Des milliers de manifestants contre les mesures sanitaires près du Stade olympique

Parmi les manifestants, on retrouve autant des jeunes que des personnes âgées et des familles avec enfants. Rares sont ceux qui portent un masque, tandis que certaines personnes offrent même des câlins gratuits aux manifestants.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Parmi les manifestants, on retrouve autant des jeunes que des personnes âgées et des familles avec enfants. Rares sont ceux qui portent un masque, tandis que certaines personnes offrent même des câlins gratuits aux manifestants.

Des milliers de personnes se sont réunies vers midi sur la rue Sherbrooke, près du Stade olympique, afin de manifester bruyamment leur opposition aux mesures sanitaires, qu’ils jugent « excessives et injustifiées ». Un événement qui a eu lieu sous haute surveillance policière.

Parmi les manifestants, on retrouve autant des jeunes que des personnes âgées et des familles avec enfants. Rares sont ceux qui portent un masque, tandis que certaines personnes offrent même des câlins gratuits aux manifestants, défiant ainsi les règles sanitaires qui visent à prévenir la progression de la troisième vague de la COVID-19.

« Pas de masque à l’école », scande notamment une affiche. « Non au passeport sanitaire », réclame une autre. Certaines affiches semblent aussi relayer des théories complotistes concernant les vaccins contre la COVID-19. « Les mêmes gens qui créent des problèmes nous vendent des solutions », brandissait un manifestant tandis que résonnaient des tambours et que virevoltaient des ballons jaunes.

Réunis près du Stade olympique sans aucun respect de la distanciation physique, les manifestants ont entamé une marche vers 12 h 15 sur la rue Sherbrooke en direction de l’est. Ils ont ensuite investi d’autres rues voisines afin de réaliser un quadrilatère qui les mènera finalement à leur point de départ plus tard samedi après-midi.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Certaines personnes offraient même des câlins gratuits aux manifestants

« Nous considérons les mesures sanitaires comme excessives et injustifiées. Nous demandons un retour à la vie normale. Le moment est venu de tous se lever en même temps pour créer un rassemblement historique et pacifique », ont écrit les organisateurs de l’événement « Québec Debout » sur la page Facebook de celui-ci.

Or, si ces manifestants souhaitent retrouver une certaine « normalité », la meilleure décision qu’ils peuvent prendre est d’aller se faire vacciner contre la COVID-19 et de respecter les règles sanitaires, estime la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva.

« Les gens en ont marre, ils veulent revenir à une normalité. Et justement, c’est pour ça qu’il faut encourager ces gens-là à se faire vacciner le plus vite possible pour que justement, on puisse revenir rapidement à une certaine normalité », évoque-t-elle en entrevue au Devoir samedi.

Jusqu’à maintenant, 36,3 % de la population québécoise a été vaccinée avec au moins une dose d’un des vaccins disponibles contre la COVID-19, soit près de 3,17 millions de personnes.

Je comprends que certaines personnes pensent que le masque et les mesures sanitaires sont une atteinte aux droits individuels, mais dans le contexte de la crise sanitaire, on travaille pour le bien-être collectif

Présence policière

L’événement a forcé le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à bloquer la circulation routière sur la rue Sherbrooke, puis sur des voies voisines, comme la rue Viau et le boulevard Rosemont. Plus d’une dizaine de voitures de patrouille, un policier à cheval et d’autres à vélo ont assuré la supervision de l’événement samedi.

« Quelques constats d’infraction ont été remis concernant le non-respect des règles sanitaires », a précisé vers 13 h l’agent relationniste du SPVM, Manuel Couture. La police n’a toutefois rapporté samedi aucun débordement majeur dans le cadre de cet événement pacifique, contrairement à un rassemblement contre le retour du couvre-feu à 20h tenu le mois dernier dans le Vieux-Montréal pendant lequel des manifestants avaient brisé des vitres de commerces.

La marche de samedi a toutefois forcé le devancement en matinée des rendez-vous qui avaient été pris en journée à la clinique de vaccination du Stade olympique.

« Le petit volume de vaccins disponibles aujourd’hui jumelé à la faible demande de rendez-vous nous a permis de concentrer nos rendez-vous en matinée et ainsi de nous ajuster au contexte entourant la manifestation », indique une porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de Montréal, Catherine Dion. Les personnes qui n’étaient pas disponibles pour recevoir leur vaccin plus tôt dans la journée « se sont vu offrir un rendez-vous dans un de nos autres centres de vaccination », ajoute-t-elle.

Ainsi, aucun rendez-vous n’a été annulé en raison de cette manifestation.

Une marche dénoncée

Dans les derniers jours, tant le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, que des élus provinciaux ont fait part de leurs inquiétudes quant à la tenue d’une manifestation samedi devant le centre de vaccination du Stade olympique.

« C’est extrêmement dommage. On respecte le droit de manifester, mais vacciner est la priorité. On continue les opérations », a réagi vendredi sur Twitter le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, était aussi préoccupée par cette marche.

 

Plus tôt cette semaine, les élus de l’Assemblée nationale ont d’ailleurs adopté à l’unanimité une motion présentée par le député de Québec solidaire dans Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc. Celle-ci appelait « au sens des responsabilités de l’ensemble des citoyens et citoyennes du Québec afin que l’exercice du droit de manifester ne s’exerce pas à l’encontre du droit à la santé et à la sécurité du personnel soignant et des usagers des centres de vaccination ». Le député y soulignait ainsi l’importance d’assurer de droit à « la santé et à la sécurité aux nombreuses personnes qui ont besoin du vaccin contre la COVID-19 et qui ont envie de se faire vacciner en paix ».

Ailleurs au Québec, des manifestations similaires contre les mesures sanitaires ont entre autres lieu ce samedi à Alma, à Rouyn-Noranda, à Gatineau et à Sherbrooke.

« La situation demeure stable, mais on doit continuer de respecter les mesures et aller se faire vacciner. On n’est toujours pas à l’abri d’une recrudescence des cas », a rappelé le ministre. Un constat que partage Mme Borgès Da Silva.

« On est dans un équilibre très instable qui fait en sorte qu’on pourrait se retrouver dans un renversement de la situation où on expérimenterait une hausse fulgurante des cas », prévient-elle.

Par ailleurs, une autre manifestation a eu lieu vers 13h30 en partance du parc La Fontaine. Organisée par la Coalition montréalaise du 1er mai, celle-ci visait notamment à réclamer un réinvestissement massif dans les services publics, de meilleures conditions de travail pour tous et des actions concrètes pour assurer la protection de l’environnement.

C’est d’ailleurs ce samedi que le salaire minimum augmente de 0,40 $ pour atteindre 13,50 $ l’heure au Québec.