«Il y a urgence d’agir»: vaste marche à Montréal pour dénoncer la violence conjugale

Une foule bigarrée, comprenant plusieurs membres des Premières Nations, s’est rassemblée au parc La Fontaine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une foule bigarrée, comprenant plusieurs membres des Premières Nations, s’est rassemblée au parc La Fontaine.

Plus d’un millier de personnes ont manifesté dans les rues de Montréal vendredi pour réclamer la fin de la violence conjugale, quelques heures seulement après la confirmation d’un huitième féminicide en huit semaines au Québec.

La foule bigarrée réunissant des gens de tous les âges s’est d’abord réunie au parc La Fontaine. Plusieurs manifestants brandissaient des affiches pour dénoncer les crimes faits aux femmes. « C’est assez ! »,« La violence, ce n’est pas de l’amour » ou encore « Prenez nos plaintes, pas nos vies », pouvait-on notamment lire. « Protégez nos mamans », revendiquait pour sa part un jeune garçon, un carton à la main.

À l’instar de Montréal, d’autres marches ont eu lieu simultanément dans plusieurs autres villes, dont Québec, Gaspé, Gatineau et Sherbrooke. « Aujourd’hui, on est réunis par milliers dans la province pour dire à nos sœurs, à nos alliées, qu’on est là pour elles. On est là pour dire que la violence physique et sexuelle, c’est inacceptable », a lancé au micro la comédienne Ingrid Falaise, qui a elle-même vécu de la violence conjugale.

Après une minute de silence chargée en émotion, les manifestants ont entamé vers 13 h 30 un parcours de quelques kilomètres en direction du mont Royal, où des allocutions ont eu lieu peu avant 15 h. Présente à l’événement, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en a profité pour interpeller le gouvernement Legault.

Des demandes

« Une des clés pour que les femmes sortent d’un domicile violent, c’est qu’elles puissent trouver un logement », a-t-elle déclaré aux médias avant le départ du cortège. Elle a ainsi pressé Québec d’augmenter ses dépenses en matière de logements sociaux, jugeant insuffisantes celles qui sont inscrites à son dernier budget.

Plusieurs membres des Premières Nations ont également participé à cette marche, marquée par les chants traditionnels et le son des tambours. Lisa Gagné, qui milite pour la défense des femmes autochtones victimes de violence conjugale, constate d’ailleurs le manque de ressources d’hébergement pour cette clientèle à l’extérieur des grands centres urbains. « Il faut avoir plus de financement pour les communautés éloignées », a-t-elle souligné.

Des représentants de tous les partis politiques à l’Assemblée nationale ont aussi participé à l’événement, organisé par quatre groupes venant en aide aux femmes victimes de violence conjugale dans la province. La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, la députée libérale Isabelle Melançon et la péquiste Véronique Hivon avaient notamment confirmé leur présence, de même que les élues de Québec solidaire Manon Massé et Ruba Ghazal.

Une participation politique que salue la coordonnatrice de la maison d’hébergement Secours aux femmes de Montréal, Nicole Richer. Elle attend toutefois plus de la part de l’élite politique. « On a de l’espoir, mais il faut des actions, pas juste des recommandations », a-t-elle dit au Devoir, en référence notamment aux 190 recommandations du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale formulées en décembre.

Série noire

La Sûreté du Québec a confirmé vendredi que Kataluk Paningayak-Naluiyuk, une femme de 43 ans retrouvée sans vie la semaine dernière à Ivujivik, au Nunavik, aurait été tuée par son conjoint violent. Il s’agit ainsi du huitième féminicide en huit semaines à survenir dans la province.

« C’est une situation qui est inacceptable. Et les féminicides, ce n’est que la pointe de l’iceberg. On ne parle pas des tentatives de meurtre, du harcèlement, des voies de faits graves […] Il y a urgence à agir », a lancé au Devoir vendredi la directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse.

Cette dernière a d’ailleurs « des discussions directes » avec le ministre des Finances, Eric Girard, pour obtenir plus de fonds pour les maisons d’hébergement. Le dernier budget de Québec prévoit 22,5 millions de dollars sur cinq ans pour celles-ci, une somme jugée insuffisante par plusieurs organismes.

À voir en vidéo