Bécancour, capitale des grands projets industriels

Le sort de la petite ville de Bécancour est toujours étroitement lié à l’industrie. Que ce soit la centrale nucléaire de Gentilly forcée de fermer en 2012, le lockout de l’aluminerie ABI ou encore l’abandon du projet d’usine d’urée et de méthanol dans le parc industriel et portuaire de Bécancour, la ville et son port ont souvent été à la merci de la venue, du retrait, des menaces ou des départs de grandes industries.
Photo: ProjetBécancour.ag Le sort de la petite ville de Bécancour est toujours étroitement lié à l’industrie. Que ce soit la centrale nucléaire de Gentilly forcée de fermer en 2012, le lockout de l’aluminerie ABI ou encore l’abandon du projet d’usine d’urée et de méthanol dans le parc industriel et portuaire de Bécancour, la ville et son port ont souvent été à la merci de la venue, du retrait, des menaces ou des départs de grandes industries.

À quelques mois des élections municipales, de nouvelles candidatures et des luttes politiques inédites font leur apparition un peu partout au Québec. Le Devoir continue sa série d’articles sur celles qui méritent d’être surveillées.

Station nucléaire de Gentilly, lockout chez ABI, développement de la filière des batteries électriques… Le destin des grands dossiers industriels du Québec se joue souvent dans la petite ville de Bécancour. Avec le départ de son maire, quel avenir attend sa population ?

Bécancour ne fait pas partie du club des grandes villes, mais lorsque le gouvernement part en mission à l’étranger, c’est souvent d’elle qu’il parle.

« Quand Investissement Québec fait de la prospection à l’international, ils aiment envoyer les grands projets industriels à Bécancour »,note Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Construit en 1968, son parc portuaire appartient d’ailleurs au gouvernement du Québec, pour qui il fait presque figure de produit d’appel. « Il a toutes les infrastructures pour accueillir la grande industrie, avec des capacités de filtrage des eaux, des aqueducs spéciaux, un port presque dédié, l’accès aux autoroutes, l’accès aux trains », poursuit l’économiste.

Aujourd’hui, des projets renaissent dans le parc de Bécancour, comme Premier Tech, mais surtout, la ville a été rééquilibrée en devenant autant PME que grande entreprise

 

Cela fait donc de Bécancour une ville beaucoup plus stratégique que ne le laisseraient penser sa taille et ses 14 000 et quelques habitants.

En revanche, la ville et son port ont souvent été à la merci de la venue, du retrait, des menaces ou des départs de grandes industries : fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly II (2012), lockout d’ABI (2019), projet de fertilisant de Nauticol et de la Coop fédérée abandonné en 2019…

Le dernier en date — Nouveau Monde Graphite — vise à fabriquer des composants de batteries pour les voitures électriques à partir du graphite de la future mine à ciel ouvert de Saint-Michel-des-Saints.

Trois-Rivières et la ZEN

Le maire sortant, Jean-Guy Dubois, a déjà dit que le parc faisait partie de « l’ADN de la ville ». En poste depuis huit ans, l’élu de 74 ans avait aussi été à la tête de la Ville entre 1985 et 1995 pour un total de 18 ans au pouvoir. Natif de Bécancour, il était courtier en valeurs mobilières avant de se lancer en politique.

Au moment de dresser son bilan récemment, il s’est réjoui d’avoir bouclé le dossier de la fibre optique, qui est désormais implantée presque partout sur le territoire.

Ses années au pouvoir ont aussi été marquées par de douloureux conflits de travail à l’Aluminerie de Bécancour (ABI) qui emploie près de 1000 personnes dans le coin. Or le maire a œuvré à réduire la dépendance de la population envers la grande entreprise, note le professeur Laurin.

« Jusqu’en 2014, on avait des fermetures de grandes entreprises à répétition. Il y a eu ensuite une prise de conscience qu’il fallait avoir un autre modèle, et les PME ont commencé à prendre le relais ».

M. Dubois, dit-il, a œuvré à intégrer les économies de sa ville et de sa voisine, Trois-Rivières, de l’autre côté du fleuve. En 2016, les deux villes ont convenu que le commissaire au développement économique de Trois-Rivières travaillerait à l’hôtel de ville de Bécancour.

Quelques mois plus tôt, les maires Dubois et Yves Lévesque (ex-maire de Trois-Rivières) avaient donné un signe de rapprochement en rétablissant l’ancienne navette fluviale entre les deux municipalités. Désormais, ils constituaient une même ZEN pour « zone économique naturelle. »

« La nouvelle conception du développement régional, c’est de la PME, c’est-à-dire qu’il faut encourager l’entrepreneuriat », signale M. Laurin.

Une stratégie qui s’est révélée payante. « Aujourd’hui, des projets renaissent dans le parc de Bécancour, comme Premier Tech, mais surtout, la ville a été rééquilibrée en devenant autant PME que grande entreprise », remarquait récemment le chroniqueur Jean-Marc Beaudoin dans Le Nouvelliste. « Les revenus par ménage avoisinent les 80 000 $, de loin les plusélevés des deux régions, et la moyenne d’âge de la population est de moins de 45 ans, encore là nettement plus basse que dans tout son voisinage. »

Quels candidats ?

On l’a compris : le développement économique et la politique municipale sont intimement liés à Bécancour.Élites politiques et économiques s’y confondent d’ailleurs.

Figure locale incontournable, le président de la Société du parc industriel est Maurice Richard (un autre !), ex-maire de la ville (1995-2012 et 1975 et 1985) ancien député libéral de la circonscription.

Dans la présente course à la mairie, le seul candidat à s’être manifesté est l’actuel commissaire industriel de la Ville,Pierre-Michel Auger, ancien député adéquiste et libéral du secteur défait par Sonia LeBel aux dernières élections.

Depuis son départ comme commissaire industriel, il a été remplacé par Julie Boulet, ex-ministre libérale, que certaines voyaient comme candidate à la mairie de Trois-Rivières.

Outre M. Auger, Karl Grondin, candidat défait aux dernières électionsmunicipales, laisse son nom circuler. Attaché politique du député caquiste Donald Martel, il avait récolté 45 % des voix en 2013 face à Jean-Guy Dubois.

Un renouvellement des conseillers municipaux est en outre à prévoir, puisque au moins la moitié d’entre eux quittent la politique.

Se mettre au vert

Sinon, de quoi parle-t-on, hormis du développement économique, à Bécancour ? Le maire sortant est parti endisant qu’il fallait que la Ville « embarque dans le train environnemental », rapportait récemment Le Nouvelliste. Pour certains, cela veut dire soutenir des projets comme Nouveau Monde Graphite.

La Ville a récemment adopté une politique de l’arbre et un budget participatif grâce à un don de 150 000 $ d’ABI destiné « aux collectivités durables ».

Bécancour fait aussi face à des problèmes de transport. Constituée d’îlots, la ville est décentralisée et dépendante de liens autoroutiers parfois mal adaptés aux besoins. Il est plus que temps qu’on double les voies de l’autoroute 30 sur le territoire deBécancour, demandait récemment l’éditorialiste du Nouvelliste, Martin Francœur. « Le Centre-du-Québec a besoin qu’on accorde un peu d’attention et qu’on donne un peu d’amour à ses principaux liens routiers et autoroutiers. Ce n’est pas un caprice. C’est avant tout une question de sécurité », faisait-il valoir.

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