Un campement de fortune en pleine expansion dans Hochelaga-Maisonneuve

Des abris de fortune sont apparus ces derniers jours près de la rue Hochelaga, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Des abris de fortune sont apparus ces derniers jours près de la rue Hochelaga, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.

Un campement de fortune a pris forme dans les derniers jours dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, dans le contexte de la pandémie et de la crise du logement. Une situation qui préoccupe la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui voit là un enjeu de sécurité.

Peu avant 20 h, jeudi, quatre personnes étaient réunies autour d’un foyer improvisé au milieu d’un terrain boisé situé près de l’intersection de la rue Hochelaga et du boulevard de l’Assomption. Sur ce site, situé en plein cœur d’un secteur industriel et à proximité du Stade olympique, des tentes et des roulottes sont apparues dans les derniers jours. Une petite cuisine artisanale fonctionnant avec une bonbonne de gaz a même été aménagée au milieu du terrain vague, qui est entouré de barbelés.

Jusqu’à maintenant, environ une dizaine de personnes ont décidé d’installer leur abri de fortune à cet endroit. Ce nombre pourrait toutefois grimper dans les prochaines semaines, entrevoit Guylain Levasseur, qui a abouti à cet endroit avec son chien il y a un peu moins d’une semaine.

« Ça va se remplir ici, ce ne sera pas long », lance-t-il, assis près du feu. M. Levasseur croit notamment qu’une partie des quelque 370 sans-abri qui logent actuellement à l’hôtel Place Dupuis, au centre-ville, pourraient décider de se tourner vers ce terrain boisé lorsque ce refuge d’urgence fermera ses portes, cet été.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Peu avant 20h, jeudi, quatre personnes étaient réunies autour d’un foyer improvisé au milieu d’un terrain boisé situé près de l’intersection de la rue Hochelaga et du boulevard de l’Assomption.

« L’histoire se répète »

En plus de ce campement de fortune, des tentes ont aussi émergé dans les derniers jours à différents endroits de la métropole. Certains de ces campeurs, incluant M. Levasseur, sont des anciens du campement de la rue Notre-Dame, dont le démantèlement avait été ordonné en décembre dernier par la Sécurité civile à la suite d’un incendie survenu dans une tente. Les nombreux sans-abri qui résidaient depuis l’été sur ce vaste terrain vague avaient alors été dirigés vers différents refuges d’urgence mis en place dans le contexte de la pandémie.

Alexandre Barrière a d’ailleurs confié au Devoir avoir d’abord installé sa tente sur le terrain de la rue Notre-Dame. Quelques jours plus tard, on l’a forcé à quitter les lieux. Il a depuis installé sa tente sur le site du nouveau campement de la rue Hochelaga, qui est beaucoup moins visible que le précédent.

« Les gens qui se retrouvent dans les tentes cette année, ce sont les mêmes que l’année passée. L’histoire se répète », constate le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’itinérance, Benoit Langevin.

En entrevue au Devoir jeudi soir, l’élu d’Ensemble Montréal a pressé l’administration de Valérie Plante de mettre en place des programmes pour faciliter la réinsertion sociale de ces campeurs. Car, « si on ne fait rien, on va se retrouver avec 134 tentes en clignant des yeux », appréhende-t-il.

Un enjeu de sécurité

Selon la mairesse de Montréal, Valérie Plante, la présence de ces campements à Montréal n’est pas souhaitable.

« Je ne souhaiterai jamais un campement pour des raisons de sécurité », a-t-elle dit en marge d’une conférence de presse virtuelle, jeudi après-midi.

« Ma solution va toujours être celle d’un toit permanent », a ajouté la cheffe de Projet Montréal, qui a promis de concrétiser l’aménagement de 6000 logements sociaux d’ici la fin de son premier mandat, en novembre prochain. « Mais ça prend du temps à sortir des projets de terre », a-t-elle concédé.

En attendant, l’avenir du campement de la rue Hochelaga apparaît incertain.

« Mais une chose est sûre, je ne vais pas précariser encore davantage des personnes qui en arrachent. Je ne vais pas surjudiciariser encore plus des personnes qui tombent dans les craques », a assuré Mme Plante. La mairesse entend d’ailleurs travailler avec le milieu communautaire et la police de Montréal afin de « trouver des solutions pour tout le monde ».

Or, la solution est « simple », estime M. Levasseur, qui se dit victime de la crise du logement qui fait rage à Montréal et qui crée une pression à la hausse sur le prix des loyers. « Il faut qu’on nous donne des subventions pour l’accès au logement », martèle-t-il.

La Communauté métropolitaine de Montréal a d’ailleurs adopté une résolution jeudi qui demande au gouvernement Legault de réviser les paramètres du programme Supplément au loyer « afin qu’il puisse soutenir un plus grand nombre de ménages en difficulté » en prévision de la période des déménagements du 1er juillet.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait, en citant Benoit Langevin, que « si on ne fait rien, on va se retrouver avec 340 tentes en clignant des yeux », a été modifiée.