France - Quatre mois de prison pour l'affabulatrice du métro de Paris

Cergy-Pontoise — Marie Leblanc, la jeune femme qui avait inventé de toutes pièces une agression à caractère antisémite dans le métro de Paris, a été condamnée hier soir à quatre mois de prison avec sursis.

Le président du tribunal, Jean Idrac-Virebent, a expliqué qu'il s'agissait d'un «avertissement» pour cette mère de 23 ans, qui a affirmé avoir agi pour «se faire aimer» de ses proches.

Cette peine, prononcée par le tribunal correctionnel de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) pour «dénonciation de délit imaginaire», est assortie de deux ans de mise à l'épreuve et d'une obligation de soins psychiatriques.

Marie Leblanc devra également verser un euro à la SNCF, qui réclamait des dommages et intérêts symboliques. Le procureur avait requis six mois de prison avec sursis et 2000 euros d'amende.

Des excuses

La frêle jeune femme, les cheveux fraîchement coupés, vêtue d'un jeans et d'un coton ouaté blanc, a succinctement présenté ses excuses à la fin de l'audience.

Plus tard, face aux caméras, elle a dit «regretter» son récit imaginaire, dans lequel elle affirmait que six jeunes Maghrébins et Africains avaient notamment peint des croix gammées sur son ventre, le 9 juillet dernier, dans le RER.

Cette affaire avait suscité une vague d'indignation et un emballement politico-médiatique en France, avant que l'annonce de son mensonge ne plonge la République dans l'embarras.

Lorsque le président du tribunal, Jean Idrac-Virebent, lui a demandé si elle ne se doutait pas que l'orientation antisémite de son scénario allait «déchaîner les passions», elle a répondu «non». «Je voulais qu'on s'occupe de moi. Je voulais que mes parents et Christophe [son compagnon] s'occupent de moi.»

Un avocat des parties civiles lui a alors demandé pourquoi elle avait désigné des Maghrébins et des Noirs. «Quand je regarde la télé, ce sont toujours eux qui sont accusés», a répondu la jeune femme. Par la suite, Marie Leblanc a expliqué qu'elle pensait surtout émouvoir son compagnon, qui s'était déclaré choqué par un reportage sur des actes antisémites et qui l'a poussée à porter plainte lorsqu'elle lui a fait le récit de son «agression».

Le procureur, Luc Pelerin, a estimé que Marie Leblanc devait «rendre des comptes à la justice de son pays, à la mesure de ce qu'elle a fait et du délit qu'elle a commis» et non pour «l'emballement médiatique provoqué par la multiplication des actes antisémites. Marie Leblanc doit rendre des comptes dépassionnés», a-t-il dit.

Luc Pelerin n'en a pas moins dénoncé une «stratégie du mensonge poussée à son paroxysme» de la part de la jeune mère, qui avait livré une foule de détails de son agression, allant jusqu'à décrire et dénoncer la passivité des «témoins». «C'est plus de la bêtise, mais qui a provoqué un vol, un rapt de la chose publique», a dit Luc Pelerin en énumérant les moyens déployés par la police — 1200 personnes entendues — ou la SNCF pour tenter de retrouver les «agresseurs».

Le psychiatre qui a examiné Marie Leblanc le 13 juillet a exclu toute maladie mentale, mais il a relevé son très fort besoin de reconnaissance, «quel que soit le prix à payer».