Les fidèles ont afflué pour la messe

L'équipe de l’oratoire Saint-Joseph a distribué des billets pour les messes du jour même.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'équipe de l’oratoire Saint-Joseph a distribué des billets pour les messes du jour même.

Dans la vaste nef de l’oratoire Saint-Joseph, une centaine de fidèles s’éparpillent parmi les 2000 places. Malgré l’impression de vide, la basilique doit refuser l’entrée à des croyants pour la messe du dimanche de Pâques.

« On a senti l’effervescence dès le moment où on a ouvert », affirme une responsable des lieux, Céline Barbeau. « C’était plus graduel en juillet. Mais là, je pense que les gens ont ce besoin de revenir dans les lieux qui leur sont chers. » Pour contenir l’affluence, son équipe distribue des billets pour les messes du jour même. Il s’agit d’une première pour l’Oratoire, hormis les messes très courues de Noël.

Avant la célébration de 11 h, des croyants confient s’être procuré leur billet jusqu’à deux heures d’avance. D’autres se rabattent sur des laissez-passer pour la messe qui débute trois heures plus tard. Raraoul n’a pu obtenir de billet pour la messe de 11 h, la seule qui lui convient. Il se résigne à observer la célébration à partir de l’antichambre de l’immense basilique. « C’est sûr que c’est gênant, parce qu’on aimerait que ça soit comme avant. Comme tout le monde. »

Depuis 10 jours, Québec autorise 250 personnes à se réunir par lieu de culte. À l’oratoire, ce nombre est réparti dans les différentes salles, d’où la centaine de personnes seulement à l’intérieur dans la basilique. « Comme on est limités sur le nombre de personnes, on fait un plus grand nombre de messes cette fois-ci, pour permettre à plus de gens de venir », explique Céline Barbeau.

À l’intérieur, toute une gymnastique s’opère pour concilier communion et distanciation. La paix se donne d’un geste de la main, à deux mètres. Entre deux services, une équipe désinfecte chaque banc. Puis, des placiers installent l’assistance pour préserver les distances.

Croisés dans les couloirs du sanctuaire, André et sa femme, Ghislaine, confient ne plus assister à la messe. « C’est trop long. Une fois qu’on est entré dans l’église, on ne peut plus vraiment sortir. Et avec le masque, j’étouffe et, parfois, j’ai des faiblesses », raconte Ghislaine. « On vient quand même tous les dimanches prier saint André. On va revenir à la messe seulement quand tout va être terminé », ajoute son mari.

Retrouver sa communauté

Dans l’église Santa-Teresa d’Ávila, au centre de la communauté hispanique de Montréal, des croix rouges marquent un banc sur deux. Assis sur l’un d’eux, Porfirio Rodriguez dit venir chaque fois qu’il le peut. « Le monde ne sort pas pour faire des activités, sauf pour aller à l’église », signale-t-il. Malgré les messes virtuelles hebdomadaires, rien ne vaut une célébration en personne pour retrouver sa communauté. « C’est très important, parce que ce que tu ne peux avoir à la maison, tu peux l’avoir en personne, comme la communion ou la confession. »

« Juste de se saluer et de se regarder dans les yeux, ça suffit », témoigne en arrière de lui Francisca Garcia. « La vérité, c’est que les gens deviennent malades mentalement parce qu’ils sont seuls et qu’ils n’ont personne à qui parler. Il y a plein de monde qui ne connaît pas la technologie. Il y a parfois quatre ou cinq personnes qui appellent chaque jour pour savoir quand l’église va rouvrir. » Elle confirme que plusieurs immigrants trouvent dans l’église le seul lieu pour échanger avec des gens qui parlent leur langue. « On n’imagine pas comment l’église est importante pour nous. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans l’église Santa-Teresa d’Ávila, au centre de la communauté hispanique de Montréal, des croix rouges marquent un banc sur deux. Assis sur l’un d’eux, Porfirio Rodriguez dit venir chaque fois qu’il peut.

Un peu plus loin vers l’est, à l’église Sainte-Bonaventure, tout est mis en œuvre pour accueillir sécuritairement le plus de fidèles possible malgré l’exiguïté du lieu. Dans les grandes églises, la distanciation se respecte bien, mais les plus petites doivent redoubler d’efforts pour prier dans le respect des règles sanitaires.

Avec une bulle familiale par banc et en répartissant les croyants jusque dans les hauteurs de l’église, « on atteint une limite », signale l’agente de pastorale Élisabeth Boily, qui disait avoir compté 170 personnes dimanche. C’est d’ailleurs elle qui a lancé une pétition pour qu’augmente la capacité d’accueil des lieux de culte. Elle plaide pour que les églises puissent ouvrir à 30 % de leur capacité, de manière à pouvoir s’adapter en fonction de la superficie des lieux.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’église Sainte-Bonaventure, tout est mis en œuvre pour accueillir sécuritairement le plus de fidèles malgré l’exiguïté du lieu.

Heureuse malgré tout de retrouver ses paroissiens, elle se réjouit de pouvoir célébrer la résurrection du Christ avec autant de fidèles. « C’est un miracle. On n’y croyait plus ! »

Sur le perron d’église sous-utilisé, Martin et sa famille se « consolent » de cette formule où le prêtre circule entre les rangées pour offrir l’hostie. « On peut se réjouir de le vivre en se rassemblant. On ne vit pas sa foi seul, elle se vit en communauté. Même si l’échange est limité, il y a le fait d’être ensemble. »

Hurmisse, venue prier avec sa mère, descend les marches un peu plus légère qu’à la montée. « Dieu, c’est notre psychologue en quelque sorte. C’est un ressourcement contre tout le stress que le confinement nous donne. Dieu, on peut lui confier nos inquiétudes et il ne va pas aller les répéter. »

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