Controverse autour d’une arrestation musclée

«C’était une scène horrible, je ne croyais jamais voir ça dans un parc à Montréal», s’est désolée Leigh O’Brien, qui a filmé une partie de l’intervention qui s’est déroulée sous ses yeux.
Photo: Leigh O’Brien (capture d'écran) «C’était une scène horrible, je ne croyais jamais voir ça dans un parc à Montréal», s’est désolée Leigh O’Brien, qui a filmé une partie de l’intervention qui s’est déroulée sous ses yeux.

Une arrestation musclée survenue samedi au parc Jeanne-Mance suscite la controverse. Les témoins de l’intervention déplorent sa brutalité, tandis que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) justifie les coups de poing infligés au suspect parce qu’il aurait mordu un des agents qui tentait de le maîtriser au sol.

Une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux montre cinq policiers tentant de procéder à l’arrestation d’un homme, dont on aperçoit le visage à quelques reprises. Trois autres agents forment une bulle autour d’eux. « Pourquoi l’étranglent-ils », peut-on entendre dans la séquence, quelques secondes avant de voir un agent lui asséner une série de coups de poing. « Arrête de mordre, arrête de mordre », est-il possible d’entendre au loin.

« C’était une scène horrible, je ne croyais jamais voir ça dans un parc à Montréal », se désole Leigh O’Brien, qui a filmé une partie de l’intervention qui s’est déroulée sous ses yeux. L’étudiante américaine, qui habite à Montréal depuis quelques mois, profitait du beau temps avec des amis au pied du mont Royal lorsqu’elle a vu les policiers encercler l’homme. « Je suis originaire des États-Unis et, avec tout ce qui est arrivé dans la dernière année, surtout le décès de George Floyd, ç’a été instinctif de filmer parce que je m’explique mal ce qui peut justifier un tel usage de la force », raconte-t-elle.

Son amie, Agnes Bebon, qui a aussi été témoin de l’intervention, est encore sous le choc. « Ce qu’on a vu nous démontre que la brutalité policière est un problème ici aussi, et je trouve ça effrayant », dit la femme.

Les policiers se trouvaient dans le parc pour veiller au respect des règles sanitaires samedi dernier. En entrevue avec Le Devoir, le SPVM explique que l’usage de la force a été nécessaire après avoir interpellé un homme qui contrevenait au règlement municipal interdisant la consommation d’alcool sur le domaine public. « L’homme a refusé de collaborer avec les policiers et a adopté une posture de combat pendant l’interpellation », mentionne David Shane, porte-parole et conseiller au cabinet du directeur du SPVM.

Pour éviter une morsure, un des agents a utilisé ce qu’on qualifie de technique de diversion dans le jargon policier, dans ce cas-ci, les coups de poing.

Après l’intervention, l’homme a été conduit au centre de détention et a été libéré sous promesse de comparaître. Il pourrait faire face à des accusations de voie de fait et d’entrave au travail des policiers. Un constat d’infraction de 100 $ lui a été remis pour avoir enfreint le règlement sur la consommation d’alcool sur le domaine public. Puisqu’il n’a pas encore été formellement accusé, son identité n’a pas été confirmée.

Sur Instagram, l’homme a remercié les internautes qui lui ont fait parvenir des messages de soutien et a promis de donner prochainement davantage de détails sur ce qui est arrivé. L’homme semble depuis avoir pris part à la manifestation contre le couvre-feu dimanche soir. Au moment où ces lignes étaient écrites, il n’avait pas accordé d’entrevue au Devoir.

« Jamais beau à voir »

Superviseur retraité au SPVM, Stéphane Wall a analysé les images diffusées tout au long de la fin de semaine. « L’usage de la force, ce n’est jamais beau à voir », mentionne celui qui a consacré une partie de sa carrière à la formation sur l’usage judicieux de la force. « Il est important de distinguer les perceptions et la réalité. La technique utilisée par les policiers sur la vidéo survient lorsqu’il y a une résistance active de la part d’un suspect. L’objectif, c’est de créer un inconfort pour qu’il se laisse menotter », explique M. Wall. « On n’arrive pas jusque-là s’il n’y a pas eu résistance », souligne-t-il.

Cette récente vidéo prouve qu’il est urgent de repenser la sécurité publique, estime de son côté Marlihan Lopez, porte-parole de la Coalition pour le définancement de la police. « Ce qui me préoccupe, c’est d’imaginer la violence dont ils peuvent user lorsqu’il n’y a pas de témoins, s’ils se sont permis d’utiliser une force excessive devant une foule », note-t-elle.

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