Quel avenir pour le travail après la pandémie?

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Selon la CSD, le secteur manufacturier doit être ramené au cœur des négociations avec le gouvernement.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Selon la CSD, le secteur manufacturier doit être ramené au cœur des négociations avec le gouvernement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La crise pandémique a remis en question toutes les certitudes de nos sociétés occidentales. Les défaillances du système ont été mises en exergue, la solidarité est durement éprouvée. Le travail, qui représente un des piliers de nos vies, a lui aussi été mis à l’épreuve, croit le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), Luc Vachon, qui prévient qu’il faudra tirer toutes les leçons de cette crise.

« Il faut profiter des enseignements actuels de la crise pour faire remonter à la surface les failles et les éléments faibles de notre société, témoigne le président de la centrale. Cette crise doit être l’occasion de tout remettre à plat et de nous questionner sur l’avenir de la province en général, et plus particulièrement sur celui du travail. Quelle est notre vision socio-économique au Québec ? Quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Voilà les questions les plus importantes à se poser. »

Pour éviter au maximum les contacts sociaux, le télétravail fut mis en place en urgence dans toutes les sociétés où il était possible de l’appliquer. La transition vers le virtuel, sujet qui est sur la table des négociations entre syndicats et patronat depuis des décennies, a fait en quelques mois un bond de plusieurs années. Cependant, les salariés, notamment du secteur tertiaire, pas toujours bien formés à leurs nouvelles tâches numériques, ont connu une adaptation difficile.

Une société plus juste et équitable

« Il faut vraiment adapter la main-d’œuvre à ce changement. La formation doit être la base des nouveaux emplois comme des anciens. Tout au long de la vie professionnelle, les employés doivent être formés aux changements inhérents à leur profession. On l’a vu avec la transition virtuelle, cela va très vite. À la CSD, nous proposons plusieurs solutions. On veut un maximum de gens à l’emploi, mais des gens très bien formés. Les formations duales doivent être mises en place. Il s’agit d’une formation travail-études qui permet aux nouveaux travailleurs de bénéficier d’une formation accrue tout en mettant en pratique celle-ci sur le terrain. Et pour les travailleurs déjà en poste, il faut dégager du temps de travail pour la formation. Plusieurs mesures de soutien peuvent être développées pour cela », explique M. Vachon.

L’avenir du travail est intimement lié aux répercussions des transformations sociétales. L’organisation du travail est changeante, et les travailleurs sont pris dans un étau, ils subissent les transformations. La mutation du travail amène des difficultés pour les travailleurs. Outre la formation, l’équité et le partage des richesses doivent devenir prioritaires.

« Cette crise n’a pas eu des effets néfastes pour tout le monde. Certains se sont enrichis plus que de raison. Nous souhaitons une meilleure redistribution des richesses dans toute la société. Les inégalités doivent être réduites. Profitons de cette situation particulière pour faire du Québec une société plus juste et équitable », continue le président de la CSD. « La pandémie nous a recentrés sur l’importance de ce qui est fait chez nous. Il faut encourager l’économie locale et rester maître de notre destin. Le secteur manufacturier, par exemple, qui est délaissé depuis des décennies, doit être ramené au cœur des négociations. Le développement du travail en région aussi. »

Des négociations difficiles

Les négociations entre les partenaires sociaux et le gouvernement sont difficiles. Le projet de loi n° 59 visant la modernisation de la sécurité et la santé du travail en est un exemple flagrant. Les syndicats ne sont pas satisfaits des derniers amendements du projet de loi. Pour eux, l’indemnisation des salariés victimes d’un accident du travail sera plus difficile. Plusieurs manifestations ont d’ailleurs eu lieu dans toute la province le 28 avril dernier, journée nationale de commémoration des blessés au travail, et d’autres sont prévues le 1er mai pour le traditionnel défilé annuel à Montréal.

« Le travail doit redevenir le centre du développement du Québec, mais la route est encore longue. Le projet de loi n° 59 en est un exemple. Il faut que nous tirions les enseignements de cette crise, qui a mis en évidence plusieurs failles. Il faut redéfinir certains axes de notre société pour qu’elle ressemble à ce que nous souhaitons. Il faut que, socialement, on se comporte en conséquence pour développer une société plus juste. » 

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