Inconduites sexuelles dans l’armée: «Le système actuel est inadéquat», admet Trudeau

Le premier ministre a indiqué que c’est aussi pour cette raison que le gouvernement ne veut pas attendre le rapport Arbour pour agir. Il a créé une nouvelle unité dirigée par la lieutenante-générale Jennie Carignan (sur la photo): le groupe Conduite professionnelle et culture.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre a indiqué que c’est aussi pour cette raison que le gouvernement ne veut pas attendre le rapport Arbour pour agir. Il a créé une nouvelle unité dirigée par la lieutenante-générale Jennie Carignan (sur la photo): le groupe Conduite professionnelle et culture.

Le premier ministre Justin Trudeau justifie le besoin d’un examen indépendant sur la gestion des inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes par la nécessité de corriger « le système actuel inadéquat ».

Le gouvernement libéral a annoncé jeudi avoir confié un mandat à l’ex-juge de la Cour suprême Louise Arbour afin qu’elle réalise « un examen indépendant » du traitement par l’armée des plaintes d’agressions sexuelles, de harcèlement et d’autres inconduites.

Cette nomination survient alors que le gouvernement et les Forces armées canadiennes sont secoués depuis trois mois par des allégations de comportement sexuel inapproprié de la part d’officiers supérieurs.

En réaction à cette annonce, les partis d’opposition ont reproché au gouvernement libéral d’avoir échoué à mettre en place les recommandations formulées en 2015 dans le rapport de l’ex-juge Marie Deschamps. Elle avait notamment suggéré la mise en place d’un processus indépendant pour le traitement des plaintes et une transformation de la culture militaire.

En conférence de presse, vendredi, Justin Trudeau a admis que certaines mesures avaient été implantées par son gouvernement, mais que « le système actuel est inadéquat ».

« La réalité, c’est qu’il y a encore trop de femmes et d’hommes qui ne se sentent pas appuyés quand ils s’avancent avec des histoires inacceptables au sein de nos forces armées », a-t-il répondu à une question posée par La Presse canadienne.

Le premier ministre a indiqué que c’est aussi pour cette raison que le gouvernement ne veut pas attendre le rapport Arbour pour agir. Il a créé une nouvelle unité dirigée par la lieutenante-générale Jennie Carignan : le groupe Conduite professionnelle et culture.

« Nous nous devons d’assurer qu’il y ait un processus, un encadrement, un environnement dans lequel quiconque peut s’avancer pour partager (ses) expériences, obtenir des ressources et être appuyé de la bonne façon », a poursuivi M. Trudeau en concédant que « ce ne sera pas facile de changer la culture des Forces armées ».

L’unité dirigée par Jennie Carignan est chargée de recevoir dès maintenant les plaintes et les allégations concernant des comportements inappropriés.

Justin Trudeau veut donc entreprendre immédiatement cette transformation de la culture militaire et au moment du dépôt du rapport de Louise Arbour, possiblement dans un an, le gouvernement pourrait modifier ou élargir le mandat confié au groupe Conduite professionnelle et culture.

Comité parlementaire

Des députés sont revenus à la charge, vendredi après-midi, lors d’une réunion du Comité permanent de la défense nationale pour contraindre la cheffe de cabinet du premier ministre, Katie Telford, à répondre à leurs questions.

La réunion s’est amorcée par un débat sur une motion appelant Mme Telford à témoigner devant le comité dans le but d’éclaircir ce qu’elle savait à propos des allégations d’inconduite sexuelle contre l’ancien chef d’état-major de la Défense, Jonathan Vance.

« Nous devons savoir si Katie Telford a informé le premier ministre », a plaidé le député conservateur James Bezan qui a déposé la motion.

Des questions ont surgi au sujet de ce que savaient Mme Telford et le cabinet du premier ministre dans cette affaire à la suite de récentes déclarations faites par un ex-conseiller de M. Trudeau devant ce même comité qui se penche sur les comportements sexuels inappropriés dans l’armée.

La semaine dernière, Elder Marques a dit devant les députés que Katie Telford l’avait contacté au début du mois de mars 2018 pour une discussion avec le chef de cabinet du ministre de la Défense Harjit Sajjan en raison de plaintes rapportées par l’ex-ombudsman de l’armée contre Jonathan Vance.

Le premier ministre Justin Trudeau a défendu sa cheffe de cabinet en soutenant que même si son équipe savait qu’il y avait des plaintes contre M. Vance, elle n’en connaissait pas la nature.

Le porte-parole du NPD en matière de Défense, Randall Garrison, a remis en doute cette position.

« Les preuves que nous avons entendues devant ce comité semblent pointer très clairement vers le fait que si (le cabinet) ne savait pas, il aurait dû savoir », a-t-il commenté vendredi.

« Il ne s’agit pas de sortir du cadre du mandat. Il s’agit d’entendre un dernier témoin qui, selon le premier ministre lui-même, détient les réponses dont nous avons besoin pour rétablir la confiance », a enchaîné M. Garrison.

Dans son témoignage, Elder Marques a dit qu’il croyait avoir été informé que le problème était de nature personnelle et que s’il pouvait présumer qu’il s’agissait d’une affaire sexuelle, il ne se souvenait pas qu’on lui ait spécifié cette information.

Le député libéral Yvan Baker a réagi en accusant l’ancien gouvernement conservateur d’avoir failli à son devoir quand l’ex-premier ministre Stephen Harper a promu Jonathan Vance à la tête des Forces armées en 2015 même s’il faisait l’objet d’une enquête de la police militaire.

Une enquête qui aurait été rapidement abandonnée après la nomination de M. Vance.

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