Le Québec s’unit contre la violence conjugale

Huit féminicides sont survenus au cours des huit dernières semaines, notamment à Montréal, à Laval, à Saint-Hyacinthe et à Ivujivik.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Huit féminicides sont survenus au cours des huit dernières semaines, notamment à Montréal, à Laval, à Saint-Hyacinthe et à Ivujivik.

Des marches auront lieu à la grandeur de la province vendredi pour réclamer la fin de la violence conjugale, qui a pris de l’ampleur dans le contexte de la pandémie.

Le plus important rassemblement aura lieu à 13 h, vendredi, au parc La Fontaine. Organisé par quatre organismes qui viennent en aide aux victimes de violence conjugale, cet événement devrait attirer quelques milliers de personnes qui entameront alors une marche d’une quarantaine de minutes jusqu’au pied du mont Royal, où plusieurs prises de parole auront lieu. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, de même que la comédienne Ingrid Falaise, qui est une survivante de violence conjugale, prendront notamment part à cette marche.

Depuis le début de la crise sanitaire, 13 femmes ont perdu la vie dans un contexte de violence conjugale. Au cours des huit dernières semaines, au moins sept féminicides sont survenus, notamment à Montréal, à Laval et à Saint-Hyacinthe. Un huitième cas soupçonné par la police fait l’objet d’une enquête à Ivujivik.

« Ça fait plus de 25 ans que je suis en maison d’hébergement et je n’ai jamais vu ça », déclare la présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Chantal Arseneault. Cette dernière constate que le contrôle qu’exercent les conjoints violents sur leur femme « a vraiment augmenté » en raison des confinements successifs dans le contexte de la pandémie.

« Les féminicides, ça va se produire dans des moments de rupture ou lorsqu’il y a un soupçon que la personne va quitter le foyer », ajoute Mme Arseneault. Des séparations qui seraient plus nombreuses à survenir dans le contexte des assouplissements sanitaires mis en place dans les dernières semaines, constate-t-elle.

Ailleurs dans la province, des marches auront lieu simultanément dans plusieurs municipalités, de Québec à Gaspé en passant par Laval, Longueuil et Gatineau, entre autres.  Car, partout au Québec, des femmes sont à risque de subir de la violence conjugale.
 

Il faut qu’il y ait un changement de mentalité profond pour que ça cesse.

  

Sensibilisation

À cet égard, le gouvernement Legault a déployé une série de campagnes publicitaires télévisées pour sensibiliser les hommes à cet enjeu. Mais pour que celles-ci fonctionnent, il faut qu’elles « durent longtemps », à l’instar de celles concernant l’alcool au volant, dit Mme Arseneault.

Le gouvernement a d’autre part promis d’aller de l’avant avec les 190 recommandations du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Celui-ci recommandait notamment de créer un tribunal spécialisé en matière d’agressions sexuelles et de violence conjugale et d’offrir des conseils juridiques gratuitement aux victimes.

« C’est complexe, la violence conjugale. Il y a vraiment un changement de structure qui est nécessaire », explique la présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, Sabrina Lemeltier. Cette dernière estime ainsi que la principale recommandation de ce rapport réside dans la création d’un secrétariat qui s’assurerait que le gouvernement met bel et bien en place toutes ces mesures.

Mme Lemeltier presse aussi Québec d’accélérer la cadence dans la création de logements sociaux, puisque les femmes qui fuient un domicile violent sont plus susceptibles de se retrouver en situation de pauvreté et de devoir assurer seules la garde de leurs enfants.

Une famille endeuillée

Les funérailles de Rebekah Harry, qui a succombé à ses blessures la semaine dernière après avoir été rouée de coups par son copain, Brandon McIntyre, ont eu lieu mercredi dans une église évangélique de Brossard. Plusieurs proches de la jeune femme de 29 ans, qui demeurait dans l’arrondissement de LaSalle à Montréal, lui ont alors rendu un vibrant hommage.

« Tout le monde aimait Becky », a souligné au micro son frère, Teddy Frenette. La famille entreprendra d’ailleurs une marche samedi pour dénoncer à son tour la violence conjugale, qui lui a volé une femme à la joie de vivre contagieuse, comme l’ont souligné des proches.

« Ne laissez pas ce genre de chose vous arriver. Aimez vos proches, a ajouté M. Frenette. Je vous aime. »

Dans le contexte de la pandémie, les funérailles de Mme Harry ont été diffusées en direct sur YouTube. Des centaines de personnes ont assisté à celles-ci, à distance.

Besoin d'aide?

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez contacter SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010.