet industriel détonne avec la vision de l’arrondissement pour le secteur de l’Assomption Sud–Longue-Pointe. Dans un rapport émis en septembre 2019 à cet effet, l’Office de consultation publique de Montréal avait d’ailleurs recommandé à la Ville d’assurer un développement économique du secteur « dans une logique de développement durable », tout en assurant une « saine cohabitation » entre les développements industriels et les quartiers résidentiels.

«On en veut du développement économique, mais on ne veut pas du développement qui est fait n’importe comment, du développement qui va détruire complètement cet espace-là qui est apprécié», souligne M. Leduc, en présence de sa fille qui, raconte-t-il, a eu l’occasion de jouer dans ce grand espace vague dans les derniers mois.

Le député presse d’ailleurs le gouvernement du Québec de réclamer la réalisation d’études d’impacts de ce projet sur l’environnement.


L’entreprise souhaite « déjudiciariser ce conflit »


Dans les dernières années, l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve a fait face à deux revers successifs devant les tribunaux après avoir tenté en vain de modifier le zonage du terrain pour éviter d’avoir à accorder à l’entreprise le permis de construction nécessaire à la réalisation de ce projet. L’entreprise poursuit d’ailleurs la Ville à hauteur de 373 M$ en dommages et intérêts après que la Cour supérieure et la Cour d’appel du Québec lui aient successivement donné gain de cause. Elle peut maintenant réaliser son immense projet dans le respect des plans initiaux inscrits dans la demande de permis déposée en 2017.

« Ray-Mont Logistiques est consciente des défis de cohabitation entre les activités industrielles du secteur L’Assomption Sud Longue-Pointe et les résidences à proximité. C’est la raison pour laquelle l’entreprise propose des mesures de cohabitation sérieuses et concrètes à la Ville de Montréal depuis maintenant 5 ans », a réagi samedi au Devoir le président-directeur général de Ray-Mont Logistiques, Charles Raymond, dans une déclaration écrite.

M. Raymond affirme avoir transmis « près d’une dizaine de lettres » et de demandes de rencontre auprès de la Ville et de l’arrondissement pour tenter de « déjudiciariser ce conflit » et de discuter de mesures de mitigation à inclure dans ce projet. Des demandes qui seraient restées lettre morte, aux dires du promoteur, qui demande que la Ville et l’arrondissement « assument leurs responsabilités ».

« J’ai confiance que les démarches que nous avons entamées avec ceux-ci mèneront à un résultat positif si toutes les parties y participent de bonne foi », a-t-il ajouté.

Des manifestants ont pour leur part affirmé samedi qu’ils estiment que l’entreprise a tenté de museler la Ville en entamant une poursuite judiciaire contre celle-ci plus tôt cette année.

L’arrondissement assure pour sa part qu’il est ouvert à discuter avec le promoteur pour trouver des pistes de compromis. Le« contexte légal » limite les communications de l’arrondissement dans ce dossier, confirme au Devoir l’attachée politique du bureau des élus de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Catherine Barbeau.

« Déjà en janvier, j’ai rencontré Charles Raymond afin de rouvrir le dialogue, lui offrir la collaboration de la Ville et de l’arrondissement et inviter son entreprise, Ray-Mont Logistiques, à s’asseoir avec les citoyens et citoyennes afin de développer un projet en cohérence avec la vision préconisée pour l’Écoparc industriel de la Grande Prairie. Or, plutôt qu’établir un véritable dialogue, l’entreprise a décidé de poursuivre la Ville et de lui réclamer 373 millions en dommages », a d’ailleurs déploré le maire d’arrondissement Pierre Lessard-Blais, dans un communiqué émis le 29 avril dernier.