La neige artificielle de plus en plus utilisée dans les parcs urbains

La neige a tardé à venir cette année. Pendant cette tempête du 30 décembre 2020, les gens se sont rués vers les glissades du parc Pelican et Lafond dans le quartier Rosemont.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La neige a tardé à venir cette année. Pendant cette tempête du 30 décembre 2020, les gens se sont rués vers les glissades du parc Pelican et Lafond dans le quartier Rosemont.

De plus en plus de villes ont recours à l’enneigement artificiel pour lancer et prolonger la saison de glisse dans les parcs. L’effet de la crise climatique est déjà observable sur les conditions hivernales, rappelle un expert d’Environnement Canada, ce qui incite certaines municipalités à repenser la gestion hivernale des espaces urbains.

En contrepartie, les redoux plus fréquents et la hausse des températures moyennes pourraient avoir une incidence sur la facture de déneigement des villes. Si la tendance se dégage à certains endroits pour l’hiver 2020-2021, elle n’est pas encore suivie de près par les municipalités.

Ce sont sept entités municipales qui ont confirmé au Devoir avoir utilisé l’enneigement artificiel cet hiver dans au moins un espace public, parc ou centre nature. Québec, Candiac, Salaberry-de-Valleyfield, Verdun et Rosemont–La Petite-Patrie : elles ont payé entre 15 000 $ et 63 000 $ pour ces services.

La majorité recourt à l’enneigement depuis plusieurs années, voire depuis presque dix ans, dans le cas de l’arrondissement de Ville-Marie. Cet arrondissement possède d’ailleurs ses propres canons à neige, acquis en 2018 pour un coût total de 94 446 $. Cet arrondissement a déjà recours à cette fabrication mécanique depuis 2012, surtout pour le mont Royal pour des frais d’environ 20 000 $ par année.

La Ville de Laval a quant à elle acquis dès 2011 un premier canon à neige, puis ajouté deux autres en 2014, avec les pompes à eau correspondantes pour alimenter ces canons. Laval dit avoir dépensé en tout 90 000 $, si l’on inclut la remorque nécessaire à l’entreposage de l’équipement.

Dans toutes ces villes, ce sont les « pentes à glisser » qui sont enneigées mécaniquement, le plus souvent en début de saison. À Québec par exemple, c’est le Centre de glisse Myrand qui en a bénéficié. Il ne s’agit donc pas d’un apport constant tout au long de la saison, mais plutôt « pour s’assurer d’avoir une base pour le début de saison pour les Fêtes bon an mal an côté précipitations », explique David O’Brien, porte-parole pour la Ville de Québec.

Quant aux coûts du déneigement, certains arrondissements comme Verdun ont observé une certaine baisse pour l’année civile 2020, par rapport à 2019. À l’échelle de toute la métropole, cet hiver a été « légèrement moins enneigé que la moyenne, avec 10,2 millions de mètres cubes de neige ramassés contre 12 millions lors des hivers moyens », écrit la relationniste Marilyne Laroche Corbeil. L’épandage de sel a aussi été réduit cette année en raison des températures clémentes de mars. La facture pourrait donc être moins élevée, mais il est « encore trop tôt pour le dire », dit-elle.

Un hiver plus court

L’avenir des patinoires extérieures fait régulièrement l’objet d’études, mais il est plus difficile de quantifier les « trous de neige » dans un parc en milieu urbain, remarque André Cantin. Météorologue pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, il le dit sans détour : la couverture de neige rétrécit.

Attention, ce n’est pas nécessairement parce qu’il tombe moins de neige : « Il peut y avoir autant de précipitations, mais cette neige-là va fondre plus souvent ou plus vite avec les températures moyennes plus élevées ou des périodes de redoux plus fréquentes », explique M. Cantin.

L’hiver est aussi plus tardif. Le météorologue utilise le signal rituel du Noël blanc pour l’illustrer : de 1965 à 1984, les chances de voir de la neige le 25 décembre à Montréal étaient de 85 %. Cette proportion est tombée à 70 % de 1994 à 2017.

L’hiver est aussi plus court. Le nombre de jours où il y a une couverture de neige diminue de 5 à 10 % par décennie au Canada, écrivait aussi le ministère de l’Environnement dans son rapport sur le climat changeant publié en 2019.

La tendance à l’enneigement mécanique va de pair avec la popularité grandissante des patinoires réfrigérées, estime quant à lui Robert McLeman, professeur à l’Université Wilfrid Laurier en Ontario. Ce géographe surveille de près le nombre de jours de glace et pense que les conséquences se sont en effet fait sentir « dans d’autres activités de loisirs extérieurs très populaires au Québec ». Cette tendance n’a pas encore gagné la province voisine, note-t-il.

La demande pour ce genre de services augmente clairement à mesure que les hivers se réchauffent, dit quant à lui Michel Couture, président de Snö Innovation, le principal fournisseur de ce type de service. « Il y a l’effet des changements climatiques, et il y a aussi l’effet pandémie », ajoute-t-il. Cet hiver, la demande municipale a grimpé de 20 %, pour un total de plus de quarante villes dans la province.

Les canons à neige produisent simplement à partir d’eau et d’électricité, explique M. Couture. L’empreinte écologique de cette technique est encore très peu étudiée, mais il insiste pour rappeler que chaque centimètre de neige fabriquée mécaniquement dure plus longtemps au sol que celui qui tombe du ciel. « La neige est plus compactée, elle est plus dense. Le but pour les villes, c’est toujours qu’elle reste jusqu’à la semaine de relâche en mars », dit M. Couture. La glissade est un loisir de proximité et peu dispendieux, souligne-t-il.

L’enneigement artificiel est aussi pour assurer la sécurité, écrit une relationniste de la Ville de Montréal au Devoir. C’est que les usagers des parcs veulent glisser en crazy carpets ou en soucoupes et que des zones dénudées, glacées ou encore avec un dénivelé trop prononcé comportent des risques accrus d’accident. La première bordée fabriquée mécaniquement sert à contrôler la pente et à délimiter des corridors de glisse.

Fonds publics

La Fédération canadienne des contribuables a dénoncé en février dernier l’usage de fonds publics à cette fin.

« S’il y a une ressource qu’on a en abondance au Québec, c’est bien la neige », avait alors déclaré Renaud Brossard, le directeur de l’organisation pour le Québec.

Plusieurs municipalités perçoivent au contraire ces frais comme étant peu élevés : « En prenant en considération que le coût d’entretien d’une patinoire représente un investissement de 32 000 $ par année, le coût de l’enneigement artificiel de cette aire de glissade, qui attire un fort nombre de personnes et qui permet de prolonger la saison, est justifié », affirme Valérie St-Onge au service des communications de Salaberry-de-Valleyfield.

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2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 19 avril 2021 08 h 04

    À Verdun?

    Où ça à Verdun? On habite dans Le Sud-Ouest, qui en utilis

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 avril 2021 08 h 07

    Oups!

    ... qui en utilise, donc près de Verdun, et on ne voit pas où serait la colline verdunoise en question.