L’UdeM se met au vert

Le plan directeur de l’UdeM fait état de plusieurs potentiels d’agrandissement sur le site. Une expansion de cinq étages est notamment envisagée à côté de la Faculté de musique, nichée tout près du sommet du mont Royal. Un agrandissement de taille similaire est aussi prévu pour un pavillon de Polytechnique Montréal qui se trouve lui aussi en hauteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le plan directeur de l’UdeM fait état de plusieurs potentiels d’agrandissement sur le site. Une expansion de cinq étages est notamment envisagée à côté de la Faculté de musique, nichée tout près du sommet du mont Royal. Un agrandissement de taille similaire est aussi prévu pour un pavillon de Polytechnique Montréal qui se trouve lui aussi en hauteur.

L’Université de Montréal (UdeM) compte effectuer « un virage écologique » dans les prochaines années en retranchant des espaces de stationnement sur son campus de la montagne au profit de divers projets de verdissement et de la mise en place d’aménagements plus sécuritaires pour les piétons et les cyclistes. Certains projets d’agrandissement soulèvent toutefois des inquiétudes.

Dans les derniers mois, quelque 800 personnes ont pris part à une consultation publique sur le futur plan directeur d’aménagement du campus de la montagne de l’UdeM, qui définira le développement de ce site pour les 15 à 20 prochaines années. L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) procède actuellement à la rédaction de ses recommandations, qui seront rendues publiques cet été.

Le dernier plan directeur d’aménagement de l’établissement date de1995. « En 1995, c’était un plan qui était basé sur le développement immobilier et la place accordée à l’automobile était importante. Ce qu’on veut, c’est réduire l’empreinte de l’automobile, donc le stationnement de surface, pour donner plus de place aux piétons et aux cyclistes », résume au Devoir la gestionnaire de projet à la Direction des immeubles de l’Université, Radhia Hamdane. « On veut prendre un virage écologique. »

Plus d’accès au mont Royal

Le plan directeur soumis à l’OCPM, qui s’étale sur 300 pages, prévoit notamment l’ajout de trottoirs à plusieurs endroits et un élargissement de ceux-ci, tandis que de nouveaux liens piétons devraient aussi voir le jour entre le campus et le réseau du métro, de même qu’en direction du mont Royal. Actuellement, les accès sont limités en direction de ce site patrimonial, à partir du campus.

« L’université est souvent un mur entre les résidents et la montagne, mais dans ce plan, elle devient une porte », illustre la directrice adjointe des politiques à Héritage Montréal, Taïka Baillargeon.

Des pistes cyclables en site propre sont également prévues le long du chemin de la Rampe et du chemin de la Polytechnique afin de rendre l’accès au campus plus sécuritaire pour les cyclistes. Ces derniers auront aussi accès à un nombre accru de supports à vélos et de stations de l’organisme BIXI Montréal. L’UdeM espère ainsi corriger les lacunes actuelles en matière d’infrastructures consacrées au transport actif sur son campus principal. « Ce qu’on a constaté, c’est que lacohabitation n’est pas sécuritaire pour tous les usagers sur le campus. Quand on parle d’un réseau cyclable, il est complètement absent », souligne Mme Hamdane.

« Un rattrapage » salué

Le document propose par ailleurs la création d’une voie partagée donnant priorité aux piétons et aux cyclistes afin de relier l’immense campus montréalais d’est en ouest. « Ça fait longtemps que les piétons et les cyclistes demandent des infrastructures plus sécuritaires », indique le porte-parole du collectif Vélo campus de l’UdeM et professeur au sein de l’institution, Louis-Éric Trudeau. Ce dernier salue ainsi ce « rattrapage » proposé par l’établissement. « On était dû », lance-t-il.

D’autre part, en plus de réduire la largeur et le nombre de voies de circulation automobile sur ce campus, l’Université entend y diminuer de 10 % le nombre de places de stationnement. Plusieurs stationnements de surface seront aussi remplacés par leur alternative en souterrain, ce qui facilitera la plantation d’arbres sur le campus.

L’université est souvent un mur entre les résidents et la montagne, mais dans ce plan, elle devient une porte

 

L’établissement entend aussi doubler la superficie totale des différents espaces de rencontre extérieurs, qui passera à terme de 4,5 à 9,4 hectares. Une vaste place publique verdie devrait entre autres voir le jour dans les prochaines années sur le parvis du pavillon Roger-Gaudry. Environ 200 places de stationnement s’y trouvent actuellement.

En ce qui a trait aux déplacements hivernaux, un organisme demande à l’UdeM de prévoir des sentiers de ski de fond sur le campus et dans ses environs. « Il y a un potentiel énorme », fait valoir l’administrateur de Ski de fond Montréal, Stéphane Mélançon, qui a déposé un mémoire dans lecadre de cette consultation. Il s’agit d’une idée « intéressante », répond Radhia Hamdane.

Répondre à la demande

Dans les dernières années, le nombre d’étudiants inscrits à ce campus n’a cessé de croître pour atteindre environ 67 500, en incluant les écoles affiliées de HEC Montréal et de Polytechnique Montréal. « Il y a un accroissement du nombre d’étudiants qui est assez manifeste depuis plusieurs années », constate le professeur titulaire del’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, Gérard Beaudet. Le passage dès l’an prochain du Réseau express métropolitain à deux pas du campus pourrait d’ailleurs rendre celui-ci encore plus attractif pour les étudiants, estime l’urbaniste.

Le plan directeur de l’UdeM fait ainsi état de plusieurs potentiels d’agrandissement sur le site. Une expansion de cinq étages est notamment envisagée à côté de la Faculté de musique, nichée tout près du sommet du mont Royal. Un agrandissement de taille similaire est aussi prévu pour un pavillon de Polytechnique Montréal qui se trouve lui aussi en hauteur. « C’est clair que d’ajouter de la superficie construite actuellement, c’est un défi considérable considérant que le site est passablement saturé parce que les espaces libres qui restent ont une valeur en soi », constate M. Beaudet.

Afin de ne pas empiéter sur le boisé environnant, ces projets d’agrandissement sont essentiellement prévus sur des stationnements existants. Taïka Baillargeon, d’Héritage Montréal, s’inquiète toutefois de la possibilité que ces « nouvelles constructions » aient pour effet d’affecter « le paysage » du mont Royal en raison de leur hauteur et de leur localisation. « On s’inquiète », confie-t-elle en entrevue.

L’organisme Les amis de la montagne propose d’ailleurs, dans son mémoire, de privilégier la création d’espacessouterrains plutôt qu’en hauteur, en particulier pour l’agrandissement de la Faculté de musique, qui se trouve « à proximité d’un noyau de biodiversité sensible ».

L’Université, pour sa part, se veut rassurante. « Tout sera fait pour avoir le moins d’impacts possible, surtout pour les vues d’intérêt vers le mont Royal », affirme Radhia Hamdane.

Limiter les nuisances

Les ambitions d’expansion de l’Université soulèvent aussi des inquiétudes chez certains résidents, qui appréhendent des travaux qui pourraient s’étaler sur plusieurs années et engendrer des nuisances sonores et visuelles dans le secteur.

« C’est clair que c’est un chantier qui va s’étirer sur bien au-delà d’une décennie et il y aura bien des inconvénients », prévient Gérard Beaudet. Pour minimiser les impacts sur les résidents qui demeurent à proximité du campus, l’UdeM devra s’assurer de bien leur communiquer toutes les informations entourant ces chantiers, estime l’urbaniste. Une tâche à laquelle promet de s’atteler l’Université le moment venu.

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