Les Sœurs du Saint-Rosaire procèdent au dépouillement de leur couvent

Mélanie Gagné
Collaboration spéciale
Une partie du couvent des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire pourrait être convertie en logements sociaux.
Mélanie Gagné Une partie du couvent des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire pourrait être convertie en logements sociaux.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religions

Des boîtes remplies de livres sur les tables de la bibliothèque, un musée où il ne reste que la lumière qui court sur le sol, des meubles et des objets mis à l’encan… Petit à petit, les Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire procèdent au dépouillement de leur maison mère, à Rimouski, en vue de s’en départir pour n’en devenir plus que locataires.

Il fut une époque où près de 1000 religieuses vivaient dans cet imposant couvent de l’allée du Rosaire. Aujourd’hui, 200 sœurs occupent les lieux et une cinquantaine d’entre elles ont plus de 90 ans. « On vieillit ! Il faut vendre pendant que nous sommes capables de gérer les choses, fait valoir la supérieure générale de la communauté, sœur Gabrielle Côté. Il n’y a pas de recrues au Québec. Les congrégations traditionnelles s’en vont toutes vers la fin. Ça ne durera pas encore des années. Nous, on veut assurer une pérennité à notre mission. »

Les sœurs songent à la réalisation de projets qui soutiendraient la population rimouskoise. Elles ont fait le vœu d’être des femmes de sollicitude et de tendresse ; les valeurs de leur congrégation les habiteront jusqu’à leur dernier souffle. « Il y a un manque flagrant de logements à Rimouski. Ça nous préoccupe. La maison mère n’est pas encore vendue, mais ça fait deux ans que nous sommes en démarche avec un partenaire qui voudrait construire des logements sociaux. Il y aura également d’autres partenaires pour la dimension culturelle », soutient sœur Côté. La majestueuse chapelle de trois étages, œuvre de l’architecte Albert Leclerc, serait un lieu inspirant pour la tenue d’événements culturels.

Apprivoiser le vide

Vider sa demeure est une tâche bouleversante. Pour les Sœurs du Saint-Rosaire, cela revient à vendre ou à léguer des objets de même que des documents précieux qui, pour certains, datent de la fin du XIXe siècle, époque où Élisabeth Turgeon a fondé la congrégation, avec l’aval de monseigneur Jean Langevin, évêque de Rimouski.

La bibliothèque du couvent se situe au sous-sol. Elle abrite 88 000 livres. Un élagage est en train de se faire. L’exercice est éprouvant pour ces femmes amoureuses des livres. Il y a quelques jours, elles ont organisé une soirée de rituels du deuil, pour la bibliothèque et le musée, raconte Gabrielle Côté : « Elles ont beaucoup aimé. Elles ont trouvé cela émouvant. On a refait l’historique de la bibliothèque avec un petit scénario où on allumait des bougies. » Les sœurs ont offert le contenu de leur musée au Musée régional de Rimouski.

Photo: Mélanie Gagné La supérieure générale de la communauté, sœur Gabrielle Côté, triant des livres dans la bibliothèque du couvent

Les archives de la congrégation ont été confiées à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Toutes les chroniques éducatives rédigées par les religieuses au fil du temps lui ont été léguées. « Avec nos chroniques, on peut reconstituer la situation de la grippe espagnole dans le Bas-Saint-Laurent. On a les chroniques de toutes les paroisses. Souvent, ce sont les seules données historiques existantes parce que les gens, autrefois, n’écrivaient pas tout cela. »

Bien que le dépouillement soit une grande épreuve pour la communauté, les sœurs accueillent ce changement avec sagesse. « Si l’angoisse prend parfois le dessus, il faut la regarder. Que nous offre ce dépouillement ? Souvent, ça apporte du positif. De la fraternité, de la solidarité se vivent autour de ça. Et puis, les sœurs sont habituées à s’adapter à diverses situations. Certaines ont souvent changé de milieu. Nous avons été habituées à renoncer », précise Gabrielle Côté.

Des enseignantes dévouées

L’apport des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire à l’éducation, dans le Bas-Saint-Laurent, est colossal. De multiples générations d’étudiants ont été formées par ces femmes très instruites et cultivées. De 1875 à 1891, elles portaient le joli nom de Sœurs des Petites-Écoles. « Nous avons été fondées parce que le premier évêque de Rimouski voulait suppléer à ce qu’il a appelait “l’ignorance des gens”, rappelle sœur Côté. Quand tu ne sais ni lire ni écrire et que tu ne sais pas compter, tu te fais exploiter plus facilement. » Ces religieuses ont donc passé une grande partie de leur vie à transmettre leur savoir. Aujourd’hui retraitées, elles offrent des cours privés de mathématiques, de musique, de français et d’anglais, à la maison mère.

Les Sœurs du Saint-Rosaire ont par ailleurs toujours apporté leur soutien aux personnes vivant des situations difficiles. Dans les écoles primaires et secondaires, elles ont souvent été de bonnes confidentes pour les jeunes. Encore aujourd’hui, au couvent, elles reçoivent des nouvelles d’anciens étudiants et des appels pour des demandes de prières.

La supérieure générale comprend les sources du déclin de la religion catholique, mais elle se désole que l’aspect spirituel de celle-ci ait aussi été rejeté : « On a jeté le bébé avec l’eau du bain. Quand il y a une allusion à la religion, c’est souvent péjoratif. C’est difficile à réparer. On a différentes dimensions de notre être : physique, intellectuelle, sociale, spirituelle. Si on ne tient pas compte d’une dimension, elle nous rattrape. On a besoin de spiritualité. Il y a beaucoup d’angoisse chez les jeunes de nos jours. On a besoin de balises et de rites, comme être humain. »

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