Des commerces déjà affaiblis vandalisés dans le Vieux-Montréal

Plusieurs établissements du Vieux-Montréal ont subi des dégâts, dimanche, lors d’une manifestation contre le couvre-feu. Sur la photo, le restaurant portugais Helena, situé rue McGill.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs établissements du Vieux-Montréal ont subi des dégâts, dimanche, lors d’une manifestation contre le couvre-feu. Sur la photo, le restaurant portugais Helena, situé rue McGill.

Vitres brisées, poubelles calcinées, devantures saccagées… C’est l’incompréhension et la consternation chez les commerçants du Vieux-Montréal, au lendemain d’un rassemblement de plusieurs centaines de personnes contre le couvre-feu qui s’est soldé par sept arrestations et plus d’une centaine de contraventions.

Frank Passa, propriétaire du Ristorante Quattro, rue Notre-Dame, est atterré. « Ils ont pris un panneau métallique orange d’interdiction de stationner qui était dans la rue et ils l’ont lancé sur ma vitrine », se désole-t-il.

En plus de la vitre brisée, une œuvre d’art qui était accrochée au mur du restaurant a aussi été abîmée. Mais personne ne s’est introduit à l’intérieur et il n’y a pas eu de vol, souligne M. Passa.

« Ça va coûter à peu près entre 1500 et 2000 $ remplacer la vitrine, estime-t-il. J’ai appelé hier soir pour la faire remplacer aujourd’hui en urgence, mais finalement, je pense que c’est mieux d’attendre, il risque d’y avoir d’autres manifestations. »

« C’est lâche »

C’est un coup dur pour le restaurateur, de même que pour les commerces alentour, déjà accablés par la pandémie. « On ne fait déjà pas d’argent. On dépendait beaucoup des travailleurs des tours de bureaux, mais ils sont tous en télétravail. En ce moment, on perd 95 % de notre chiffre d’affaires par mois », souligne M. Passa.

Pourquoi ils s’en prennent à nous ? C’est lâche ! Je me doute que tous les manifestants ne sont pas responsables du grabuge. C’est la faute d’une poignée de voyous.

 

Pour le propriétaire du restaurant italien, c’est l’incompréhension. « Pourquoi ils s’en prennent à nous ? C’est lâche ! Je me doute que tous les manifestants ne sont pas responsables du grabuge. C’est la faute d’une poignée de voyous. »

Rue McGill, la vitrine du salon de coiffure Studio MW aussi a été brisée. La gérante, Ines Ben Khemis, est attristée. « C’est une période difficile, on a déjà beaucoup de stress et, là, ça rajoute une couche », explique celle qui a vu fondre le nombre de clients en raison de la pandémie.

« Tout le monde fait des efforts. C’est juste irresponsable, inutile et vraiment insultant », juge Mme Ben Khemis.

Plusieurs autres établissements ont subi des dégâts : le restaurant portugais Helena, la Pizzeria 900, ou encore la boutique de photos Camtec, rue McGill, pour ne citer qu’eux.

Débordements inacceptables

En saccageant les vitrines de restaurateurs et de commerçants qui en arrachent depuis le début de la pandémie de COVID-19, certains participants à la manifestation visant à s’opposer au couvre-feu se trompent de cible, selon la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Des débordements comme ceux survenus dans le Vieux-Montréal ne « peuvent être tolérés », a pour sa part fait valoir la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, sur Twitter.

Des centaines de personnes ont manifesté dimanche soir dans les rues du Vieux-Montréal pour protester contre le retour du couvre-feu à 20 h à Montréal et à Laval.

Le rassemblement a tourné au grabuge, et des dommages ont été causés par des casseurs aux propriétés privées et publiques. L’ambiance festive est rapidement devenue mouvementée lorsque quelques manifestants ont allumé un feu avec des déchets sur la place Jacques-Cartier. La police antiémeute est intervenue en ayant recours à des gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Peu de temps après l’intervention des policiers, des dizaines de manifestants se sont éparpillés pour faire du grabuge dans les rues pavées du quartier touristique de Montréal. Des incendies ont été allumés dans des poubelles à de nombreuses intersections. Des manifestants ont ramassé les objets qu’ils pouvaient trouver dans la rue pour ensuite les lancer et fracasser des vitrines de magasins.

Lundi matin, selon le bilan provisoire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), il y avait eu 7 arrestations pour des actes criminels, 107 constats d’infraction décernés pour violation de la Loi sur la santé publique et 1 pour violation d’un règlement municipal.

Le SPVM a dit avoir constaté plusieurs dizaines de méfaits, d’incendies criminels, d’introductions par effraction et de cas d’entrave au travail des policiers.

Depuis dimanche, le couvre-feu est passé de 21 h 30 à 20 h sur l’île de Montréal et à Laval, jusqu’à nouvel ordre. Le gouvernement Legault a annoncé le durcissement de cette mesure à titre préventif jeudi dernier, étant donné que les cas de COVID-19 repartent à la hausse dans la province.

Avec La Presse canadienne

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