Des centaines de personnes rendent hommage à Rebekah Love Harry

Rebekah Love Harry est devenue la semaine dernière la septième femme à être la victime d’un féminicide en autant de semaines au Québec. Sur notre photo, la marche de vendredi à Montréal qui dénonçait la violence conjugale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Rebekah Love Harry est devenue la semaine dernière la septième femme à être la victime d’un féminicide en autant de semaines au Québec. Sur notre photo, la marche de vendredi à Montréal qui dénonçait la violence conjugale.

Des centaines de personnes ont défilé dans les rues du centre-ville de Montréal samedi pour rendre hommage à Rebekah Love Harry, une jeune femme de 29 ans qui a perdu la vie la semaine dernière aux mains de la violence conjugale.

« C’était une fille magnifique », a raconté au Devoir en fin d’après-midi, samedi, le père de la victime, Ian Harry. L’homme de 69 ans s’est dit profondément ému par cette marche de plus d’une heure, qui a réuni des centaines de personnes dans les rues du centre-ville.

« C’est incroyable de voir autant de personnes », a soufflé celui dont la fille a perdu la vie le 23 mars après avoir été hospitalisée pendant plusieurs jours. « Je ne savais pas qu’elle avait autant d’amis », a-t-il ajouté, ému. Plusieurs manifestants, qui ont répété en chœur le nom de la victime, tenaient une photo de la jeune femme à la main ou encore une affiche visant à dénoncer la violence conjugale. « Sauvons les prochaines victimes », réclamait l’une d’entre elles.

En partance du square Cabot, la marche s’est mise en branle à 17 h 30 sous la supervision d’agents du Service de police de la Ville de Montréal, qui ont bloqué la circulation automobile sur un long tronçon de la rue Sainte-Catherine afin de permettre à la foule de défiler jusqu’au square Dorchester en toute sécurité.

Peu après 18 h 30, le fils de Rebekah Love Harry, âgé de neuf ans, a pris le micro, brièvement, pour remercier toutes les personnes présentes. Plusieurs autres membres de la famille ont aussi rendu hommage à la jeune femme, dont l’image rayonnait au cœur de la place publique. Des musiciens ont ensuite interprété la chanson « Amazing Grace », qui avait aussi résonné lors des funérailles de la victime, le 31 mars, dans une église évangélique de Brossard.

« J’ai vraiment le cœur brisé », a confié Amanda Allison, une amie de Rebekah Love Harry, dont elle se remémore le sourire contagieux et la joie de vivre. « Je suis en colère surtout parce que ça aurait pu être évité », a-t-elle soupiré au bout du fil, encore ébranlée par le drame qui lui a volé son amie.

Brandon McIntyre, un homme de 32 ans, a été arrêté le 20 mars le même jour ou Mme Harry a été violemment battue dans sa résidence de la rue des Oblats, à LaSalle. Il a depuis été accusé de meurtre au second degré. « Cet homme est un monstre », a lancé Ian Harry. Ce dernier ignorait que sa fille subissait de la violence conjugale, a-t-il confié au Devoir. 

Ce qui touche le plus des gens, c’est qu’elle était vraiment proche de son fils et qu’elle ne pourra plus être là. C’est ça qui est le plus dur.

 

« Ça a été un choc pour tout le monde », a aussi déclaré Anika Jones, une amie de Rebekah Love Harry. Elle espère d’ailleurs que cette marche, de même que la vaste mobilisation tenue vendredi à l’échelle du Québec, contribueront à sensibiliser les hommes et les femmes à briser le silence qui entoure souvent la violence conjugale.

« Les femmes doivent arrêter d’avoir honte d’en parler », estime Mme Jones. Et les hommes, eux, « doivent apprendre à se contrôler », a-t-elle ajouté. Plusieurs manifestants rencontrés par Le Devoir ont d’ailleurs pressé le gouvernement Legault d’augmenter les ressources disponibles, tant pour les femmes que pour les hommes, afin de mieux prévenir la violence conjugale dans la province. « Éduquez nos garçons », réclamait d’ailleurs une affiche, brandie par un homme.

« Espérons qu’on va apporter des changements et que cela n’arrivera plus jamais parce que ça laisse un grand vide dans le cœur des gens », a laissé tomber Amanda Allison.

Rebekah Love Harry est devenue la semaine dernière la septième femme à être la victime d’un féminicide en autant de semaines au Québec. Un huitième féminicide a depuis été confirmé à la suite du décès de Kataluk Paningayak-Naluiyuk, le 25 mars. La mère de famille résidait à Ivujivik, un village du Nunavik.