L’Ontario recule sur certaines des mesures annoncées vendredi

Les policiers n’auront pas le droit d’arrêter les piétons ou les conducteurs pour leur demander pourquoi ils sont à l’extérieur ou encore pour leur demander leur adresse.
 
Photo: Cole Burston Archives via Agence France-Press

Les policiers n’auront pas le droit d’arrêter les piétons ou les conducteurs pour leur demander pourquoi ils sont à l’extérieur ou encore pour leur demander leur adresse.

 

Devant le tollé provoqué par certaines nouvelles mesures annoncées vendredi pour combattre la pandémie de COVID-19, le gouvernement ontarien a choisi de reculer, notamment sur les pouvoirs de la police.

La solliciteuse générale de l’Ontario, Sylvia Jones, a annoncé que les policiers n’auront pas le droit d’arrêter les piétons ou les conducteurs pour leur demander pourquoi ils sont à l’extérieur ou encore leur adresse.

Au lieu de cela, a-t-elle indiqué, la police pourra seulement arrêter que les personnes qui participent à « un événement public organisé ou à un rassemblement social ».

L’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) a salué le renversement de situation annoncé samedi. « Le nouvel ordre rationalise et réduit la règle inconstitutionnelle de vendredi. La nouvelle règle est également liée à un objectif de santé publique et évite la détention arbitraire », a déclaré Michael Bryant, directeur général de l’ACLC.

Les pouvoirs annoncés vendredi, qui permettaient à la police ontarienne d’arrêter tout automobiliste ou piéton pour lui demander pourquoi il n’est pas chez lui, avaient suscité de vives critiques au moment où la pandémie de COVID-19 ne donne aucun signe de répit.

Plusieurs ont jugé que les nouvelles mesures annoncées par le premier ministre Doug Ford étaient malavisées. Les pouvoirs supplémentaires de la police visant à faire respecter les ordonnances de maintien chez soi sont exagérés, faisaient-ils valoir.

« Je suis à tout moment très préoccupé par les arrestations arbitraires par la police », a déclaré le maire de Toronto, John Tory, samedi, avant l’annonce du recul du gouvernement.

Dans une lettre à ses commettants, une députée néodémocrate de l’Assemblée législative, Jill Andrews, jugeait que ses mesures démontraient à quel point le gouvernement Ford était déconnecté de la réalité. « Soyons très réalistes ici : nous n’allons pas contrôler notre sortie de la pandémie, a-t-elle déclaré. La réalité ici est que cela aura probablement un impact sur les Noirs, les Autochtones et les personnes racialisées. »

Toutefois, des corps de police de la police, grands et petits, avaient déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention d’exercer leurs nouveaux pouvoirs.

« Le Service de police d’Ottawa n’effectuera pas de contrôles aléatoires. Il adoptera une approche réfléchie et prudente, misant sur l’équité, la légalité, et l’efficacité lors de l’application de ces pouvoirs avec pour objectif spécifique et exclusif d’appuyer les mesures de santé publique », avait annoncé le corps policier dans un communiqué publié vendredi soir.

La police régionale de Peel avait adopté une position similaire. « Je tiens à rassurer nos citoyens sur le fait que nos agents ne procéderont pas à des contrôles aléatoires de véhicules ou individuels », avait déclaré samedi son chef, Nishan Duraiappah.

Andrew Fletcher, le chef du service de police de Simcoe Sud, avait indiqué que ses agents n’agiraient qu’après avoir reçu des plaintes.

Les groupes de défense des droits civiques n’étaient guère rassurés par de telles déclarations.

« L’Ontario est sur le point de devenir un État policier, avait dit Joanna Baron, directrice générale de la Canadian Constitution Foundation. Les collectivités à faible revenu et les communautés minoritaires ont dû supporter le poids de cette pandémie. Elles doivent désormais supporter le poids de l’application de la loi par la police. »

Warren Thomas, le président du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario, avait également exhorté Ford à reconsidérer sa décision. « Donner à la police le droit d’arrêter et d’interroger les citoyens s’apparente à la loi martiale, soulignait-il. Si ces pouvoirs sont mal appliqués ou s’ils sont perçus comme pouvant cibler une certaine catégorie de personnes, cette décision sera considérée à l’avenir comme étant aussi efficace qu’un diachylon sur une jambe de bois. »

Fermeture des parcs

Le premier ministre Doug Ford est également revenu sur sa promesse de fermer les terrains de jeux samedi.

« Notre réglementation sera modifiée pour permettre aux gens d’aller dans les terrains de jeux, mais les rassemblements extérieurs seront encore réprimés. On peut jouer dehors en sécurité. Vous, parents, gardez vos distances et portez un couvre-visage si vous ne le pouvez pas », a déclaré M. Ford sur Twitter.

La fermeture des parcs avait rendu perplexes nombre d’experts.

« Les activités extérieures sont essentielles pour la santé physique et mentale, notamment lorsqu’on a l’ordre de rester à la maison, avait écrit le Dr Isaac Bogoch, membre du Groupe d’étude ministériel sur la distribution des vaccins contre la COVID-19. La science est claire : la transmission de la COVID-19 à l’extérieur est extrêmement rare. »

Les hospitalisations à un sommet

D’ailleurs, le nombre des hospitalisations a atteint un nouveau sommet en Ontario, ont indiqué les autorités.

La province rapporte samedi 4362 nouveaux cas de COVID-19 sur son territoire, ce qui est inférieur aux données de la veille.

Elle signale aussi que 2065 personnes sont actuellement hospitalisées pour recevoir des traitements contre la COVID-19. C’est la première fois que ce chiffre est supérieur à 2000 depuis le début de la pandémie. On recense 726 patients aux soins intensifs, dont 501 sous respirateur.

Les autorités provinciales déplorent 34 nouveaux décès liés à la COVID-19, un sommet depuis le 19 février.

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