Le télétravail, plus qu’une solution à court terme

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
«Il est très dur [pour les employés] de fournir le même travail à la maison avec des enfants», pointe la présidente de la SGPQ, Line Lamarre.
Photo: Charles Deluvio/Unsplash «Il est très dur [pour les employés] de fournir le même travail à la maison avec des enfants», pointe la présidente de la SGPQ, Line Lamarre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le télétravail est devenu la norme pour la plupart des employés de bureau, aussi bien dans les entreprises privées que dans les organismes publics, et cette forme de travail, qui fut imposée pour éviter les contacts à risque, est finalement amenée à perdurer. Dans quel cadre celle-ci peut-elle continuer ? Quelques éléments de réponses avec Line Lamarre, présidente de la SGPQ.

Le télétravail est un sujet qui est sur la table des négociations depuis au moins 20 ans, dit la présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Les employeurs étaient peu enclins à accepter ce mode de travail. Dans la fonction publique, par exemple, des projets pilotes ont été menés avec un jour de télétravail à la maison sans que cela aboutisse. L’apparition de la pandémie en 2020 a tout d’un coup accéléré les choses. »

En effet, depuis mars 2020, toutes les entreprises gouvernementales, comme Hydro-Québec, Loto-Québec ou Revenu Québec, obligent leurs employés à travailler depuis chez eux. Un peu dans l’urgence et sans préparation en amont, ceux-ci ont dû s’adapter rapidement.

« Du jour au lendemain, tout le monde s’est retrouvé à travailler depuis la maison. Pour les parents, avec les enfants présents, ce fut complexe, mais il n’y a eu aucune rupture de service. Sans matériel professionnel, sans espace de travail prévu, tous les services étatiques ont tout de même maintenu leur rôle de servir la population. J’ai personnellement été éblouie par la capacité des salariés à se retourner rapidement et à s’adapter. Le gouvernement a oublié de remercier les employés de la fonction publique qui ont maintenu le service étatique. Ce sont eux qui ont permis de faire appliquer les mesures du gouvernement. On leur doit une fière chandelle », poursuit Mme Lamarre.

Heureux en télétravail

Le SPGQ veut négocier avec le gouvernement caquiste pour que le télétravail soit reconnu comme une condition de travail à part entière. Pour le moment, celui-ci fait la sourde oreille et ne veut pas négocier avec les syndicats. Leurs demandes portent sur une semaine de télétravail de cinq jours et une inscription de celui-ci dans les conventions collectives pour protéger les employés du service public québécois. Le gouvernement souhaite quant à lui, imposer le télétravail sur trois jours par semaine et garder la mainmise sur les conditions de travail des employés et le contrôle sur eux.

80%
C’est le pourcentage des syndiqués de la fonction publique du Québec qui souhaitent rester au minimum trois jours par semaine en télétravail après la pandémie.

« Le gouvernement ne veut pas que le télétravail devienne une condition de travail normale. Il multiplie les mesures incohérentes. Par exemple, au sein du service public, pour promouvoir nos régions québécoises, il souhaite régionaliser plus de 5000 postes. Mais dans le même temps, il ne veut pas donner les conditions nécessaires au télétravail. On marche sur la tête. Les employés sont dévoués à leur emploi, heureux en télétravail. Ils sont prêts à aider en prêtant leurs affaires personnelles, comme l’ordinateur ou le bureau. C’est tout à leur honneur. Pas moins de 80 % de nos syndiqués souhaitent rester au minimum trois jours par semaine en télétravail. Et de 50 a 60 % sont pour un télétravail à temps plein », explique la présidente du SPGQ.

Améliorer l’avenir de tous les travailleurs

Puisque le télétravail est en train de devenir la nouvelle norme dans la plupart des entreprises, les syndicats gouvernementaux souhaitent notamment le remboursement des frais du télétravail et une modification de la législation. Plusieurs propositions ont ainsi été déposées dans ce sens à l’Assemblée nationale. Certaines règles existent déjà à l’échelle fédérale mais pas au provincial.

« Dans les entreprises fédérales, les employés en télétravail qui ont des enfants à la maison ont une tolérance sur la prestation de travail qu’ils doivent rendre. Ce qui n’existe pas pour les employés des entreprises publiques québécoises », pointe la syndicaliste avec raison. L’éducation des enfants est une journée de travail en soi, comme peuvent en témoigner les enseignants. « Il est très dur de fournir le même travail à la maison avec des enfants. Il faut bien avoir à l’esprit que les gens aiment leur travail et qu’ils travaillent dur pour rendre le meilleur service possible. »

Et cette préoccupation du télétravail va toucher toutes les entreprises de près ou de loin, pas seulement les entreprises gouvernementales.

« Si le gouvernement Legault cédait à plusieurs de nos réclamations sur le futur du télétravail, c’est l’ensemble de la société québécoise qui en serait bénéficiaire. J’espère vraiment que le Québec deviendra un endroit où la conciliation travail-famille est au cœur des préoccupations et que l’on pourra se targuer de faire office de précurseur dans ce domaine. Les syndicats travaillent ensemble pour améliorer l’avenir de tous les travailleurs du Québec », conclut Line Lamarre.

À voir en vidéo